Lunar
Mantra… Voilà un nom qui ne dira probablement pas grand-chose à grand-monde, et pour cause : nouveau venu sur la scène, le mystérieux trio de
Glasgow, composé de JR/O à la batterie, Lyblaeca à la basse et Exortivm au chant et à la guitare, nous sort là sa première réalisation à ce jour, épaulé par
Invictus Productions, qui, dans la mesure de ses faibles moyens, tente tant bien que mal de promouvoir ses jeunes poulains.
La pochette de ce premier essai, très réussie, me rappelle beaucoup celle du In Terra Profugus des Islandais de
Carpe Noctem, et la comparaison n’est pas anodine, car les deux combos évoluent dans un black metal atmosphérique oscillant entre ambiances astrales et inspirations des abysses.
Ce
Genesis s’ouvre sur des bruitages diffus desquels se détachent des cloches brumeuses, des mantras solennels, des chuchotements mystérieux, et des percussions graves et étouffées : nous voilà conviés à un cérémoniel sacré datant du fond des âges, dégageant une spiritualité à la fois paisible et inquiétante, jusqu’à ce que cette cloche, vibrante, vienne résonner une dernière fois, nous tirant de notre torpeur en nous vrillant les oreilles, et cédant la place aux guitares qui entament Stellar
Catacombs, le premier véritable titre de cette galette.
Les grattes ne sont pas vraiment agressives, pleurant une myriade de notes atmosphériques qui justifient parfaitement le patronyme des Ecossais, d’ailleurs, le titre de ce morceau est aussi très représentatif du style pratiqué ici, tiraillé entre l’infini mystérieux du ciel et la pesanteur fangeuse du monde souterrain. Lorsque la batterie, évoluant dans ce blast sourd et continu qui imprime un rythme mécanique, et la voix d’Exortivm, à la fois grave, lointaine et amplifiée par un écho étrange, viennent porter ces nappes abrasives de guitares, la musique du combo, certes de facture classique, se fait impérieuse et prenante, parvenant à nous emporter à des années lumières de notre minable existence terrestre.
On ressent un certain côté spatial, avec ces guitares aux multiples couches qui se superposent en un magma mélodique, une basse certes discrète mais qui, si on tend l’oreille, se détache du tapis de six cordes et vient proposer ses propres variations, ainsi qu’une pluie de notes cristallines et légères qui viennent fusionner en un conglomérat onirique, nous transportant loin de la désolation bassement matérielle de notre monde et élevant notre âme vers des infinis insondables. La révélation vient également de ces breaks ambiant où des mantras lugubres résonnent, sans que l’on puisse savoir s’ils précipitent notre perte ou s’ils prononcent notre ascension spirituelle.
Malgré ses premières secondes béates sur lesquelles planent ces voix féminines angéliques et évanescentes, Wealth Has Become the Shrines of
Azazel semble d’emblée plus sombre et agressif, avec ce blast moribond, plus lourd et appuyé que précédemment, et ces vocaux abyssaux rappelant les éructations de Saenko qui renforcent le côté menaçant et glacial d’un espace désespérément vide de toute vie. Les grattes continuent à enchevêtrer des motifs profonds et mystérieux à la noirceur hypnotique, n’hésitant pas à alterner riffs dissonants et parties plus posées typiques du black atmosphérique. Le jeu de la batterie, un peu en retrait, est également plus subtil qu’il n’y paraît, apportant un relief certain à une musique qui ne manque décidément pas de cachet, avec ces passages blastés hypnotiques et ces ralentissements de tempo judicieusement placés.
Xanthotic Madness nous fait planer avec ces boucles de guitares répétitives aux mélodies spatiales et hallucinées, ces claviers qui inondent de leurs notes irréelles la musique ainsi que les incartades sensuelles de Lyblaeca. On redescend alors tout en douceur sur une dernière plage ambiant de plus de sept minutes, titre que la première version de
Genesis, alors téléchargeable en format digital, ne possédait pas encore. Comme pour l’introduction, on a droit à un morceau très réussi mélangeant les univers de
Rajna et de
Trist, fusion incarnée par ces mantras lunaires, ces percussions tribales, ces triturations caverneuses et ces cordes apaisantes, qui viennent nous bercer en toute fin d’album.
Une belle façon de conclure, même si on aurait préféré un autre morceau de ce metal à la fois épique, atmosphérique et glacial, car, avec cinq titres pour 37 minutes dont dix d’ambiant pur,
Genesis est tout de même un peu court…
Cela mis à part, et si l’on fait abstraction d’un manque d’originalité qui n‘est absolument pas rédhibitoire vue la qualité proposée,
Genesis est un album parfait dans son genre, qui séduira à coup sûr tous les amateurs de black ambiant aux ambiances spirituelles et profondes. Autant dire qu’avec une telle genèse, on est pressé de découvrir plus avant l’univers de Lunar
Mantra…
Chronique intéressante et qui reflète plutôt bien mon ressentit sur l'album.
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