En 1981, alors qu’
Anthrax n’est encore qu’un garage band et que Dirk Kennedy n’a toujours pas quitté sa couche sous son spandex, ce dernier fait ses armes au chant avec Scottt
Ian et sa clique.
Trois ans et une annonce dans un journal plus tard, il décroche son téléphone pour faire sa demande d’intégration au sein d’un groupe de Long
Island, formé à l’initiative de
Jim Bachi (guitariste) et Mike Buccell (bassiste), précédemment dans
Attila. Il a tout juste 17 ans. Face à son manque d’expérience, et craignant de ne pas être pris au sérieux, il a l’idée saugrenue de se faire passer pour un anglais, pensant que cela ferait de lui un gars plus cool, et se force donc à prendre un accent cockney prononcé. C’est con mais ça marche ! Il attendra plus de deux mois pour dire enfin la vérité aux autres membres du groupe. Voilà une relation qui démarre sur de bonnes bases…
Un matin, Dirk écoute le groupe répéter une compo de Buccell. Enthousiaste, il s’exclame : « hey, tu tiens un hit man ! ». Le nom du groupe est trouvé.
Ok, rien que du pipeau cette histoire mais elle sonnait pas mal non ? Bref, pour le nom du groupe, c’est un dénommé Scott Knight (
Armed Forces), qui a tenu le micro quelques semaines avant l’arrivée de Kennedy, qui l’a proposé. Dirk déteste. « Même pas moi qui l’ait trouvé ». Les chanteurs et leur ego…
Quelques semaines plus tard, le groupe est enfin au complet avec le dernier arrivé, John Kristen (guitariste), choisi après plusieurs tentatives infructueuses (Brian Fair, Greg Walls). Chuck Cory (batteur) étant déjà de la partie, l’aventure peut réellement commencer.
Les débuts sont prometteurs. Leur démo 5 titres, «
Metal Spot » (1985), morceau qui ouvrira d’ailleurs le premier album, est repérée par Dave Reynolds, du mag’
Metal Forces, qui met le groupe en couverture et les prend sous son aile. C’est pourtant finalement Mike Schnapp d’
Epic Records qui les met en contact avec SPV dont le label vient d’ouvrir une filière US. Les promesses fusent. Deal ! Pour 14000 dollars, ils enregistrent leur premier album. Et puis, dans la série « les affres du business ou comment briser les rêves d’une bande de gamins motivés », le jour de la sortie de l’opus, SPV ferme sa filière US. Ca sent déjà moins la rose…
Pendant un an, le groupe est dans l’impasse et ne tourne pas. SPV est retourné dans sa chère Germanie natale et refuse de rompre le contrat de
Hittman qui a reçu une offre d’un million de dollars de la part de Mercury/Polygram. Les teutons veulent le million et un pourcentage sur les ventes des trois prochains albums du groupe. C’est c’la ouiiiii.
Même si l’opus se vend correctement en Europe et au Japon, il faudra attendre un an pour que le disque sorte enfin aux US à la suite d’un deal entre Roadracer Records et SPV. Total, nous sommes déjà à la fin de l’année 1988. Rien ne sert de courir, mais il ne faut quand même pas partir trop tard. Entre 86 et 88, d’autres ont ainsi déjà marqué le territoire : l’album éponyme de
Fifth Angel, les deux premiers
Crimson Glory, le «
Rage for Order » de la Reine (sans parler du «
Operation Mindcrime »), ou encore le « Graceful Inheritance » de
Heir Apparent.
L’originalité n’est donc clairement pas de mise. Les titres alternent judicieusement entre heavy bien burné ("
Metal sport", qui se veut en quelque sorte le “Freewheel burning” du groupe, "Caught in the crossfire" et son solo à se taper le cul par terre), mid-tempi ("Breakout", "
Will you be there", qui vous évoquera probablement
Dokken, un titre que le groupe ne cache pas avoir composé dans l’optique de proposer un single succeptible de bien fonctionner en radio), ou hard rock US « classique » des mid 80’s ("
Dead on arrival", "Behind the lines").
