Headspace

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19/20
Nom du groupe Pulse Ultra
Nom de l'album Headspace
Type Album
Date de parution 16 Juillet 2002
Enregistré à Cello Studios
Style MusicalMetal Alternatif
Membres possèdant cet album9

Tracklist

1.
 Acceptance (Phase I)
 02:55
2.
 Finding My Place (Phase II)
 03:47
3.
 Put It Off
 03:39
4.
 Big Brother
 03:21
5.
 Never the Culprit
 04:06
6.
 Slip in Sin
 05:02
7.
 Prelude
 01:10
8.
 Void
 04:01
9.
 Build Your Cages
 03:54
10.
 Tired
 03:24
11.
 Interlude
 01:23
12.
 Look Closer
 03:52
13.
 Glass Door
 03:38
14.
 Despot
 04:49

Durée totale : 49:01


Chronique @ Game_system

21 Juin 2021

Headspace a tout d’un grand classique, et il ne lui manque encore que la reconnaissance

Formé en 1997 à Montréal au Canada, Pulse Ultra est un quartet de metal alternatif avec Zo Vizza au chant, Dominique Cifarelli à la guitare, Jeff Feldman à la basse et Maxx Zino à la batterie. A l’origine, le groupe avait un autre chanteur, un certain Claudio Dongarra ; ce n’est que deux ans plus tard que Zo Vizza intégrera la formation. C’est grâce à une rencontre avec le groupe de néo-metal Taproot qu’en 2002 le groupe finit enfin par réussir à signer avec une major, Atlantic Records, pour la sortie de leur tout premier album, répondant au nom de "Headspace". Ce nom d’album n’est nullement le fruit du hasard puisqu’il s’agit du nom de groupe d’origine lors de sa formation avant de changer pour Pulse Ultra. Ce nouveau nom de groupe -que je trouve plutôt stylé- fait sûrement référence aux pulsions du cœur lors de moments émotionnellement intenses, d’où le mot Ultra à la fin. L’album est sorti dans un contexte en pleine effervescence du néo-metal ainsi que celui d’une nouvelle vague de formations s’adonnant à un style souvent nommé « post-grunge » ou « metal alternatif » selon les préférences, ayant déjà eu son petit lot d’albums références dans le genre, tel Staind et son "Break the Cycle" en 2001 ou Puddle of Mudd et son "Comme Clean" sorti la même année, entre autres. Un contexte donc propice à la sortie de "Headspace".

La musique de Pulse Ultra remplit toutes les cases de cette mouvance metal alternatif : on a droit à des chansons aux structures rock traditionnelles, mais aux influences musicales certes diverses mais piochant particulièrement dans des éléments issus du heavy, du néo et du grunge. Les riffs oscillent souvent entre ces différents genres, comme dans « Finding My Place (Phase II) », débutant avec un riff heavy, continuant avec des sonorités de guitare aux diverses distorsions et débouchant sur un riff planant typé néo lors du refrain. La section rythmique suit le rythme de la guitare en faisant tout autant preuve de polyvalence, particulièrement pour la batterie à la variété surprenante, n’hésitant pas à baisser ou augmenter le tempo, voire utiliser des percussions quand cela est nécessaire, ou carrément user de la double pédale. La basse se distingue par moments par son côté funk, qui apporte des rythmiques très appréciables dans les chansons. Le chant, quant à lui, est centré sur la mélodie et les vocalises ; je ne saurais le définir tellement il me semble unique, je dirais qu’il est peut-être à mi-chemin entre le néo et le grunge, sans jamais se contenter d’être pleinement dans l’un de ces genres.

Maintenant qu’une définition de l’album a été établie, disons-le clairement : "Headspace" est l’un des albums les plus riches et les plus réussis de cette mouvance metal alternatif des débuts 2000. Une telle réussite est due à une combinaison parfaitement harmonieuse entre les compositions très inspirées et le chant de Zo Vizza. Les différentes influences dans les compositions s’enlacent avec une bonne efficacité, les différents riffs nous hypnotisent par leur degré d’efficacité et de créativité, suffisamment heavy pour attirer notre attention sans jamais être complètement metal, mais suffisamment accessibles pour nous laisser emporter sans jamais être radio-friendly. Que ce soit « Put It Off » et son riff saccadé lors des couplets, « Never the Culprit » jouant du contraste entre les mélodiques typé post-rock dans les couplets et les riffs bien heavy lors du refrain, « Acceptance (Phase I) » et ses riffs spatiaux nous transportant dans les cieux (en parfait accord avec la pochette) ou sur « Tired » et ses envolées expérimentales, c’est toujours un bonheur que de se laisser emporter par toutes ces sonorités. Elles sont d’ailleurs la meilleure démonstration de la polyvalence de l’album, comme dans le superbe interlude instrumental nommé… « Interlude » (oui, niveau originalité on repassera) qui débute avec un solo de basse aux relents funky, rapidement accompagné par la guitare qui tente une approche inédite avec de chaleureuses rythmiques venant accompagner celles de la basse. C’est d’une telle efficacité et ça tranche tellement avec les chansons plus traditionnelles que l’on regrette qu’elle ne soit davantage plus longue, je pense que l’idée de base de cet interlude aurait parfaitement pu déboucher sur une chanson instrumentale complète. Le furieux « Glass Door », quant à lui, démontre la face la plus heavy possible de l’album avec une succession de riffs rapides.

