Initié en 1965 avec la création du combo de blues anglais The Steampacket autour de Long John Baldry, de Rod Stewart et de Vic Briggs entre autres ; le concept de supergroupe se veut être synonyme de collaboration musicale entre musiciens expérimentés et accessoirement reconnus comme tels officiant ou ayant officié au sein d’entités tierces accessoirement marquées par le succès. Des légendaires Cream et Crosby, Stills & Nash des années 60 aux Emerson,
Lake and Palmer,
Journey et autres
Bad Company des 70’s en passant par les mythiques Asia,
Gogmagog,
Bad English,
Blue Murder,
Mr. Big,
Badlands,
Damn Yankees et autres
Contraband de l’immuable décennie 80 ; difficile d’échapper aux supergroupes lorsque l’on éprouve un intérêt sans cesse croissant pour le rock n’ roll et ses différents sous-genres/scènes et âges d’or. Brève ou pérenne, la carrière des all-star bands s’avère en général imprévisible et rend dès lors légitime une certaine prudence fondée quant au caractère sincère ou intéressé de certaines entités semblant cependant on ne peut plus affriolantes sur le papier…
26 mars 2002,
Los Angeles, CA.
Randy Castillo (ex
Lita Ford,
Ozzy Osbourne), batteur intérimaire de l’anthologique et inénarrable Mötley Crüe avec lequel il enregistra deux ans plus tôt l’album « New
Tattoo » en remplacement du fantasque
Tommy Lee décède tragiquement d’un cancer de la peau.
Octobre 2002,
Los Angeles, CA.
Tracii Guns, guitariste et fondateur du référentiel sleaze band L.A. Guns quitte le groupe après l’éviction de ce dernier de son label
Spitfire Records et l’annulation d’une tournée nationale avec
Alice Cooper visant à promouvoir l’opus « Waking the
Dead » paru deux mois plus tôt.
Mötley Crüe en hiatus compréhensible suite au décès de son batteur et ami de longue date Castillo et
Tracii Guns libre de tout engagement contractuel, Nikki Sixx et ce dernier décident alors de se concentrer pleinement sur un projet musical commun répondant au doux patronyme de Cockstar en compagnie du keyboardist Adam Hamilton (bassiste dans L.A. Guns), du batteur Kris Kohls (
Adema) et du styliste capillaire et accessoirement vocaliste anonyme
London LeGrand. Suite à quelques changements de personnel qui verront notamment le remplacement de Hamilton par l’ex Crüe John Corabi prenant à l’occasion la seconde guitare et celui du percussionniste Kohls par Scot Coogan (ex Ednaswap,
Sinéad O’Connor, futur
Ace Frehley,
Lynch Mob), Cockstar devient Motordog pour une simple question de bienséance avant d’opter définitivement pour le nom de guerre de
Brides Of Destruction. Après le départ de Corabi pour divergences musicales et incompatibilité d’humeur avec
Tracii Guns, BOD s’enferme entre les murs des Klown Studios de
Santa Monica avec les provisions nécessaires à la survie de toute rockstar qui se respecte afin d’y enregistrer son premier full length sous la houlette du dénommé Steve Bruno. L’album «
Here Come the Brides » sort ainsi le 9 mars 2004 sur Sanctuary Records.
