(
Apocalypse de Jean). Le cinquième ange sonna de la trompette. Et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre. La clef du puits de l'abîme lui fut donnée, et … STOPPPPPPPP!!!!!
Désolé.
Au regard du nom du groupe, et à la vue de cette pochette à l’image iconique sur fond blanc (je parle de la cover de 86 et non celle de 88 avec son ridicule cheval ailé), je voulais faire péter une grosse intro avec références bibliques et compagnies, mais franchement, je n’y comprends rien à cette histoire d’étoile tombée du ciel, de puits de l’abime et de sauterelles qui se répandirent sur la terre. Alors on oublie tout ça et on se concentre sur la musique. Parce que là, pour le coup, j’ai de quoi chanter les louanges de l’ange.
Fifth Angel, groupe originaire de Bellevue, dans la proche banlieue de Seattle, se forme au début de l’année 1983. A l’origine du rassemblement de cette belle brochette de talents, un homme,
James Byrd. Comme un certain Malmsteen, sieur Byrd a décidé de se consacrer pleinement à la guitare au lendemain de la mort d’Hendrix, le 18 septembre 1970. Après avoir tenté sa chance sur L.A. au cours de l’année 82, il revient finalement sur Seattle dans le but de travailler avec deux musiciens dont il a entendu vanter les mérites avant même son départ pour la cité … des anges (tiens tiens) : le batteur Ken Mary, l’homme au (futur) 483 groupes (
Chastain, Accept, House of Lords,…, à vous de compléter avec les 480 restants). et le chanteur Ted Pilot. Byrd, principalement, et ses acolytes se mettent à composer…
Dés la fin de l’année 1983,
Fifth Angel bosse avec un certain Terry Date sur une démo 4 titres - "Fade to
Flames", "
Fifth Angel", “Under pressure”, seul titre non présent sur l’album, et "
Wings of destiny" -. Il faudra néanmoins plus de deux ans pour que le téléphone sonne et qu’un contrat soit finalisé. Faute de mieux, la bande opte pour
Shrapnel Records du toujours-à-l’affut-Mike-Varney. L’album est rapidement enregistré et sort en 1986.
Pour faire bref… avant de développer longuement - ben oui on se refait pas -, nous tenons là, avec le fameux EP de Queensryche ou le somptueux et plus méconnu « Graceful Inheritence » de
Heir Apparent, un des meilleurs albums que la scène métal de Seattle des eighties nous ait offert.
Prod’ crystal clear de Terry Date, compositions et mélodies vocales enchanteresses, chorus bang-bang, riffs assassins plus précis qu’un coup-franc de Cristiano Ronaldo, et leads de guitare brûlants. Tout y est ! Du début ("In the fallout") à la fin ("Fades to flames"), c’est l’orgasme métallique.
Principal compositeur et parolier, le virtuose
James Byrd écrit tout de long une véritable encyclopédie du riff qui fait tilter le cervelet et du solo mélodique pour nostalgiques des exploits de Schenker au sein d’
UFO ou des premiers
MSG. Autrement dit, pas de branlettes de manches répétitives et donc à la longue soporifiques, juste des variations incessantes et une créativité de tous les instants ("Shout it out", “Call out the warning”, et surtout les soli de “In Only the strong survive” et "Fade to flames"). Forcément, Ed Artcher en est un peu réduit au rôle de guitariste d’appoint, rôle dont il s’acquitte fort bien.
Les cinq premiers titres, sont d’une qualité rare.
Plus (“In the fallout”, aux solides lignes de basse de John Macko, “Call out the warning” et ses chœurs angéliques) ou moins rapides (“Shout it out”, “
Fifth Angel”, et son épatant refrain « they call the
Fifth Angel »), mais toujours incroyablement catchy, nous sommes bien en présence d’un heavy US haut de gamme. Enfin, dans le style power ballade, “
Wings of destiny” se différencie de la plupart de celles généralement proposées par son approche plus “épique”.
Les quatre derniers morceaux restent d’un très haut niveau, même si un poil - ou plutôt une plume - en dessous des précédents (notamment “Only the Strong
Survive”). “The night“ offre néanmoins ce qui est probablement le meilleur riff de l’album. Enfin, comment passer sous silence le superbe "Fade to
Flames" (composée par
Archer), dont l’intro acoustique est transpercée par un riff galopant qui jaillit telle la lave d’un volcan au bout d’une 1’15’’.