Le chant de Zo Vizza est l’élément le plus remarquable avec la guitare. Il développe un timbre de voix qui lui est propre, ne ressemblant à quelconque autre chanteur dans le genre, chose suffisamment rare pour le souligner. Il est principalement focalisé sur les envolées à base de vocalises lors des refrains, se mariant à la perfection avec le tissu sonore engendré par la guitare pour un fort agréable résultat. Chaque note vocale est soigneusement exécutée pour engendrer une émotion particulière en fonction de la chanson, et cela transporte l’auditeur tout au long de l’album. J’en veux pour preuve le sublime « Never the Culprit », où l’on est totalement transporté ailleurs par le chant d'un Zo Vizza qui nous prend par la main et nous emmène explorer tout un univers ; le magnifique « Despot » qui débute avec le refrain chanté en quasi a cappella avec une sensualité à nous faire vibrer le cœur, ou encore « Build Your Cages » et son refrain hypnotisant d’efficacité. Il tente diverses approches selon les chansons, comme sur « Look Closer » ou « Despot » et son ton plus dramatique, « Big Brother » (chanson en collaboration avec le chanteur de Taproot) ou « Tired » et son chant plus énergique, ou l’unique et furieux « Glass Door » où il expérimente avec une voix robotique lors des couplets avant de tout balancer lors du refrain, agrémenté même parfois de quelques hurlements. Quel que soit le style employé, c’est toujours un immense plaisir que d’écouter cette précieuse voix nous gratifier des plus belles prestations dans le genre.

"Headspace" est la définition-même d’une perle musicale. Il est un des albums les plus marquants et les plus créatifs des débuts 2000. Sa créativité musicale hors normes en a fait un cas unique dans la mouvance alternatif qui a tant marqué ce début de siècle, les performances vocales spectaculaires de Zo Vizza transforment son écoute en une expérience très mémorable, le tout parfaitement servi avec une production propre et impeccable sur tous les points. Pourtant, aussi improbable et malheureux que cela puisse paraître, l’album n’a jamais rencontré le succès escompté et est le seul et unique album jamais sorti par la formation. C’est extrêmement malheureux quand on lui reconnaît ses immenses qualités musicales, mais aussi la promotion dont il a bénéficié. En effet, au Canada la formation montréalaise avait bénéficié d’une bonne réputation grâce à une campagne promotionnelle avec la sortie du très bon single « Build Your Cages » qui avait été bien reçu. Mieux, Pulse Ultra a eu l’immense honneur d’avoir joué au Ozzfest, à l'époque prestigieux festival de metal, aux côtés de grands noms comme System Of A Down ou POD. Tout aussi gratifiant, la chanson « Build Your Cages » a été choisie par la société de jeux vidéo Electronic Arts pour faire partie de la bande sonore du jeu vidéo de courses à succès "Need For Speed Hot Pursuit II", sorti sur toutes les consoles à l’époque (même si je n’ai jamais aimé ce jeu que j’avais sur Gamecube, par sa maniabilité trop confuse et hasardeuse, je lui reconnais de m’avoir fait découvrir Pulse Ultra grâce à sa superbe bande-son !). Toutes les cartes étaient en main pour prédire un radieux avenir à la formation, mais pourtant non.