“
Dead on arrival” (“mort à l’arrivée“, soit dit en passant un excellent film pour ceux qui s’en souviennent), morceau particulièrement agréable à l’oreille, réunit les ingrédients qui font de cet album une réussite : charpente rythmique solide, excellents riffs et refrain catchy. A l’issue d’un concert pour lequel
Hittman ouvre pour
Stryper,
Ozz Foxx, scotché par le riff, le leur « emprunte » pour accoucher de celui de “The way“ (sur l’album « To
Hell with the
Devil »). Il s’en excusera auprès du groupe quelques temps plus tard, prétextant que c’était totalement inconscient - ben voyons, tu la veux ma bible dans la tronche !-.
L’erreur de casting intervient avec "Secret agent man", titre sur lequel
Hittman reprend le thème de "Mission Impossible" et propose un refrain enjoué complètement raté à mon goût.
Seul le travail des guitaristes m’empêche de zapper le morceau à chaque nouvelle écoute de l’album.
La musique proposée ici traduit des influences évidentes : Iron Maiden pour la scène British (“
Metal sport”, inspiré par le film «
Rollerball », et ses guitares à la tierce, “Behind the lines”) et surtout le Queensryche de l’EP et du premier album pour la scène américaine (“Backstreet rebels” et son très bon riff d’ouverture, "Behind the lines", le break de “Breakout”).
Outre la musique proposée, c’est néanmoins d’évidence le chant qui pousse inévitablement à cette dernière comparaison. Kennedy le reconnaît volontiers. En intégrant le groupe, et à l’aide de son coach d’opéra (WTF ?), il a changé sa manière de chanter, proche de celle d’un
Dio, pour atteindre quatre octaves et ainsi mieux coller avec ce style vocal « prog » dont
Geoff Tate est l’indiscutable tête d’affiche.
Soulignons que la prod’ permet encore aujourd’hui d’apprécier l’album sans trop sourciller.
Seul le dernier titre de l’album, “The test of time”, sonne un peu cradingue, notamment la batterie. D’après Kennedy, il y aurait eu un souci lors du mixage dû à l’utilisation d’un sample de batterie pour le « snare » accordé un octave trop haut. Fort dommage car ce morceau clôt l’opus en beauté avec différentes ambiances bien agencées.
En conclusion, je me garderai bien de placer ce disque au même niveau que des joyaux indispensables du genre tels que les premiers Queensryche,
Fifth Angel ou
Crimson Glory. Ces derniers évoluent en Champions League !
Hittman est plutôt à la lutte avec
Lizzy Borden ou
Leatherwolf pour une victoire en Europa League. Ce qui nous fait donc déjà un album très plaisant à écouter.
Cinq ans plus tard,
Hittman sortira «
Vivas Machina » (1993), un album qui divisera fortement les fans du combo du fait d’un virage, hum disons mélodique, assez prononcé. Transition abrupte qui peut mieux se comprendre lorsque l’on sait qu’il aurait du y avoir un autre album entre les deux. Entièrement composé, et ayant déjà un nom (« Precision Killing »), celui-ci ne verra jamais le jour pour une simple et bonne raison selon Kennedy : il s’agissait d’un concept album à l’histoire proche de celle narrée dans « Operation Mindrime ». Déjà « accusé » de marcher sur les plates bandes du Rÿche, SPV trouve l’idée suicidaire et enterre l’album. Un Rÿche ça va, deux Rÿche, passe encore - remember le « Graceful Inheritance » de
Heir Apparent -, un troisième Rÿche, planquez vous!
Qui sait, un jour peut être, l’album sortira… De même, au regard du nombre incroyable de reformations qui fleurissent depuis une bonne dizaine d’années, il est étonnant de constater qu’
Hittman n’ait pas cédé à cette mode. La raison est à nouveau toute simple. Mike Beccel, l’âme du combo, est décédé dans un accident de voiture en novembre 2013. Dans le c-l le business, la faucheuse vous bouffera tous !
Oui, nous aussi, je sais…
Je découvre avec retard ce groupe et son excellent premier album. Superbe chronique de Sam soit dit au passage.
J'attends de recevoir le second album et je suis sur le point d'écouter l'album du retour de 2020, curieux de voir ce que ça va donner ...
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