From the Fjords

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16/20
Nom du groupe Legend (USA-1)
Nom de l'album From the Fjords
Type Album
Date de parution 1979
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album16

Tracklist

1. The Destroyer 05:06
2. The Wizard's Vengeance 03:39
3. The Golden Bell 07:14
4. The Confrontation 03:31
5. R.A.R.Z. 05:13
6. Against the Gods 03:47
7. The Iron Horse 06:32
8. From the Fjörds 08:14
Total playing time 43:16

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Legend (USA-1)


Chronique @ Hibernatus

20 Novembre 2015

“Monsieur Jourdain au pays du Metal”.

Fin des années 70, un météore traverse le ciel du Metal, en sa bouillonnante jeunesse. Malgré la fugacité du passage de cette étoile filante, elle marquera le paysage du genre et son unique album,“From the Fjörds”, acquerra un statut semi-culte. Trente ans plus tard, Ray Frigon, l'ancien batteur du groupe, s'en étonne. Nos influences, dit-il, tournaient plutôt autour de groupes comme ELP, The Mahavishnu Orchestra, Jean-Luc Ponty, Gentle Giant ou Yes. Dans leur répertoire, dont il affirme qu'il aurait pu remplir 5 ou 6 disques, il y avait de tout : du Heavy Rock, du Prog, du Jazz, du Funk, toutes influences qu'ils incorporaient à des degrés divers pour en faire quelque chose qui sonnait différemment. Ray écrivait d'abord les paroles, puis lui et surtout le guitariste Kevin Nugent composaient une ligne mélodique sur laquelle le groupe travaillait collectivement. Son inspiration le portait à l'époque sur les mythes et épopées littéraires ou historiques, et il présume que c'est cette orientation qui les a conduit à sonner beaucoup plus Heavy que la fusion qu'ils voulaient consciemment créer: Legend, ou M. Jourdain au pays du Metal...

Revenons en cette fin des 70'. New Haven, Connecticut. La première formation comprenait Ray Frigon à la batterie, John Judge à la basse et Kevin Nugent à la guitare et au chant. L'indélicatesse du bassiste, qui se permit d’enregistrer sous son nom deux titres du groupe, entraîna son éviction et son remplacement par Frank Melillo, un vieux copain de Kevin. Les compères jamment, composent comme des furieux, font quatre concerts (oui, seulement quatre), et s'estiment prêts à se lancer dans l'enregistrement d'un album. Même pas peur, aux innocents les mains pleines !

Encore faut-il trouver des sous... Qu'à cela ne tienne, l'avenir ne leur appartient-il pas ? Ils ont d'ailleurs l'intention de faire deux groupes parallèles, en sus de Legend : un qui serait orienté vers du progressif avec claviers, et un autre plus jazz-rock. Sans avoir la moindre connexion sérieuse avec le milieu de l'édition musicale, ils s'endettent. L'enregistrement s'effectue dans un petit studio artisanal de New Haven, drapé de tentures pour ne pas gêner les voisins ; étouffant le son de la batterie de Ray...cela compliquera singulièrement l'exercice. Ensuite, mixage par Kevin Nugent dans un studio spécialisé dans la musique celtique où on les a regardés comme des extra-terrestres avec leur musique de dingues. Et finalement, envoi du master à l'éditeur, qui a glorieusement pressé 500 LP. Des LP qui s'arrachent aujourd'hui pour plusieurs centaines de dollars !

N'ayant pas une telle force de frappe, j'ai dû me contenter d'un des multiples bootlegs qui ont heureusement perpétué le souvenir de cette éphémère apparition. On ne comparera pas la production aux standards actuels, mais le son reste fort honnête, avec des instruments parfaitement audibles individuellement. Aux innocents les mains pleines, toujours : nos gaillards ont dans leur bande de copains un artiste en début de carrière, également basé au Connecticut : Ioannis Vassilopoulos, qui officiera avec, entre autres, Fates Warning, Uriah Heep, BÖC et Deep Purple (excusez du peu), et qui va concevoir leur artwork. La maquette de Ioannis était en couleur, mais notre trio désargenté dut se contenter d'une impression en noir et blanc.

Musicalement, on a un mélange de Hawkwind et de Rush, avec des zestes de Blue Oyster Cult. La comparaison avec les œuvres de jeunesse de Manilla Road, (d'ailleurs contemporaines) s'impose : un poil moins psychédélique et un poil plus prog. Il n'y a aucune linéarité dans la composition des titres, mais n'en déduisez-pas pour autant que ça part dans tous les sens. On sent une étonnante maturité chez ce jeune groupe ; des musiciens qui savent ce qu'ils veulent et qui jouent ce qu'ils aiment.

De fait, Fred et Kevin ont suivi des études musicales et leur jeu s'en ressent : une parfaite maîtrise technique, la justesse des compos et des interventions le caractérisent. On appréciera particulièrement la façon dont Fred enrobe littéralement les soli de Kevin sur « The Wizard's Vengeance ». Ray, par contre est un autodidacte de la batterie, mais il est tombé dedans tout gamin. « Drum-in-his-Heart », le surnommera un ami amérindien. Son jeu est profus, volubile et enthousiaste. Son kit est monstrueux : une invraisemblable accumulation de fûts et de cymbales, 12 gongs, plus, comme le rapporte le bassiste, « tout ce sur quoi on pouvait taper et faire résonner ». Chaleureuse et agréable, la voix de Kevin, appuyée parfois par celle de Ray, officie dans les médiums. Bon, on notera quand même que le « hurlement » qui ponctue la fin du 2e couplet du titre éponyme relève plus de la petite souris en colère que du berserker ivre de rage, mais ne chipotons pas.

