Y-a-t-il une école australienne de deathcore ? Vous ne vous posiez pas la question et à vrai dire moi non plus jusqu’à l’écoute du premier album de
Sanzu, «
Heavy Over the Home », que j’ai la charge de vous présenter. L’interrogation m’est également venue en repensant à deux grosses entités du genre, Parway
Drive et Thy Art is Murder. Non pas qu’il y ait un continent musicologique entre ces deux-là (on peut trouver plus similaire), mais on peut constater qu’il ne semble pas y avoir chez eux de veine australienne à proprement parler, que ce soit dans le son ou les influences musicales. Personne ne s’en surprendra, en ces temps mondialisés où n’importe qui peut faire le même son que n’importe où, en l’occurrence, surtout le son anglo-saxon.
En regardant la pochette de
Sanzu et le fringant éléphant qui y trône, pas facile non plus d’y voir là une référence patriote pour ce jeune groupe originaire de Perth qui, du coup, a l’air un peu tourné vers l’imagerie exotico-animalière. D’ailleurs, si le fait de voir un gros mammifère sur une pochette de death metal vous fait penser à un album d’un autre groupe (indice : originaire de nos bonnes vieilles Landes) ce n’est peut-être pas un hasard, tant je ferai l’inventaire des « emprunts » (pour rester poli) faits par
Sanzu à ce fameux groupe français que vous avez peut-être déjà deviné.
"
Old Orchard
Floor” qui ouvre l’album, en donne le tom prédit dans son titre : on a affaire à un death metal très lourd, à base de double-pédale ravageur mis en avant par une excellente production (signe du niveau en hausse constante des projets auto-produits), et de riffs aiguisés à l’efficacité indéniable. Le morceau suivant, "
Phenomena”, marche sur ces mêmes bandes imposantes, mais très vite, après quelques mesures seulement, trahit son influence principale, étouffante même. Si le tapis harmonique est somme toute assez classique tel qu’on pourrait l’entendre chez
Morbid Angel, la patte
Gojira plus récente et personnelle transperce toute velléité technique ou créative des petits gars de
Sanzu. Le mixage de «
Heavy Over the Home », jusqu’au son de la caisse claire, titille l’oreille de l’amateur du groupe mené par Joe Duplantier, comme on est titillé par un son cousin, pour ne pas dire jumeau. La lourdeur, certaines phases vocales, voire même certains breaks (sur « Tailor », je crois qu’on est à deux doigts du plagiat) sont des calques de
Gojira dont la rigueur technique ne cache pas l’absence d’originalité.
Il est difficile de s’échapper de cette large référence, surtout quand
Sanzu ne semble pas décidé à le faire et si peu déterminé à s’éloigner du calque. Parmi les morceaux qui changent un peu cette optique, sans pour autant mettre une claque de personnalité, on trouvera tout de même « Those who sleep in the East », beau titre pour une composition à l’intro lente et ténébreuse, à la tonalité qui change un peu en ce mi-parcours d’album, avant qu’un rythme ternaire à la double-pédale acérée amène une suite assez étouffante qui, elle aussi, fait changer d’atmosphère. Le riffing est ponctuellement sympa, mais assez anecdotique en termes de recherche artistique, comme sur le non moins sympathique «
Arrival » car ouvertement massif et deathcore (pas vraiment la posture du disque jusque là). Sombre et sans concession, avec un motif récurrent qui marge efficacement la structure de la piste, il bénéficie notamment d’une bonne outro sous forme de larsens et de percussions. Encore une fois ce n’est pas brillant, mais dans un album bien trop balisé par une référence ces échappatoires simples ont le mérite de sonner comme différents.
Au-delà des mérites de la production, des musiciens, et de la composition qui au fond n’a pas à rougir, «
Heavy Over the Home » porte les mêmes défauts que la première galette du groupe, l’EP «
Painless ». Si les Australiens pouvaient troquer leurs qualités contre une patte, une touche personnelle et non issue d’un autre band, si en somme ils pouvaient faire une musique qui leur appartient, alors
Sanzu serait réellement digne d’intérêt. En l’état, l’album est vite classé dans les classeurs des suiveurs qu’on écoute en pensant toujours à un autre.
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