Pas besoin de claviers, de violons ou de je-ne-sais-quoi pour balancer avec emphase un grand titre. Juste laisser parler les instruments du rock et la voix sur une composition quasi-parfaite.
A propos de voix, Ted Pilot, s’il n’est indéniablement pas le chanteur le plus technique du métal ni celui offrant la palette vocale la plus large, possède deux atouts rares : la conviction et l’émotion (“
Fifth Angel”, "
Wings of destiny", "
Cry out the fools", "Fade to flames"). Quand on constate la perpétuelle valse des musiciens US dans les années 80 – et que je t’échange mon guitariste peroxydé contre ton bassiste tatoué - , et le nombre de groupes auxquels ont appartenu certains chanteurs (Sotto, Boals et consorts), difficile de comprendre pourquoi Ted Pilot n’a pas (re)trouvé chaussure à son pied. Peut être taille-t-il trop grand (hello Marko) ?
Hélas, l’album ne trouvera pas vraiment son public (une pauvre 117ème place au Billboard), probablement trop heavy pour la scène glam et pas suffisamment pour celle du thrash. Toujours la même rengaine du cul entre deux chaises. Malheureusement pour le groupe, les membres ne portent ni maquillage, ni rouge à lèvres, ni plume dans le c-l - pourtant pour des anges quoi de plus naturel-.
Traduction : en 1986, pas de passage sur MTV. Et pas de passage sur MTV, pas ou peu de ventes. Au cœur des années 80, un ange est passé sur le métal US. Celui-ci ne s’est même pas retourné. Trop occupé à mater les gros nibards sur MTV - ce qui soit dit en passant peut être considéré comme une activité tout à fait légitime -.Leur seule publicité est venue plus tard. Un de leurs morceaux était au générique d’une émission télé de Howard Stern au début des 90’s.
Peut être également que les paroles en ont rebuté plus d’un. Il est vrai qu’au début, on s’y perd un peu avec tous ces “out” ("In the fallout", "Shout it out", “Call out the warning", “
Cry out the fools”). Comme pour
Manowar, on en déduit que le groupe n’a pas grand-chose à dire (Manowarriors, please, ne plastiquez pas ma voiture). Tout faux ! Les titres traitent en effet brillamment de toutes les tares de notre société. La nature apocalyptique des paroles et le ton légèrement religieux ont pu également décontenancer l’auditeur . On est pourtant loin du white metal à la
Stryper.
Comment dés lors se faire entendre lorsque l’on a quelque chose à dire mais que personne n’écoute? Comme aurait dit mon prof de philo, prenez votre stylo, vous avez 4 heures.
Pourtant, avec un vrai travail de la maison de disques, la cible idéale était facilement identifiable: les fans des 4 premiers
Dio (à l’écoute de “The night“, c’est une évidence).
Dans la liste sans fin des albums sous estimés, oubliés ou carrément ignorés nous tenons là, à l’évidence, un membre du top 3. Un all-time-classic. Rien de moins. Merci à SOM de nous permettre de corriger le tir. En cadeau, un album facile à dénicher aujourd’hui depuis la réédition en 1999 par Sony/
Epic.
Signé en 1988 par le label
Epic Records pour 7 albums (!?), l’album est réédité peu de temps avant que Byrd ne prenne son envol - mouais, facile - et se lance en solo. Il retourne chez
Shrapnel Records et enregistre sous son propre nom l’excellent «
James Byrd's Atlantis
Rising ». Mais cela est une autre histoire…
Un incroyable premier effort, hélas resté sans suite, l’album sophomore, «
Time Will Tell », bien qu’agréable mais beaucoup plus commercial à la demande du label, évoluant à milles lieux de celui-ci sur le plan qualitatif.
Après avoir entendu ce disque, votre journée se résumera à une seule chose : appuyer sur "replay", encore, et encore, et encore ...
En import surement, mais moi ce fut une découverte de 88...
Apres vérif, RR a bien sorti la première pochette en Europe en 86, ré-édition en 88 avec la pochette blanche, donc oui je pense qu'en cherchant bien pouvait trouver ça en France en 86.
Super, merci pour les fouilles archéologiques Phil' et remercions donc Grogwy pour son judicieux commentaire.
Je plussoie à cette excellente chronique, vraiment un album bien construit et ô combien intéressant dans ses compos particulièrement bien travaillées. On passe réellement un bon moment auditif et on en redemande. Merci pour la bafouille vieille branche!
Je me joins à vous pour souligner la qualité de cet album. Trouvable en promo chez Gibert et sans doute ailleurs en réédition digipack.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire