Loin, si loin…
Loin des combats acharnés et brutaux provoquants massacres et effusions de sang.
Loin des chants de guerre résonnant comme des appels aux armes et à la sauvagerie.
Loin des beuveries parfois véhiculés par l’appellation folk…
Loin de tout cela, loin de la modernité, du bruit et du capharnaüm contemporain…il y a "Esyllt".
Curieusement retranchés dans les terres hostiles et sauvages du royaume metal, les français de
Children in
Paradise n’en sont pas moins des messagers de la poésie et de la mélancolie, ne prenant les armes électriques que lors d’éparses effusions de puissance.
A l’agressivité ou la saturation, ils préfèrent répondre par la clarté et l’évocation de la sonorité acoustique, si pure et courte dans le temps, aussi soudaine et éclatante que les battements du cœur. Aussi folk que progressive, la musique de
Children in
Paradise évoque les lointains rivages d’une terre isolée et encore pure, ayant survécu à l’invasion planétaire de la mondialisation et de la surconsommation actuelle. "Esyllt" résonne ainsi comme un halo de pain dans une existence, il est vrai, parfois étouffante et suffocante d’impératifs.
Tel un insecte voletant à travers les rayons matinaux du soleil, "Little Butterfly" ouvre le disque sur le chant enchanteur de Dam
Kat, accompagnée d’une doucereuse mélodie et de quelques percussions discrètes, ne prenant jamais le pas sur la pureté de l’interprétation, servant pour ainsi dire d’une base rythmique à la composition, lui assurant un socle et une progression linéaire. Un léger solo de guitare, électrique quant à lui, survole les nappes de claviers pour conférer à un romantisme médiéval, évocateur du lointain et du passé. Malgré son patronyme trompeur, "
King Arthur’s
Death" ne plongera pas corps et âme dans les tourments de la guerre mais se posera comme un requiem emplie de paix. Douce, juste et belle, sans jamais chercher à imposer une quelconque technique pédante (qu’elle ne possède peut-être pas), la voix accompagne simplement un piano nostalgique et une batterie prenant des allures de piano/bar très jazz/rock. Penser au
The Gathering acoustique ne serait pas exclu, ou encore aux allures les plus celtiques du
Nightwish actuel ("The
Islander" ou, d’une manière différente, "
Slow Love
Slow") mais au final,
Children in
Paradise tisse un monde musical personnel et sensible, à fleur de peau, ne se rapprochant directement d’aucun groupe en particulier.
Plus mystique, "My Son" nous emmène encore un peu plus loin grâce à ses samples mythologiques faisant penser à la distance et le lointain. Le chant, plus pur que jamais, est une véritable merveille de beauté et de poésie, même si, quelque part au fond de nous, une sensation nous fait dire qu’il y a espérer que, peut-être, l’intégralité du disque ne soit pas de cette veine, pour ne pas sombrer dans l’habitude, la prévisibilité et, par action, l’ennui.
Néanmoins, c’est une vérité que de dire que l’ensemble d’"Esyllt" sera sur ce schéma. Aussi poétique, magnifique et bien interprété soit-il, il se pose un instant dans notre esprit un constat qui désirerait que l’on soit surpris, aussi subjugué par un nouvel élément que nous avions pu l’être aux prémices du disque, lorsque la voix si pure de Dam
Kat avait effleuré nos sens. "
Silent Agony" marquera le point où l’ennui, inéluctablement, s’installe malgré toute la qualité objective de la musique proposée.
A l’instar d’un artiste qui userait de blast, de mosh-part à répétition ou de riff passe-partout,
Children in
Paradise se cantonne trop à son schéma acoustique qui, s’il est excellent, ne surprend plus une fois écouté la moitié du disque. Il faut également ajouter la longueur relative des morceaux (entre cinq et sept minutes hormis "Little Butterfly") qui tend également dans le sens d’une attention s’étiolant au fur et à mesure. "Don’t Forget Me" apparait même dispensable, trop « simple » dans cet océan de minimalisme, trop attendu et manquant de cet attrait si pur et viscéral que possède les titres précédents. "I’m Not Scared" retrouve notre intérêt par son instrumentation folk (cornemuse, flute) rappelant ici plus facilement le fameux "The
Islander" cité plus haut.
Malgré un talent évident de composition et d’interprétation,
Children of
Paradise déçoit et laisse en demi-teinte à cause d’un sentiment de passéisme et de facilité. L’utilisation bien trop limitée de la guitare électrique, réduite aux leads mélodiques ou au solo, ainsi que les claviers trop génériques (les nappes se coupent beaucoup trop entre elles au long du disque). Il semblerait que le groupe ait trouvé une superbe formule lors des premiers instants de la conception de cet album et qu’il ait tenu à réutiliser dix fois le même schéma, encore et encore. C’est en cela que la déception est réelle, car les premiers morceaux sont un véritable appel à la rêverie, aux songes et à la beauté esthétique…mais la répétition amenant au questionnement, le fait de répéter inlassablement les mêmes formules nous vient à nous questionner sur le fondement même de l’album. Un ep n’aurait-il pas été suffisant ? Pour ensuite aller de l’avant avec une ou plusieurs directions à prendre ? Épurer encore plus sa musique sans se perdre dans des compositions parfois trop longues ?
L’espoir est vivace et même complètement vivant.
Children in
Paradise possède de sérieux arguments dans le monde de la musique atmosphérique mais ils vont devoir trouver des éléments qui feront varier sa musique et lui conférera un aspect moins linéaire et plus riche. Un premier essai à cependant soutenir, à écouter pour se laisser bercer par le flot des vagues et le bruissement des feuilles au vent. La seconde marche sera capitale dans l’évolution de ces enfants du paradis…
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