Nouvel entrant dans un environnement metal symphonique à chant féminin déjà surinvesti en formations de tous de tous poil, dont de jeunes loups aux dents longues, ce quintet espagnol créé à Séville en 2019 entend pourtant, et en toute légitimité, essaimer ses riffs et faire plus largement entendre sa voix. Demeurant néanmoins prudent dans sa démarche car conscient des risques courus à chercher coûte que coûte à brûler les étapes, le combo ibérique ne réalisera son introductif et présent EP «
Far Galaxy », que deux ans plus tard. Le temps pour lui de peaufiner sa production d'ensemble et d'affûter chaque portée de chacune des six pistes dispensées. Ainsi, produit, enregistré, mixé et mastérisé par Leo Peña, au Jotun Studio, ce premier opus ne souffre que d'infimes sonorités parasites tout en bénéficiant d'une belle profondeur de champ acoustique. Ce faisant, les 28 minutes de cet initial message musical seront-elles de nature à faire dores et déjà du collectif sévillan un sérieux espoir dont la concurrence pourrait avoir à se méfier ?
Conjuguant les talents et l'expérience de Bethany Neumann (
Wild Child, ex-
Eteddian, ex-Histeria...), chanteuse au gracile filet de voix, Alvaro Montalbo Laffón (Arcanum, ex-
Erosion), à la guitare rythmique et aux growls, Carlos Castrejón (Khatarsys, ex-Sombrero Negro...), à la lead guitare, Manuel Barragán (Deadwulfs, Crisisgrado...), à la basse, aux orchestrations et aux choeurs, Daniel Simon (
Symmetry Of
Pain, ex-
Anima Barroca), à la batterie, le combo officie dans un metal mélodico-symphonique gothique à la fois pulsionnel, épique, romanesque, un brin ténébreux et infiltré d'une touche hispanisante, dans la lignée coalisée de
Nightwish,
Xandria,
Lunatica,
Diabulus In Musica,
Against Myself,
Tristania et consorts. Propos fringant et coloré auquel a apposé son sceau la coach vocale
Vanessa "Nane", sollicitée tout comme María Barragán (
Light Among Shadows, ex-
Absentia), Memphis
Jiménez (Pinball
Wizard) et Leo Peña, aux choeurs. De quoi nous intimer d'aller explorer plus en profondeur les entrailles de la frêle embarcation...
C'est sur des charbons ardents que nous projettent le plus souvent nos compères, non sans trouver quelques clés pour nous retenir, un peu malgré nous. Ainsi, c'est d'un battement d'ailes que le refrain catchy jaillissant du tempétueux «
Salvation » aspirera le tympan du chaland. Se calant sur une ligne mélodique certes convenue mais des plus enveloppantes, sur laquelle se greffent les puissantes et fluides inflexions de la sirène, et recelant un sémillant legato de la part du lead guitariste, ce rayonnant et trépidant mid/up tempo à mi-chemin entre
Nightwish et
Lunatica constitue une charismatique et troublante entrée en matière. Dans cette dynamique, tant au regard de la soudaineté de sa première montée en régime que par son énergie aisément communicative, et non sans rappeler
Diabulus In Musica, l'impulsif et souriant «
Prophecy » se fera non moins saisissant.
Quand le convoi orchestral retient un tantinet les chevaux, la troupe parvient là encore à nous assigner à résidence. Ce qu'atteste, d'une part, «
Far Galaxy », mid tempo à la fois enjoué, énigmatique et un brin acidulé, à la confluence entre
Against Myself et
Tristania. Mis en exergue par les angéliques volutes de la déesse que viennent parfois rejoindre les serpes de son acolyte de growler et renforcé par une muraille de choeurs en faction, le corps oratoire charge progressivement le propos en émotion. Et ce ne sont ni le flamboyant solo de guitare à mi-morceau ni la qualité des enchaînements intra piste qui nous débouteront de ce hit en puissance, loin s'en faut. On ne saurait davantage résister à la vague de submersion qui va s'abattre sur nous au contact du ''xandrien'' mid/up tempo syncopé « Barren
Land ». Cet entraînant effort aux riffs en tirs en rafale sur coussins d'air synthétique et à la légère coloration dark gothique se dote, en prime, d'un refrain immersif à souhait encensé par les cristallines patines de la princesse. Mais là ne s'arrête pas la ronde des saveurs exquises...
Lorsque nos acolytes nous mènent en d'apaisantes contrées, l'émotion sera assurément au rendez-vous des attentes de l'aficionado du genre intimiste. Ce que révèle la version acoustique de l'énergisant «
Far Galaxy », ici mué en une ballade a-rythmique sensible jusqu'au bout des ongles. Préservant sa ligne mélodique tout comme ses arpèges d'accords originels, la caressante et aérienne aubade nous livre un magnétique guitare acoustique/piano/voix ; instant privilégié où les limpides modulations de la maîtresse de cérémonie font mouche où qu'elles se meuvent. Bref, une heureuse alternative, empreinte d'une infinie délicatesse, synonyme d'une corde supplémentaire à rajouter à l'arc de nos valeureux gladiateurs.
Contrairement à nombre de ses homologues, la troupe a misé quelques espoirs de l'emporter sur une ample plage instrumentale en guise d'outro. Un pari osé mais relevé de main de maître par nos guerriers. Ainsi, reprenant les thèmes des pièces précédentes, « The Passage » les a assortis d'arrangements orchestraux d'inspiration ''nightwishienne'', leur conférant alors un visage symphonico-cinématique du plus bel effet. Dénué de toute instrumentation typée metal mais jouissant d'enchaînements inter-titres ultra sécurisés, de choeurs pénétrants et à l'opportun positionnement, et voguant sur d'hypnotiques nappes synthétiques, ce dernier acte complète judicieusement un tableau déjà richement orné. Une belle manière de boucler la boucle, en somme.
On ressort de l'écoute du skeud interpellé par la capacité du combo à concocter ces séries d'accords d'une redoutable efficacité, qui durablement resteront gravées dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le tympan. Diversifié sur les plans atmosphérique et rythmique, varié quant aux exercices de style investis, bénéficiant, en prime, d'une production d'ensemble et d'arrangements difficiles à prendre en défaut, sans accuser une quelconque zone de remplissage, l'opus disposerait dès lors de sérieux arguments pour se voir parcouru d'un seul tenant.
Jouissant pourtant d'un réel potentiel technique et de la féconde inspiration mélodique de ses auteurs, le méfait, eu égard à certains de ses arpèges, resterait terré dans l'ombre des maîtres inspirateurs du combo ibérique. On regrettera non moins le peu de prises de risques consenti, état de fait donnant parfois le frustrant sentiment de déjà entendu. Sans pour autant jouer dans la catégorie des sérieux espoirs de ce registre metal, à la lumière de ce laconique mais seyant manifeste, le collectif sévillan serait néanmoins en mesure de se muer en outsider à considérer par ses pairs. Bref, un premier acte aussi trépidant qu'émouvant, mais quelque peu emprunté...
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