Witch Fever, fièvre de sorcière, tout un programme ; il s'agit ici de quatre musiciennes, mais ça pourrait être n'importe quoi... Black atmosphérique ? Heavy symphonique ? Pirate metal ?Perdu ! Ces jeunes anglaises puiseraient plutôt dans la musique alternative des années 90, comme nous allons le voir...
Né en 2017, Witch Fever est originaire du Royaume-Uni, plus précisément de Birmingham, et est composé d'Amy Walpole (chant), Alisha Yarwood (guitare), Alex
Thompson (basse, choeurs), et Annabelle Joyce (batterie). Avec à sa tête la chanteuse Amy Walpole, qui est à l'aise dans à peu près n'importe quel registre, dans la douceur comme dans la rage la plus déjantée, le mélange de doom, de punk et de rock alternatif produit par le quatuor l'a fait remarquer, avec un EP "
Reincarnate" en 2021, puis un premier album, "
Congregation" en 2022.
Ce deuxième album, que le groupe désirait être plus lourd, a été guidé par des textes inspirés des expériences traumatisantes d'Amy au sein de l'Eglise Charismatique, mouvance catholique née dans les années 60, où elle a grandi. Produit par Chris W Ryan (NewDad, Just Mustard,
Enola Gay), "
Fevereaten" est paru chez Music For Nations/ Sony le 31 octobre 2025.
Au premier abord, Witch Fever me ferait penser à un Garbage poussé dans les extrêmes, plus vicié, à l'image de Sonic Youth, plus violent, et beaucoup, beaucoup plus lourd. Une des choses les plus reconnaissables chez elles, c'est la manière très brute, punk et frontale qu'a Amy Walpole de hurler. Ces décharges viscérales d'émotions transpercent les refrains ("
Dead to Me", "
Burn to Hit",...).
Lorsque la rage se décharge, l'énergie est punk dans le chant, et parfois hardcore dans les guitares ("See Ya
Next Tuesday".
Witch Fever est suffisamment lourd, avec un côté sale et boueux dans ses distorsions (fuzz?), pour flirter parfois avec le doom, surtout sur un morceau comme "Reprise", totalement dans ce mood, sans en avoir les tics monomaniaques. La basse d'Alex
Thompson est ample et heavy, elle remplit parfois tout l'espace (le lancinant "Northstar"). Couplée à de gros riffs de guitare, elle rend par moments la lourdeur de Witch Fever abyssale. La batterie d'Annabelle Joyce est très variée, et peut amplifier la puissance ou l'apprivoiser, comme sur le morceau titre "
Fevereaten" où elle tourne comme des moulins de tambours, et joue sur des nuances subtiles.
En dépit de morceaux assez courts et aux structures simples, "
Fevereaten" se révèle complexe dans ses textures et profond dans ses couches mélodiques (les couplets de l'opener "
Dead to Me").
Alors que Witch Fever est souvent écorché et borderline, sur des morceaux comme "The
Garden", plus développés et nuancés, les mélodies s'épanchent dans les rêves et les illusions dominés par les émotions. Ou sur "Safe", ça tourne gentiment comme un bon vieux The Cure, avec une guitare enfantine, si ce n'est que tout s'envole dans un refrain en intensité grunge, façon
Smashing Pumpkins.
"
Fevereaten" déborde d'énergie d'un bout à l'autre, porté par un souffle bouillonnant et une créativité qui se manifestent jusque dans les effets, bien trouvés, très relevés, et cependant jamais irritants. A la guitare, Alisha Yarwood utilise toutes les cordes à son arc, sculptant le son de son instrument pour le rendre polymorphe et vivant.
Chaque piste possède sa propre ambiance, et ses idées fortes, ce qui fait de "
Fevereaten" un album très varié.
Pas grand chose à jeter dans cet opus généreux et sincère, car le moins qu'on puisse dire, c'est que Witch Fever ne se disperse pas : deux ou trois idées par morceau, mais très approfondies, sans s'éterniser. Seule la piste "Amber", qui dépasse les cinq minutes, à un peu de mal à décoller, comme un matin embrumé où le lit vous attaché sous une couette de trois tonnes. Un disque attachant et plein de surprises.
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