Je le répèterais peut-être à chaque chronique de ce genre : "Black
Metal Ist Tot !"
L'heure est au DSBM (Depressive
Suicidal Black
Metal), a fortiori quand il s'agit d'un groupe aussi merveilleux que ce projet suédois,
Svart. Son seul et unique leader Draug n'en finit plus de nous sortir des productions toutes aussi talentueuses les unes que les autres, et sa dernière est probablement celle qui se démarque le plus de la discographie de part son originalité. Le DSBM a légèrement évolué pour donner un style vraiment différent de ce que nous connaissions. Présentation d'un opus tout à fait étonnant.
Trois pistes éponymes. C'est ce qu'il suffit à "Förlorad" (traduisez par "Perdu") pour vous emmener dans le pays le plus noir du monde : celui de notre ego. Chaque titre est d'une durée incroyable (autre élément qui différencie bien
Svart du reste des groupes de la scène
Metal). Si vous étiez épatés par les longues musiques de
Opeth ou de
Darkspace qui tournaient aux alentours des dix minutes, vous serrez sur le cul en constatant qu'avec ces trois titres l'album dure près de 74 minutes !
Le premier titre ouvre en douceur les 15 premières minutes avec des sons étranges venus d'un autre monde, une guitare acoustique qui nous traine lentement dans la poussière, puis la batterie menée avec brio pour rythmer un peu tout ça. La qualité du son dépasse tout ce qu'on pouvait attendre. Habitués au son grésillant s'abstenir, ici rien de la sorte. Une qualité parfaite, témoin d'un investissement total de l'artiste dans son projet et dans son univers. Quelques paroles inconnues résonnent dans ce titre qui vous fera perdre peu à peu la notion du temps et même de votre propre existence. Si vous ne l'avez pas déjà fait, asseyez vous dans un coin sombre de votre chambre - si possible en prenant exemple sur la très belle pochette tout à fait sale et qui pourrait traduire parfaitement les mots "misère", "infâme", "dégoût"... Des thèmes très prisés par l'artiste depuis ses premières démos (voir "Vanära,
Vanmakt och Avsmak").
Le suicide n'est pas mis à l'ordre du jour. Simplement un blues total, la mélancolie dans toute sa beauté, l'impuissance face au cours du temps. Cette étrange impression de n'être qu'un corps, et rien de plus. Les 20 minutes suivantes sont bien différentes et marquent le point culminant de l'album. Le rythme accélère, la noirceur est plus présente, la guitare saturée s'ajoute à cette sombre mixture qui nous envahit. La basse est également présente - un son grave, sale, presque gluant comme la peau d'un mort noyé. On frise le
Death/
Doom Funéraire quand s'entend enfin la voix rauque et abyssale de Draug, très différente d'autrefois. Ce n'est plus un long cri d'agonie mais plutôt une incantation vomitive, un éloge à la vie miséreuse qui nous est conté. Une odeur de brûlée qui me rappelle l'éphémère et si inconnu Igneus, groupe islandais depuis longtemps disparu. Le calme revient soudainement, comme pour nous laisser contempler le marbre froid de sa tombe (copyright
Gris, bien entendu) et tout repart dans un Black
Metal intense. Le chant est plus déchiré dans cette deuxième partie musicale, on ressent un peu plus le son de l'époque de "Våran Tid är Förbi". Un chant clair se fait même entendre lui aussi. Bref, tout y passe. Toutes les émotions, tous les sons, tout ce qui est possible de réaliser sur un opus tel que celui-ci.
Le dernier titre - le plus long avec près de 40 minutes (!) - n'est pas forcément le plus intéressant, mais c'est celui qui vous abandonnera le plus à vos réflexions et à votre solitude. De nouveau la guitare acoustique et la batterie nous baladent dans le monde dévasté de notre esprit, histoire de nous reposer un peu de la piste précédente. La descente se fera progressivement pendant presque 10 minutes. Bref, vous l'aurez compris : il faut avoir le temps d'écouter cet album ; il faut aussi avoir le lieu, de préférence un lieu intime et sombre, pour pouvoir se concentrer et déguster totalement ce nouvel opus.
Svart innove dans la catégorie Black
Metal. Et même si ce projet demeure dans l'ombre, il n'est pas inintéressant de s'y pencher et de le découvrir. "Förlorad" est une balade dans un temps incertain, où les secondes deviennent des minutes, ou les heures deviennent des semaines, ou les mois deviennent des secondes - bref, un monde où le temps n'existe plus et où l'âme se perd totalement (d'où le titre de l'album.) Une réussite pour les esprits ouverts et les amateurs de lenteur.
++
Chronique publiée depuis
http://www.myspace.com/_razort_
Des années plutot non?
;p
trés bonne chronique et une habile description des sentiments
Bref, tout ça pour dire que tout se confond quand il s'agit de durée. Le temps est totalement relatif !
Je vais écouter ça donc. Mais pour répondre au début de ta chro, j'apprécie fortement les morceaux de 10min d'Opeth, mais question durée, je suis plus impressionné par les délires de Reverend Bizarre, le Jerusalem de Sleep ou encore Crimson.
Vivement que j'écoute cette galette là !
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