Nous sommes en 2014 et, curieusement, 7 ans après sa sortie initiale, aucune chronique n'a été écrite pour vous parler du magnum opus des bouseux de Wilmington (Caroline du Nord). Remercions donc Season of
Mist d'avoir récemment signé le groupe, et d'en avoir profité pour réédité l'intégralité de leur discographie, parce que ça va me permettre de vous toucher deux mots sur un groupe dont les 'exploits' renvoient pas mal de trucs fait par des black metalleux au niveau d'aimables blagues de cours de récré.
Weedeater, c'est le bébé de "Dixie" Dave Collins. Un redneck de compétition, assumé, qui se revendique clairement d'être un gros balourd et qui vous collera un tir de fusil de chasse au cul si vous vous approchez par erreur des plants de marijuana qu'il fait pousser dans le coin de forêt perdu où il a une cabane (ne rigolez pas, c'est tout ce qu'il y a de plus véridique). Après avoir exercé ses "talents" de bassiste une paire d'années au sein des légendaires Buzzov-en jusqu'à leur split en 1998 (mais il a rejoint à leur reformation en 2010), Dixie fonde donc
Weedeater afin de pouvoir avoir un espace de créativité personnel au sein duquel il puisse parler des choses qui lui tiennent à coeur : la marijuana, les flingues, la vie de redneck, la solitude, la dépression et la haine viscérale du système fédéral américain.
Dixie, c'est le cousin dégénéré des frères
Duke de "Shérif Fais Moi Peur".
Musicalement,
Weedeater joue donc de ce style typique créé justement par les gars du Sud : le
Sludge/
Doom. Pour mémoire, un mélange entre Hardcore crado etles trois premiers
Black Sabbath, dont on peut tracer les origines aussi bien à
Black Flag qu'à
The Melvins ou
Dream Death, avant que des groupes comme Buzzov-en,
Acid Bath ou
Eyehategod n'affinent la recette. A l'inverse du Sludgecore (le nom originel du genre), qui assume complètement ses origines Hardcore/Punk et n'hésite pas à accélérer régulièrement le tempo, le
Sludge/
Doom ne se joue qu'en down tempo et de préférence le plus lourd et le plus suffocant possible. Le
Sludge/
Doom est dégueulasse, il ne vous aime pas, il est la déclinaison musicale du cadavre d'une pute de soixante ans retrouvé overdosé au mauvais speedball sur un matelas crasseux puant la pisse dans un squatt promis à la démolition depuis dix ans par une chaude journée de juillet caniculaire.
Et
Weedeater est l'incarnation forestière de ce style.
Pas besoin de faire un dessin, le nom du groupe est assez explicite : au premier riff dégorgeant du fuzz, on se retrouve la gueule engloutie dans un épais brouillard qui vous explose les neurones et vous fait voir les étoiles. Alors que l'on est en train de ressentir les mêmes sensations que mammouth en train de se noyer dans un puit de goudron, la voix de Dixie fait son apparition. Eraillée, criarde, elle pue le mauvais tabac et l'eau de vie de contrebande. Et elle laisse entendre que son propriétaire est furibard. On retrouve aussi un côté Noise explosif qui rappelle les pires improvisations d'
Eyehategod dans le genre (vous vous souvenez de "
Anxiety Hangover"?) : en témoigne la virulence de "20 $ Peanut", qui ne donne pas très envie de se tenir à côté de Dixie quand il découvre la note. Derrière, le groupe aligne un
Sludge/
Doom en s'en tenant strictement aux préceptes de base du genre, et torchant coup sur coup des morceaux de bravoure pour rappeler aux petits peigne-culs que
Down ce n'est PAS DU PUTAIN DE SLUDGE!! ("Good Luck and
Godspeed", "
Wizard Fight" et "Dirt Merchant").
Parlant de
Down, et par ricochet de
Corrosion Of Conformity, Pepper Keenan vient faire une petite apparition sur l'instrumental "Alone", seul moment de répit et de calme du disque. Enfin, un album de
Weedeater ne serait pas complet sans une reprise rendant hommage à l'Amérique profonde, celle des petites gens et du sel de la Terre. Après le "
Southern Cross" de Croby, Stills & Nash sur leur premier album, le groupe fait donc subir les derniers outrages au "Gimme Back My Bullets" de
Lynyrd Skynyrd. Et Bon Dieu ce que cette reprise est énorme! Elle sodomise à sec aux aiguilles de pin l'horreur qu'avait été la même chanson reprise par Kid Rock! Elle donne envie de sortir fusil de chasse à la main et d'aller cramer un drapeau américain pour aller élever à la place un drapeau confédéré!
On sort des 38 minutes que dure "Good Luck
And Godspeed" complètement groggy, avec l'impression qu'on va se taper une sacrée gueule de bois le lendemain matin au réveil. Mélangeant les meilleurs éléments de ses deux précédentes réalisations (le côté Punk anar' de "...
And Justice For Y'all" et le côté plus lourd de "Sixteen Tons") en un frichti musical aussi épicé qu'intense,
Weedeater livre ici un album référence du genre. Garanti pour vous fournir une belle fourrure autour des couilles en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, et l'odeur qui va avec par la même occasion. Profitez de l'occasion qui vous est donnée de redécouvrir ce petit bijou de saleté et de drogue, et allez les voir lors de leur tournée européenne en 2015 : vous ne le regretterez pas.
Moi j'abandonne.
J'ai comme l'impression que 'sludge' est devenu une espèce de fourre-tout pour certains. Peut-être ceux qui ont pris Mastodon comme étalon justement, plutôt que des Eyehategod, Superjoint ou Crowbar...
'fin bon, moi j'ai toujours préféré Down, hin hin ! ;)
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire