S’il y a une scène black dont on reconnait l’origine dès les premières notes, c’est bien la scène grecque. Des envolées mélodiques chargées d’un feeling inouï, un riffing pétri de trémolos étouffés, une ambiance antique et occulte renforcée par des claviers, et un son subtil et chaud contrastant fortement avec le black scandinave glacé autant que le black sud-am rugueux. Une sonorité caractéristique née à la toute fin des années 80 et s’étant cristallisée au début des nineties grâce à deux groupes matriciels :
Rotting Christ et
Varathron. Parmi les nombreuses formations récentes qui pérennisent encore aujourd’hui la flamme de cette vieille scène black hellénique, figure une poignée de groupes foutrement doués, dont on peut citer Katavasia,
Ithaqua,
Hierophant’s Descent, Cult of
Eibon, et bien sur
Caedes Cruenta. Pourtant, à ses débuts,
Caedes Cruenta développait un style bien plus proche de la scène nordique, finlandaise surtout, mais norvégienne également, que de l’école hellénique à laquelle il finira par rendre un hommage vibrant.
Cru 2003, Athènes. Echetleos et Wrykolas fondent
Caedes Cruenta (transcription latine de The Great
Slaughter) et sortent l’année suivante une démo (introuvable) intitulée
Resurrection of the Dead. Suivent une tape rehearsal, puis, des années de galères où la formation peine à stabiliser un line up. Finalement, Echetleos (vocal, guitare, basse) et Wrykolas (guitare, drums) décident de ne compter que sur eux-mêmes et d’assurer tous les instrus sur le premier album officiel du groupe,
Skies Daimonon, en 2010. Un album distillant un black d’inspiration scandinave, doté de morceaux prenants, intègres, oscillant émotionnellement entre haine, désolation et agressivité. Bref, du pur true black, mâtiné tout de même d’une résonance grecque plus chaude, qui ne fera que grandir par la suite lors de deux splits sortis respectivement fin 2013 et début 2014 : l’excellent
Pervenit Nobis Regnum Dei, et le dispensable Congrégation of the Black Gods.
Dés le départ, nos deux suppôts de
Satan, rejoints entre temps par Niord (drums) et Asarkon (basse), ont conçu
Ereipia Psychon (=
Ruins of Soul) comme un retour glorieux au son grec traditionnel early 90’s. Quelque chose d’obscur, de majestueux et d’occulte, parrainé par les gardiens du Parthénon que sont
Rotting Christ,
Varathron et
Thou Art Lord.
Plus que des influences,
Caedes Cruenta évolue dans un worship assumé, de la première à la dernière note. C’est donc après une intro diluvienne et infernale peuplée de lamentations que débarquent les premiers accords de "The Mystical
Ritual of the
Dark Priests". Bing ! Du tremolo en palm mute de grande classe et complètement typé
Rotting Christ. Le morceau est catchy et contient bien sur son passage pesant renforcé par un clavier qui aura la bonne idée de ne jamais être envahissant tout au long de l’album. Ces fameux trémolos étouffés donc, popularisés par
Rotting Christ et
Thou Art Lord il y a plus de vingt ans, qu’on retrouve à foison sur la galette entière, qui t’emportent, te transportent et te filent le frisson hellénique tant attendu. A ce titre là, "Under the
Shadow of Death" rafle la mise et se décrète "putain de tuerie de l’album". Prenant avec son up tempo à l’ancienne, son riffing de tueur, sa ligne mélodique racée et ses chœurs au keyboard un-tantinet-cheap-mais-on-s’en-fout, un morceau qui s’inscrit direct dans la patrimoine génétique d’un
Non Serviam, d’un Thy Migthy Contract (
Rotting Christ) et surtout, d’un Eosphoros (
Thou Art Lord) dont l’ultime morceau, le terrible "The Era of
Satan Rising", semble en être le modèle. "
Aura of
Immortal Souls" et "
Lost World of the Argead
King" se montrent également à la hauteur dans le worship de la paire Tolis : accélérations, trémolos en palm mute, chant misanthropique, breaks, choeurs, touches atmos au clavier, tout y est, c’est ambiancé, véloce et prenant.
Cependant
Caedes Cruenta n’oublie pas non plus les riffs poignants typés finlandais qui habitaient son premier full length, et les insèrent habilement au coeur de ce nouvel album. "
The Crescent Symbol of the
Apocalypse", son lead central entraînant, son break, son arpège atmosphérique, ses chuchotements et ses accélérations salvatrices, et bien sur "Εκεί όπου τραγουδά η νεκροκεφαλή" (= Where the
Skull Sings), le titre en grec de la galette, qui contient THE ligne mélodique de la cuvée : un lead dramatique et déchirant d’une pureté et d’une force émotionnelle fédératrice. Sans conteste le morceau le plus lourd et le plus mélancolique de l’album. A l’instar de
Skies Daimonon, le riffing sonne de nouveau et aère judicieusement les trémolos étouffés des morceaux typés vieille scène grecque. Quand au soutenu "From the Darkest
Paths of
Golgotha", dont l’intro pousse l’utilisation des palm mute de manière quasi paroxystique jusqu’au passage vibrant typiquement finlandais, on peut presque y voir, à l’instar de "Εκεί όπου τραγουδά η νεκροκεφαλή" et "
The Crescent Symbol", une démarche similaire à celle qui anime les compatriotes de
Dodsferd dans leur manière de rappeler la scène nordique. Un morceau que l’iconographie de l’artwork du prolifique Mark
Riddick semble d’ailleurs représenter : une procession d’âmes damnées menée par un anti-pape pourrissant sous les ordres du grand bouc qui le surplombe. Difficile de ne pas voir dans les crucifiés du
Golgotha observant douloureusement cette marche impie, ceux qui, justement, pourrissent dans le marais poisseux de Thy Mighty Contract (
Rotting Christ), tandis que le cortège mené par le blasphémateur rappelle celui du Walpurgisnatch de
Varathron (le
Kurgan en moins). Autant d’éléments iconographiques qui terminent de renforcer la filiation au sein de laquelle
Caedes Cruenta s’inscrit respectueusement.
Un revival grec qui fait coup double en ce début 2015, puisque
Ithaqua, le side project de Echetleos et son pote N.C.M d’Opus Magorum, sort également un worship "old greek scene" de qualité et que des nouveaux comme Katavasia (mené par le leader de
Varathron) s’engouffrent dans la brèche rouverte du black metal occulte et abyssique.
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