« T’as le look coco ! » Avant même de jeter une oreille sur ce premier disque d’un énième supergroupe aussi intéressant paraisse-t-il ; il est nécessaire de checker ce fameux
London LeGrand qui inconnu au bataillon et coiffeur de mode dans un salon hype de L.A. le jour suscite nombre d’interrogations quant aux raisons ayant poussé Nikki Sixx et
Tracii Guns à le choisir très certainement parmi de nombreux prétendants. A première vue donc d’après les photo-sessions inhérentes à la promotion de l’album, inutile de préciser que le gaillard possède une pure dégaine de sleaze rock motherfucker collant parfaitement à l’image que renvoient dans l’inconscient collectif les on ne peut plus bad ass et esthétiquement aboutis Mötley Crüe et L.A. Guns. Sans surprise aucune, «
Here Come the Brides » démarre sur les chapeaux de roue avec l’énergique et vicieuse « Shut the Fuck Up » posant les bases d’un hard rock puissant et habilement empreint de sonorités modernes mettant accessoirement en exergue une production monstrueuse. Dans une veine comparable, soulignons l’excellente et fédératrice « I Don’t Care » qui semble alors et à très juste titre garantir à l’auditeur l’écoute d’un album digne de ce que le commun des mortels s’avère être en droit d’attendre d’une étroite collaboration entre les masterminds du Crüe et des pistoleros de la Cité des Anges. Véritable moteur de l’album, la vitalité rock n’ roll criante et communicative de
Brides Of Destruction tend sans aucune peine à se dégager de la quasi globalité des titres de ce premier effort au travers des vocaux insolents et survitaminés à souhait de l’excentrique LeGrand doublés des riffs acérés de Guns jonchant notamment les efficaces et vigoureuses « I Got a Gun », «
Life » et autres « Revolution ». Hasard ou clin d’œil sarcastique au passé proche, notons pour l’anecdote que le fameux disque « Waking the
Dead » de L.A. Guns paru en 2002 et accessoirement dernier opus du groupe sur lequel
Tracii Guns pose ses lignes et soli de six-cordes contient également un titre dénommé « Revolution » de bonne facture d’ailleurs.
Disque relativement varié et équilibré s’il en est, «
Here Come the Brides » propose également des titres un peu plus posés que les petites bombes explicitées précédemment et qui à défaut de remettre en cause l’énergie rock n’ roll vitale de la galette ont le mérite de marquer cette dernière du sceau de la classe et de la distinction propre à toute démarche discographique sleaze visuellement aboutie digne de cette appellation. Ainsi, notons la groovy et sensuelle « 2X
Dead » et sa basse délicieusement ronronnante signée
SAS Nikki Sixx Ier, la lancinante, grave et introspective « Brace Yourself », véritable miroir lyrique et musical de la solitude et du vide abyssal destructeur ou au contraire salvateur caractérisant l’existence intrinsèquement vaine de tout homme matérialiste non animé d’un Idéal et encore moins investi d’une Mission ici bas ; ou encore la relativement sympathique et tempérée « Natural
Born Killers » s’avérant cependant être probablement le titre le plus dispensable de l’opus compte tenu de la relative bonne facture qualitative du reste de ce très agréable «
Here Come the Brides ». Les têtes brûlées et autres crackheads faisant ou ayant fait de l’inégalable devise « sex, drugs & rock n’ roll » un réel principe de vie ne sont-ils pas dans le fond des êtres sensibles le cœur à fleur de chair prenant parfois le soin de dissimuler leurs peurs et faiblesses sous d’imposantes et irrévérencieuses fresques intra-cutanées ? Egalement, un album de sleaze rock estampillé 2004 aussi moderne soit-il dans ses sonorités mais puisant invariablement son core dans l’exubérance et le faste des années 80 ne se doit-il pas de proposer ne serait-ce qu’une seule et unique ballade au son de laquelle ressasser encore et toujours ses propres déboires sentimentaux ou son simple ennui de vivre ou plutôt de survivre dans ce monde abject et méprisable ? A ce titre, relevons la brillante et mélancolique « Only Get So
Far » témoin d’un
London LeGrand méconnaissable et on ne peut plus éploré tentant sans doute en vain d’exorciser sa névrose maladive.
Inspiré, fédérateur et habilement doué d’une cohérence structurelle remarquable, «
Here Come the Brides » s’avère être le fruit d’une démarche efficace et honnête émanant de l’inspiration créatrice de deux immenses artistes ayant chacun contribué en leurs temps respectifs à écrire les lettres de noblesse du style sleaze rock/hair metal. Sans être un réel et indiscutable chef d’œuvre, ce premier full length de
Brides Of Destruction qui grimpera très honorablement jusqu’à la 92ème place du Billboard 200 propose pour le plus grand plaisir des auditeurs concernés un hard rock sleaze d’obédience moderne néanmoins agréablement empreint de ce grain, de cette vibe rock n’ roll vitale et on ne peut plus addictive. Un opus indispensable à la curiosité des prétendus fans des immuables Mötley Crüe et L.A. Guns. Listen and Shut the Fuck Up !
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