Il y a quelques décennies, on enseignait aux mômes de France, de Navarre et d’
Outre-Mer, l’Histoire de la Gaule antique en usant des termes « nos ancêtres les gaulois ». Une affirmation fausse si on prend égard aux invasions, aux mélanges de populations de cette époque à nos jours. Et pourtant, pour ce qui est de la Gaule Métropolitaine au moins chacun de ses natifs a du sang gaulois dans ses veines. Les gaulois, ces celtes qui avaient croisé le glaive contre le général romain Jules César et qui furent vaincus par lui, ont conservé un prestige immense et incarnent encore la source de ce qui sera plus tard la France que nous connaissons. «
Catuvolcus » formation québécoise de black folklorique posséderait également un héritage gaulois, et ses membres en sont tellement fiers qu’ils ont baptisé leur musique « Gaul
Metal ». Comme nous pouvons le deviner l’intégralité de leur projet se consacre aux épisodes qui ont parcouru l’Histoire de leurs lointains ancêtres. Suite à un premier album en 2009 et à un EP en 2010 limité à 200 exemplaires, «
Catuvolcus » s’attèle à un second opus, qui va s’intéresser à la victoire gauloise sur les troupes de César à Gergovie. «
Gergovia » est plus qu’un album concept, c’est un regain d’identité.
Comme tout bon album de pagan qui se respecte, nous avons droit à des passages où est donné un bel hommage à la nature. Cette nature, cette terre qui nous offre tout. « Elaver » est donc une petite introduction nous faisant partager un moment de convivialité, un moment de paresse près d’un ruisseau. La guitare acoustique vient nous bercer, mais nous entendons au loin le cri de l’aigle, le symbole de la puissance romaine avide de nouvelles proies, et l’orage annonçant une suite tumultueuse. Celle-ci ne tardera pas à arriver. « Par Monts et par
Vaux » tranche radicalement avec « Elaver ». C’est une force black pagan inextricable qui nous parvient directement. Son riffing prononcé, l’insistance des coups nous rappelleront le travail fait assez récemment par le suédois «
King of
Asgard ». Nous serons en premier lieu impressionnés par la solidité, voir la rigidité de la musique offerte par «
Catuvolcus », avant que celle-ci se laisse facilement anticiper à défaut de compositions audacieuses et plus complexes. En fait, la véritable force de l’opus repose sur la prestation vocale du groupe. Le choix du français est déjà en soit une originalité. De plus le groupe créé une intelligente ambigüité en mêlant différents styles de chants: un chant strident black metal, un chant growlé à l’occasion et de vigoureux chants clairs guerriers.
Cette combinaison, ce trouble réalisé intentionnellement au niveau des chants prendra une importance primordiale sur le long morceau teinté de mélancolie, « Litaviccos ». Celui-là mise tout sur une ambiance chaotique, sur un affrontement qui pourra paraître engageant par le jeu mélodique et épique des guitares sur la majorité de la piste. Il y a bien quelques charges soutenues en provenance de la batterie qui viennent nous impressionner et casser la monotonie. Cette chanson s’alignerait donc aux côtés d’« À la poursuite des Vents » pour son double caractère, à la fois triste et rageur. Pour ce dernier, cependant, il n’y aurait pas la même surprise que sur « Litaviccos »; les passages furieux seront clairement délimités. On y retrouvera au sein de la piste, l’air baladeur perçu sur « Elaver ». Sans le bruit de l’eau, que nous retiendrons seulement de nouveau pour l‘outro « Elaver II ». Cette ballade se montrera plus timide, plus reposante que la première du nom, grâce à la flûte, aux notes lentes et graves de la guitare acoustique.
Nous n’aurons pas d’autre instrumental que ces deux « Elaver ». « Recueil d’Opprobes » sur sa première minute s’inscrivait pourtant lui aussi dans une ballade acoustique tout aussi ravissante, jusqu’à l’arrivée d’un riff électrisant et du double chant black/growl. Bien qu’impertinents et puissants, le jeu comme les chants souffriraient d’une certaine forme de redondance qui fera échapper la prestation de notre mémoire. Du moins, cela sera noyé au milieu du reste. En effet, la constance du riffing et la linéarité assez marquantes entre les différents titres constituent une gêne dans l’écoute de ce volume. Il aurait été plus profitable au groupe de se résoudre à des pistes plus courtes. Comme nous le démontre « Impetus », il y a de la subtilité, des riffs attrayants sur la première partie, ce qui en sort de la seconde servirait apparemment plus à étoffer. C’est aussi toute la difficulté d’un concept basé sur un épisode historique. On est obligé de raconter autant que possible et de faire suivre la musique tant bien que mal.
L’auditeur sera placé au cœur de la bataille sur « Aux Portes de l’Oppidum ». Maxime Côté nous délivre alors un riffing pagan des plus authentiques, des plus épiques aussi, si on le compare aux autres morceaux. Le présent morceau comptera parmi les meilleures réalisations de l’offrande, pour sa grâce, son esprit combattif. De même sera certainement retenu « La Colline de Chanturge » pour ses mélodies prenantes, malgré l’obstination rythmique produite par la batterie. Cette vitalité, cette volonté de lutter qui en ressortent se distinguent de l’entame façon «
Summoning » que nous aurons d’abord à cheminer. Par leur musique, par leurs paroles, il sera assez aisé d’imaginer les lieux et les événements retracés par la formation dans cette prestigieuse bataille.
Voila un projet intéressant, qui vraisemblablement, aura posé quelques difficultés à nos québécois. Impossible pour eux de changer un scénario déjà écrit dans le sang des guerriers arvernes. L’Histoire ça se rapporte, ça ne s’invente pas. Et les épisodes de 52 avant JC, qui auront marqué la victoire de Gergovie, étaient un choix évident pour la bande de Pierre-Alexandre Plessix se définissant elle-même comme formation de « Gaul metal ». Au moment, où on nous reparle d’une continuation de l‘œuvre d‘Uderzo « Astérix et Obélix », au moment où la Révolution d’érable prend des airs de Révolution française, des québécois nous rappellent quelles sont nos racines, les racines du Québec et celles de la France. Ils nous interpellent aussi sur l’intérêt de se battre. Car même si le combat est vain, même s’il faut succomber dans un Alésia, la bravoure nous donne droit d’office à la postérité.
14/20
Et ben c'est surprenant une note aussi "basse" vue tous ce que j'ai entendu dire depuis longtemps sur cet album pour le moins attendu. Vais m'y interessé quand meme, ca a pas l'air d'être de la daube pour autant.
(ps: sinon bon texte dans l'ensemble !)
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