La petitesse d’une formation n’est pas forcément synonyme de médiocrité. Beaucoup de metalleux, surtout les plus jeunes, sont convaincus du contraire. Il est parfois difficile de les persuader que ce qu’ils auront à portée de main dans un hypermarché ou par l’intermédiaire des plus gros labels peut se révéler parfois de qualité inférieure à certains disques faits maison. Beaucoup de ceux-là dénigreront donc la formation américaine «
Briton Rites » et sa fameuse pièce datant de 2010 «
For Mircalla ». Ce projet US doom metal fut fondé en 2006 par le guitariste Howie Bentley, également à l’instigation du tout petit label
Echoes Of
Crom, inspiré par la nouvelle « Carmilla », une histoire de vampiresse parue en 1872 et écrite par l’écrivain irlandais Joseph Sheridan Le Fanu, soit 25 ans avant la fameuse œuvre de Bram Stoker, «
Dracula ». Howie va s’attacher les services du chanteur Phil Swanson, peut-être l’une des meilleures voix américaines de doom à l’heure actuelle. Avec le batteur Allen Hall, ils enregistrent une démo deux pistes, mais ce dernier cédera sa place derrière les fûts au profit de
Corbin King, plus connu pour ses performances à la guitare, notamment auprès de la formation «
Vainglory ». Ce nouveau line-up enregistrera le premier album de «
Briton Rites » au Kingdoom Studios dans l’Etat de Géorgie. Et, ma foi, une petite production n’aura jamais autant flirté avec les plus grandes en matière de doom metal.
L’opus ouvre sur l’un de ses extraits les plus emblématiques, le dénommé « Carmilla ». Le titre nous arraisonne par un heavy doom, aux riffs gras, assez caractéristique du confrère américain «
Pentagram », à l’exception du break plus lourd faisant lui songer à «
Candlemass ». Ces deux influences sont d’ailleurs marquantes pour l’œuvre en général. L’adhésion à ce morceau tient aussi beaucoup à la formidable voix de Phil et aux solos de maître de Howie, tels de gros dénivelés de notes qui fusent, qui crachotent. Le pré refrain se montre plus mélodieux, élançant parfaitement le refrain. «
Vampire Hunter 1600 » est un nouvel exemple de doom cossu, alternant les humeurs et le rythme, qui s’illustre le plus souvent bombardé. Phil figure là quelque peu en retrait, faiblard à prime abord, mais beaucoup plus engagé quand vient le refrain. Howie a vraiment de la chance de l’avoir dans son projet. En son absence, «
Briton Rites » aurait pu mal tourner. D’ailleurs « Karnstein
Castle » nous donne l’exemple de ce qu’aurait pu devenir la formation avec Howie à la voix. Et c’est tout simplement abominable. On croirait entendre un Jon Mikl
Thor enivré. Les riffs plombés et graveleux renforcent de plus cette impression d’alcoolémie.
Ça tangue aussi lourdement, de manière bien plus efficace toutefois, à travers le titre « All Hallowed
Vengeance ». La torpeur que l’on y ressent est toute Black Sabbathienne. On fait véritablement un bon en arrière au temps d’un «
Master of Reality » ou d’un « Vol. 4 ». Même Phil tente d’imiter les intonations d’Ozzy pour nous y confondre. Ce passage en Europe fait un petit détour vers la Suède avec le pesant et intimidant « The
Exorcism of Tanith », qui s’accorde à l’identique avec le doom metal de «
Candlemass », du moins lors de son entame. Ca r après un début très ombrageux, le rythme devient soutenu et acène de puissantes salves, ponctué d’un esprit rock n’ roll assez sympathique. «The Right
Hand of
Doom », tout aguicheur et ventru, l’est plus encore. Il se révèle mouvementé et subtil, très alléchant, très américain aussi. Quoi de plus américain qu’une grosse couche de «
Pentagram » sur « A Meeting in the Woods » aux riffs tout droit sorti de l’album « Day of Reckoning » chef d’oeuvre en la matière.
Petit mais costaud, comme dirait la Pie-qui-Chante. Ce premier album de «
Briton Rites » est une pièce de premier choix et résolument abordable à qui voudrait s’essayer au doom metal. Les influences à «
Pentagram », «
Candlemass » et «
Black Sabbath » sont passe partout et s’agrémentent de solos d’orfèvre. Phil Swanson n’est néanmoins pas de trop quand on découvre les difficultés de Howie au chant. La présence de ce personnage et sa performance constitueraient en quelque sorte la cerise sur ce gâteau fort apetissant, en connaissance de sa maîtrise vocale au sein de son autre formation «
Vestal Claret ». La vampiresse Carmilla a aussi été consacrée par le groupe « Theatres des Vampires » sur leur album de 2011, mais l’hommage rendu par «
Briton Rites », aussi modeste peut-il paraître, est tout aussi respectable et peut-être bien plus saisissant encore, permettant par la même occasion de découvrir des pans entiers du patrimoine doom metal. N’ayez aucune confiance à ce que vous dictent vos yeux. Ce qui est d’apparence fragile peut rapidement découvrir ses crocs et vous mordre. Ce sera alors trop tard pour vous.
15/20
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