On pourra dire que j’ai pris mon temps pour chroniquer cet album de
Sin and Death ('SAD' pour les intimes) mais finalement je pense que la chandelle en valait la peine.
Normalement on réserve le verdict pour la fin mais une fois n’est pas coutume c’est maintenant que la remise des prix va intervenir. Et la grande surprise de ce début d’année, la palme du meilleur espoir masculin (et féminin !) est décernée à
Engrenage.
Tout de suite levons quelques doutes. Vous verrez dans nos pages que le groupe est catalogué en
Dark Metal et les gars de
Metal Archives vont encore plus loin puisque ce n’est ni plus ni moins que du Symphonic Black
Gothic (bravo !). Alors ? Bon
Dark Metal on pense
Bethlehem et tous les (mauvais) suiveurs qui font une musique aussi répétitive que… non entendre tomber la pluie est plus varié. Quant à Symphonic Black
Gothic, cela doit être un genre pratiqué quelque part entre l’Italie et la Finlande.
Difficile de se faire une idée ? Acceptons
Dark Metal mais pas dans l’expression qu’on s’en fait.
Dark = sombre. Oui la musique, comme les paroles de
Sin and Death, est sombre mais elle ne dégage ni désespoir ni angoisse existentielle comme le font des groupes comme
Benighted in Sodom ou
Bethlehem, c’est sombre certes mais il y a une forte charge… érotique ? Le mot est lâché. Sombre et sexy : une musique de tueur en série (les paroles en témoignent) qui cède à ses pulsions meurtrières, l’effet se traduisant par des accélérations qui tiennent quelquefois du
Brutal Death («
Machine ») et souvent d’un Thrash
Metal incisif avec une science du riff qui fait mouche.
Mais notre tueur en série est un dandy qui aime passionnément ses victimes et tel un cyclothymique il alterne phases de violence avec phases toutes en douceur. Les claviers, partie intégrante du lineup de
Sin and Death, ajoutent cette touche douce-amère reproduisant tantôt le charme désuet et pervers de la boite à musique («
Machine » et « Connaissance »), piano sorti tout droit d’une BO de film d’angoisse façon
Psychose ou bien clavecin horrifique sans oublier le travail de nappes qui renforce les ambiances. Si vous ajoutez à tout ceci un chanteur extrêmement talentueux et versatile, sorte d’hybride entre le crooner pervers et le growler déchainé (qui a dit
Mike Patton ?), vous obtenez un résultat extrêmement savoureux.
La musique de
Sin and Death, dotée d’une forte personnalité, alterne donc les passages fougueux avec d’autres plus intimistes et les changements de signature aussi imprévisibles qu'
Hannibal Lecter viennent sans cesse vous émoustiller. C’est un album qui se découvre toujours plus écoute après écoute de par sa richesse et sa musicalité.
Des défauts ? oui un peu. M’est avis que les trois derniers morceaux n'ont pas la force des premiers et que leur positionnement en fin de tracklist n'est pas du au hasard. Néanmoins, cette remontrance est à assortir de la clause suivante : quand c'est moins bon c'est déjà bon et quand c'est meilleur c'est excellent. Vous suivez ? Et quitte à me surprendre moi-même, je pense que le groupe devrait privilégier exclusivement le maniement de la langue française car les quelques titres dans la langue de Shakespeare sont vocalement un peu plus poussifs. Ce qui, ma foi, fait très peu à mettre au débit du groupe et finalement pour un premier album, le résultat est étonnant de maturité (production comme composition) et parfaitement jouissif.
La première très bonne surprise de
2012 s’appelle
Sin and Death. Soyez-en certains.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire