À la toute fin des années 1990 le Black
Metal s’est implanté dans la culture musicale underground de la majeure partie des pays du globe, le continent asiatique n’étant pas en reste. Cependant, certaines contrées pour des raisons politiques, religieuses ou culturelles (quand ce n’est pas les trois à la fois) restent réticentes au développement de cette culture où elle a bien du mal à s’implanter et c’est notamment le cas pour l’île de Taiwan, lieu où Fog, la tête pensante derrière
Inferno Requiem, a toujours vécu et où il demeure encore aujourd’hui l’un des rares portes étendards du Black
Metal de ce pays.
À l’inverse de ses compatriotes qui se sont initiés au style mais qui ont décidé d’opter pour une voie symphonique (voir grand guignolesque) pour la majorité d’entre eux, Fog forme
Inferno Requiem à la fin des années 90 après divers remaniements de projets musicaux impliquant d’autres personnes malheureusement moins sérieuses et ambitieuses que lui. Ce dernier décide de pratiquer son art dans la forme la plus pure et qui rend le plus hommage aux scènes scandinave et américaine qui le passionnent.
“
Gloomy Night Stories” voit le jour en 2007 et se présente alors comme le seul véritable album de raw Black
Metal de la scène Taiwanaise. Frustré par la mentalité inhérente à son pays d’origine et sa représentation de l’art en général Fog a peaufiné son style durant des années, habité par une volonté de produire des compositions fidèles dans l’esprit à ses mentors de la seconde vague tout en y insufflant sa propre haine et sa personnalité.
“Crimson Grudge” pose tout de suite la base de ce qu’est
Inferno Requiem de la plus belle manière qui soit. Une introduction macabre, mystérieuse, puis le déluge arrive…
La section rythmique est un véritable mur sonore martial, la guitare envoi un riff incisif créant petit à petit une mélodie vicieuse qui va prendre l’auditeur aux tripes durant tout le morceau et le chant de Fog est un pur concentré de haine qui sait varier les tonalités sans jamais perdre son côté inhumain.
Le ton est donné, le maître mot de cet album sera intensité et celle-ci ne faiblira pas durant toute la durée de l’écoute et cela malgré le fait que Fog aime varier les ambiances comme sur “Dangling Piggsy” qui a une approche plus froide et sinistre dans le riffing ou les alourdir encore plus lors de breaks judicieux comme sur “Succubus
Possessed. Il est intéressant de noter que malgré le fait qu’une seule session d’enregistrement studio ait eu lieu, la production entre divers morceaux peut varier de manière notable. Cela provient du fait que pour Fog la production n’est pas un simple gimmick mais un élément important dans la composition.
Ainsi, un morceau tel que “
Deformed Evil Spirit” va diminuer l’aspect opaque et oppressant de la prod pour donner un peu plus de profondeur aux guitares et apporter une dimension plus limpide au riffing alors qu’à l’inverse “Ghastly Vanishing
Figure” gardera ce côté brut de décoffrage, haineux et vraiment jouissif.
L’atmosphère de l’album ne changera pas pour autant, l’œuvre est bien construite hormis quelques riffs de remplissage ou des moments qui auraient pu être raccourcis. Et même si à certain moment il peut être utile de faire des réglages manuels sur sa platine pour profiter au mieux de certains titres, l’œuvre globale reste marquante à travers tout ce qu’elle propose.
À lui seul, Fog et son projet font un véritable pied de nez aux autres productions de son pays qui se concentrent exclusivement sur la forme plutôt que d’aller chercher à l’essence même du style tout en développant sa propre personnalité et une façon de faire qui est devenue sa signature.
Inferno Requiem reste encore aujourd’hui un projet relativement discret bien que ce dernier ait multiplié les sorties ces dernières années en restant campé sur ses positions et ses valeurs mais sans se répéter. Un projet (et un album) à part dans ce coin du globe (même si des groupes comme Cetus ou Armed Judas commencent à apparaître..) mais qui mérite vraiment d’être découvert pour ceux qui aiment leur Black
Metal sombre, possédé et surtout sincère.
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