Si vous ne vous intéressez pas au
Doom italien, il y a de très grandes chances que vous soyez passés à côté de ce nouvel album de Tony Tears. Et surtout que vous me regardiez avec de gros yeux étonnés en me sortant : "Et c'est qui, Tony Tears ?"
De son vrai nom Antonio Polidori, Tony est surtout connu pour avoir été guitariste pour
Abysmal Grief sur une démo. Et, comme 95 % des guitaristes de
Doom italiens, d'être un élève de
Paul Chain.
Pas étonnant donc que d'entendre Tony Tears/le groupe sonner comme il maestro. Après une palanquée de démos dans les années 80/90 dans un style purement
Paul Chain, Tony a décidé de passer la seconde en 2000 et a enregistré tout seul, comme un grand, quelques EP et un album (repris dans l'excellent coffret "Music from the
Astral Worlds" en 2014). Et, en 2014, Tony décide de recruter deux musiciens confirmés afin de l'aider pour ce nouvel album. En bon élève de
Chain, il recrute deux des piliers de l'underground
Doom rital, eux aussi très influencés par il maestro (mais qui ne l'est pas, dans la Botte ?) : le multi-instrumentiste Regen
Graves (maître d'oeuvre d'
Abysmal Grief) et le chanteur David
Krieg (qu'on a entendu entre autre chez Malignance, Hexenfaust ou Neith). C'est ce trio qui enregistre le "
Follow the Signs of the Times" donc, qui atterrit entre mes oreilles.
L'intro vous met direct dans l'ambiance : en bon claviériste, et surtout en gars qui a bossé aussi bien pour
Paul Chain que pour
Death SS (un peu), Tony démarre avec un morceau sinistre, légèrement occulte, qui donne l'impression d'être coincé dans un donjon médiéval alors que votre torche vient de s'éteindre. Derrière s'enchaîne directement "Mark Of
Evil", un morceau très teinté de Heavy qui sonne comme un mélange entre les premiers
Candlemass et
King Diamond mais avec cette touche italienne si spéciale, qui donne l'impression que chaque morceau musical a été enregistré dans le but de servir de musique à un film d'horreur gothique.
Car ne croyez pas être en terrain de connaissance en lisant certaines des influences : Tony Tears n'est pas
Attic ou
Portrait ou
In Solitude ou
Ghost. Si les influences sont les mêmes que pour les groupes cités, il faut reconnaître aux Italiens de proposer une musique bien plus personnelle que celle de la concurrence. Même si la personnalité domine le disque, les deux autres musiciens sont loin d'être là pour faire tapisserie et leur propre personnalité (notamment au niveau du chant de
Krieg) s'intègre parfaitement bien dans le canevas musical général.
En parlant de canevas musical et de claviers, il faut ici que l'amateur de bourrinitude comprenne bien qu'approximativement un tiers de l'album est constitué de pièces synthétiques rappelant les premiers travaux de
Mortiis en moins brumeux et plus sinistre. L'aspect musique de films évoqué plus haut trouve tout son sens dans un morceau comme "
Demoniac Puppets" qui sonne comme du Goblin, avec une basse ronde bien en avant. Mais heureusement, amis de la finesse, il y a aussi de la guitare en quantité raisonnable et les musiciens s'en donnent à coeur joie dans les expérimentations (comme les dissonances vraisemblablement voulues sur "
Blind Love for a
Medium", ou le très
Sigh-esque Deep Misanthropy" et le
Doom épique plus classique de "Queen
Of Darkness"). Et des fois que la filiation assumée ne serait pas encore assez visible, le groupe se fend d'une reprise honnête de
Paul Chain ("
Armageddon", tiré du classique "Detaching From
Satan") et leur artwork parodie logiquement celui du "
Sabotage" de
Black Sabbath.
Horrifique, progressif,
Doom,
Metal, et même un peu Jazzy... "
Follow the Signs of the Times" est tout celà, et bien plus encore. Mais le plus simple pour résumer cet album reste encore '
Doom italien'. Surtout, comparativement à leurs précédents albums, ce disque est très facile d'accès. Ce qui en fait la porte d'entrée idéale pour qui souhaiterait les découvrir, ou découvrir le style de
Doom si particulier pratiqué en Italie. Une petite réussite, mais à qui il manque un petit grain de folie supplémentaire pour tutoyer la perfection. Ceci dit, le résultat actuel est suffisamment bon pour que l'on ne fasse pas la fine bouche.
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