L’histoire de Pulse Ultra et la raison de sa chute sont très malheureuses. À la suite de la sortie de "Headspace" et la tournée qui en a découlé, le groupe avait pourtant bien convaincu sa maison de disque de signer un contrat pour un deuxième album. La formation était rentrée dans une importante phase de composition qui était à un stade bien avancé, au point d’avoir plusieurs nouvelles chansons complètes qui ont été jouées dans les derniers concerts (notamment le dernier concert en date du groupe, à Montréal au Club Soda, en 2004), et au point d’être rentré en phase de pré-production pour le nouvel album, dont une sortie était prévue en 2004. Mais les choses ne se sont pas du tout passées comme prévu. Atlantic Records, la maison de disque du groupe, avait été rachetée la même année par une major, AOL/TIME/WARNER. Celle-ci, estimant que les ventes de "Headspace" n’étaient pas convaincantes, a brutalement décidé de rompre le contrat liant Pulse Ultra pour la production d’un nouvel album. Cette situation désastreuse a mis la formation sans label et donc sans ressources pour continuer à faire de la musique, ce qui a provoqué de vives tensions au sein du groupe, au point que Zo Vizza a décidé de claquer la porte le premier, provoquant ainsi la séparation de Pulse Ultra. Des auditions ont été réalisées afin de le remplacer, un chanteur avait bien été trouvé pour le remplacement, mais peu après le groupe s’est définitivement séparé. Le groupe ne s’est, depuis, jamais reformé. Nous n’aurons jamais eu la possibilité de découvrir un deuxième album, et c’est une véritable honte. Et ce, malgré le fait que "Headspace" a acquis avec le temps un véritable statut d’album culte, gagnant à chaque fois plus de fans, au point d’avoir une communauté qui ne cesse de s’agrandir et de réclamer le retour de cette talentueuse formation au destin injuste. Mais rien n’y fait.

Les différents membres qui la composaient se sont dédiés à d’autres projets musicaux. Dominique Cifarelli, le guitariste, est celui qui a été le plus actif, en formant le groupe de metal progressif The Chronicles Of Israfel, dont un premier album est sorti en 2007. En 2008 il met en pause ce nouveau projet pour intégrer Scars On Broadway, le nouveau groupe de Daron Malakian (guitariste chez System Of A Down), en tant que bassiste. Scars On Broadway venait alors de sortir son premier album, et est parti en tournée pour sa promotion. Cifarelli quitte le groupe en 2012, et profite de ce nouveau temps libre pour reprendre son groupe The Chronicles Of Israfel, dont un nouvel album sortira quelques temps plus tard, en 2016. Zo Vizza, quant à lui, a enchaîné des projets avec de petites formations locales toutes plus obscures les unes que les autres, ne dépassant jamais le stade de quelques démos de chansons. Le fait qu’un chanteur aussi talentueux n’ait jamais trouvé de formation à la hauteur de son talent me choque profondément et sincèrement. Un chanteur pareil, normalement les groupes doivent se l’arracher, mais il n’en a rien été de Zo Vizza, qui d'ailleurs a été complètement évincé du monde musical. Jeff Feldman, lui, a joué dans un groupe d’electro/avant-garde nommé Elsiane mais aussi dans différents autres projets dont des bandes originales de jeux vidéos. Maxx Zinoa, pour sa part, a joué dans un groupe indie rock nommé Run.

Malgré le destin tragique de Pulse Ultra dans l’industrie musicale (qui nous rappelle qu’elle est avant tout une industrie dont le but est de générer du cash), on peut se réjouir qu’ils aient au moins pu nous sortir un merveilleux premier album que l’on peut toujours pleinement savourer et qui continue encore aujourd'hui de marquer les esprits. "Headspace" a tout d’un grand classique, et il ne lui manque encore que la reconnaissance.

2 Commentaires

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Goneo - 21 Juin 2021:

Je neconnaissais pas cette album, du coup je suis aller jeter une oreille. C'est vrai que la qualité est largement au rendez-vous, faudra que j'écoute ça de plus prêt à l'occaz. Sympa la chronique qui retrace aussi la biographie du groupe.

Game_system - 22 Juin 2021:

Oui effectivement, la qualité est bien au-dessus des standards de l'époque, ils ont vraiment fait preuve d'une importante créativité et d'un grand talent. Pour moi c'est un des albums qui m'a le plus marqué dans cette mouvance metal alternatif, les compos génials et la voix de Zo VIzza sont absolument uniques et précieuses.

Pour la chronique, je pense que je ne pouvais parler de l'album sans aborder le sujet de ce qu'est devenu le groupe. En effet, la première chose que l'on se demande face à un pareil album, en plus de sa non-reconnaissance, c'est pourquoi est-ce qu'une telle formation n'a jamais sorti de second album malgré son grand talent. Moi j'ai direct cherché à savoir ça quand j'ai découvert l'album la première fois. Malheureusement, c'est un tragique destin pour une précieuse formation.

Merci d'avoir lu la chronique et bonne écoute.

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