« The Destroyer », « The Wizard's Vengeance » (titre que reprendra Slough Feg) et « Against The Gods » déclinent un Hard-Heavy enthousiaste sur un riffing principal chaloupé, émaillé de jaillissements, de ponts et de contretemps. « From the Fjords » relève de la même catégorie, mais ce long morceau de 8' aux ambiances diverses et contrastées, avec de longs passages instrumentaux, possède un caractère nettement plus progressif. Il en va de même avec ce qui est peut-être le meilleur titre : « The Golden Bell ». Calme, envoûtant, il est nimbé d'un mystère que renforcent en permanence les cymbales, gongs, cloches et percussions diverses de Ray. Un passage central, instrumental et au groove funky, sera totalement improvisé lors de l'enregistrement !

On trouve deux instrumentaux sur cet album : « The Confrontation » est court, enlevé et possède une certaine tonalité "purplienne". « The Iron Horse » est quant à lui un long solo de batterie ébouriffant de Ray, encadré au début et à la fin par l'accompagnement de ses compères, avec d'étonnantes sonorités « ferroviaires » sortant de la guitare de Kevin. Enfin, un intrus se cache au milieu du disque, RARZ (pour Rock'n Roll Zole, Zole signifiant asshole) : on a là un Country claudiquant et déjanté, dont les paroles dénoncent l'industrie du disque et les excès d'un Southern Rock trop commercial.

Pourquoi donc cet excellent album, frais et tonique, n'a-t-il pas vu l'arrivée de petits frères ? Eh bien, il se trouve que Legend a expérimenté une façon très originale de splitter. Pendant l'enregistrement, Ray était profondément déprimé. Il va en guérir en retrouvant la foi après la lecture d'un prospectus trouvé dans sa boite aux lettres : converti en « born-again christian », il décide de tout plaquer pour se consacrer à la prédication ! Ray, Ray, lama sabachthani ? Quand tu rejoindras ton créateur, n'as-tu pas quelque inquiétude, rapport à la parabole des talents (Matthieu 25.14-30) ?

Le groupe vivote avec un nouveau batteur, mais la sauce ne prend pas. Kevin et Fred en forment un neuf basé sur un autre concept, avec l'adjonction d'un claviériste et d'un chanteur à part entière et à la voix haut perchée : Mercenary. Ils enregistrent un single et s'apprêtaient à produire un LP quand frappe un nouveau coup du sort. Kevin souffrait de terribles douleurs dorsales, que ne devait pas arranger le poids de son Ibanez à double manche. Une nuit fatidique de 1984, il abuse de son traitement médicamenteux et meurt dans son sommeil...RIP, et fin définitive de l'expérience.

Il en subsiste ce « From the Fjords » à l'excellente facture, vibrant témoignage de l'extrême créativité musicale de l'époque, et plein d'une saveur douce-amère à la lumière du destin de cette formation malheureuse. Si vous croisez un bootleg pour pas trop cher, n'hésitez pas à le prendre, c'est une curiosité qui ne dépare en aucun cas dans une discographie Metal. Au besoin, téléchargez-le : vous avez la bénédiction de Ray Frigon, dont les sentiments chrétiens sont offusqués par les prix qu'atteignent les originaux. Inutile par contre d'espérer une réédition : le master est perdu.

Ma note : 16 (15, plus un point pour le petit statut culte).

Post scriptum, 02/08/2019. Je viens de recevoir l'inespérée réédition de Sonic Age Records, pour le 40e anniversaire de l'opus. Les Grecs ont fait un remarquable travail, avec un livret très riche, notamment une interview fleuve de Ray Frigon (quel bavard!) et une de Ioannis, le concepteur de l'artwork. Surtout, sans recours au master perdu, ils ont réussi à restaurer un son riche, clair et profond qui fait honneur à l'éphémère groupe. Achat obligatoire pour toute personne intéressée !

13 Commentaires

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MarkoFromMars - 27 Novembre 2015: Piqué par la curiosité, j'ai fait mon gros délinquant, ben oui , j'ai téléchargé ce From the Fjords avec la bénédiction de Ray. Et bien m'en a pris, quel régal !
De l'instrumentation que l'on prend plaisir à suivre séparément ou dans son ensemble, du chant que je qualifierai d'étrange car échappant à tous les poncifs inhérents au style, voire fantomatique, l'écoute de cet OVNI se révèle assez hypnotique. Je me suis trouvé emprisonné dans cette improvisation dans "The Golden Bell" jusqu'à y entendre des notes de "War Pigs", sacré voyage !
Merci Jean-Luc pour ce texte sacrément instructif qui en appellera j'espère d'autres.
adrien86fr - 06 Décembre 2015: Terriblement intéressante que l'histoire de ce combo et de ce disque Jean-Luc, merci pour l'article. Une histoire rock n' roll telles qu'on les aime.
PhuckingPhiphi - 10 Mai 2019:

Réédition chez Sonic Age Records les copains !

J'ignore s'ils ont retrouvé les masters entretemps ou sont repartis d'une source de seconde génération, mais bon, vous avez l'info. ;)

Merci pour la kro ! :)

Hibernatus - 02 Août 2019:

Je viens de recevoir l'inespérée réédition de Sonic Age Records, pour le 40e anniversaire de l'opus. Les Grecs ont fait un remarquable travail, avec un livret très riche, notamment une interview fleuve de Ray Frigon (quel bavard!) et une de Ioannis, le concepteur de l'artwork. Surtout, sans recours au master perdu, ils ont réussi à restaurer un son riche, clair et profond qui fait honneur à l'éphémère groupe. Achat obligatoire pour toute personne intéressée !

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