Electron libre dans le paysage extrême dès la fin des années 80’s, à la base d’une école mixant goregrind et deathmetal comme personne sur ses deux premiers albums,
Carcass a fait plusieurs émules parmi les jeunes formations de l’époque, pour citer les tchèques de
Pathologist, les suédois de
General Surgery et
Regurgitate, ou encore les finlandais de
Xysma et
Disgrace, du moins durant les jeunes années de nos deux groupes finnois. Notre dernier se forme en 1987 et multiplie trois démos avant de sortir son EP
Debts of Gods chez la fameuse écurie Seraphicdecay, qui empile déjà de sacrées références en 45T comme
Incantation,
Mortician, Derketa ou
Goreaphobia.
Le deathmetal aux saveurs ‘carcassiennes’ de
Disgrace séduit alors le jeune label français Modern
Primitive, qui ne sortira toutefois entre 1992 & 93 que trois réalisations sous sa bannière, l’album
Grey Misery de notre groupe finlandais, ainsi que les premiers albums respectifs des hollandais d’
Acrostichon et des suédois de
Ceremonial Oath. Muni d’une illustration surréaliste, ce premier album du quatuor fait la part belle à son ancien répertoire, reprenant notamment l’intégralité de la démo-tape
Inside the Labyrinth of Depression de 90, sans inclure toutefois les morceaux du précédent EP, qui conserve donc encore tout son intérêt.
Plus professionnelle que sur démo, la production de
Grey Misery n’en demeure pas moins crasseuse. Capturé en septembre 1991 aux TTT Studios, l’album possède en effet cette granularité particulière que l’on retrouve notamment sur Privilege of
Evil ou
Children of the
Scorn d’
Amorphis et
Funebre. Rugosité étonnante lorsque l’on sait que l’ingénieur du son n’est autre que T.Tolkki, l’ancien guitariste de
Stratovarius, formation powermetal n’ayant pas vraiment de point commun avec une scène death/grind aussi extrême.
Le concept médicinal en moins, difficile de faire abstraction de la couleur ‘carcassienne’ de
Grey Misery, aussi bien dans la lourdeur extrême de ses guitares, dans son côté parfois chaotique, dans son alternance entre chant éraillé et déjection d’hémoglobine, tant de clins d’œil nous renvoyant vers le génie de la formation de Liverpool, plus précisément à l’époque du culte Symphonies of
Sickness, lorsque le trio reprenait à son compte l’assise structurée et puissante du deathmetal. Ne boudons toutefois pas notre plaisir devant les morceaux de
Grey Misery, tant le groupe les articule avec un savoir-faire indéniable, pour citer le génial Debris alternant idéalement rythmes tout en lourdeur et passages de folie, ou encore le terrible
And Below
Lies Infinity où se succèdent blast-beats intraitables et riffs particulièrement écrasants. Difficile de résister aussi à l’écoute de la pièce finale Transcendental
Dimension, tout aussi calibrée et meurtrière.
A mi-chemin entre
Carcass et ses compatriotes finlandais de
Xysma et
Demilich,
Disgrace taille ainsi dans le gras à l’occasion de son premier album. Loin d’un truc bête et méchant,
Grey Misery reste toutefois bien plus subtil qu’il n’y paraît pour le deathster parvenant à dompter sa brutalité excessive, œuvre finement pensée et articulée, mais aussi relativement originale comparée à de nombreuses réalisations deathmetal du moment, plus volontiers tournées du côté de Death,
Deicide,
Entombed ou
Morbid Angel. On sent enfin dans ce premier album un feeling rock qui se dessine dans le lointain, pour citer les soli de Waves of
Hypocrisy ou
Obscurity in the
Azure, préfigurant déjà la future orientation que
Disgrace suivra dès l’année
1994, peu après l'enregistrement de son second full-lenght
Volume II: Black Lizards Cry, qui tombera aux oubliettes durant de nombreuses années faute à la banqueroute de son label.
Fabien.
La pochette est particulière mais la musique accroche assez vite je trouve (grâce à la basse notamment)
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