Le power metal, c'est comme les jeux olympiques d'hiver, il y a les habitués (États-Unis, Allemagne, pays scandinaves), les exotiques (très peu nombreux mais qui font sensation - Chine, Japon), et ceux dont personne ne parle (dont la Bulgarie). Et aujourd'hui, parce que le metal bulgare n'intéresse quasiment personne, je vais parler d'un petit groupe de Sofia fort sympathique, nommé Abstraction. Ne soyons pas hypocrites, moi non plus je ne me suis jamais particulièrement intéressé à la musique de pays comme la Bulgarie, j'ai simplement été attiré par le somptueuse pochette en me promenant sur bandcamp.com, et j'y ai donc trouvé l'occasion d'écrire ma première chronique sur du metal bulgare.
Parlons-en de cet artwork justement. Si on entend beaucoup se plaindre à propos des pochettes des derniers
Edguy et
Gamma Ray, ce n'est pas le cas de tous les groupes, car certains, comme Abstraction, proposent des dessins magnifiques. Les nuages sont d'une belle couleur orange chaleureuse, et font bien ressortir le bateau-épave sur le fond. C'est la preuve que même avec peu de moyens on peut se permettre un artwork convenable. En effet, le groupe n'a pas encore de label, et sort donc cet album par ses propres moyens. C'est important, car
End of Hope est un très bon exemple d'auto-production réussie. Autre avantage (cette fois pour l'auditeur), l'opus est disponible au téléchargement pour une somme modique.
C'est
Wolf qui lance le bal, un très bon morceau, oscillent entre le power metal et le metal progressif, avec des petites touches folk çà et là. Ce titre était déjà présent sur la première production du groupe, un single sorti l'an dernier, qui comprenait en plus Righteous
Path et une version de
Wolf chantée en bulgare, mais des choses ont été changées, notamment dans l'introduction. L'atmosphère est rapidement posée, avec d'agréables sonorités au claviers, faisant doucement monter le rythme pour donner le relais aux guitares avec un son bien lourd. Le chant se démarque de ce qu'on peut entendre habituellement, pouvant se faire bien clair comme légèrement rocailleux. En milieu-fin de morceau on a droit à un chœur surprenant, dans un tempo beaucoup plus lent, et qui pose une ambiance mystérieuse, presque mystique.
Ce titre est très représentatif de l'opus, que ce soit à propos de l'atmosphère et de l'ambiance, que de la qualité générale des morceaux. Dans cette lignée, The Last Man on
Earth ajoute au power progressif qui est la base ici de magnifiques mélodies, que ce soit avec des claviers ou simplement avec la guitare ou les lignes de chant. On a droit en milieu de morceau à un excellent break, d'abord avec de la flûte, puis avec un chœur majestueux comme sur le premier titre. Le solo, bien loin de la technicité habituelle du metal progressif, se veut avant tout mélodique. La morceau se termine sur ces chœurs si caractéristiques, superposés à des très belle lignes de claviers.
Wondering se démarque par ses vocaux particulièrement recherchés. Le pont ainsi que le refrain sont une grande réussite, et le chanteur prouve là qu'il n'a rien à envier à personne. Le passage instrumental central, bien fouillé et soigné, montre que le combo est aussi à l'aise sur des compositions plus expérimentales. Un petit mot ensuite à propos de The Game, le plus long morceau de l'opus. On a cette fois encore droit à un heavy metal assez progressif, mais où les claviers jouent un rôle important, en particulier lors de petits breaks. Le court
Piece of
Life peu faire office d'intermède pour séparer l'album en deux, même s'il ne propose en réalité rien pour calmer le jeu ; il s'agit juste de sympathiques mélodies de guitare.
Shattered Pieces, après une jolie petite introduction mélodique avec une belle participation du piano, offre cette fois une musique légèrement plus calme, toujours avec des guitares bien lourdes, mais le ton est nettement moins agressif que sur les autres titres. Cela donne une dimension plus mélancolique, en particulier lors du refrain, très beau. Le break vers le fin du morceau renforce ces impressions, avec ce court passage de narration.
L'opus prend fin avec un magnifique petit morceau, nommé Same
Again, où le piano fait encore une fois forte impression.
Néanmoins,
End of Hope comporte quelques bémols. Des titres comme The Righteous
Path, pourtant bien construits, n'arrivent pas à nous satisfaire. C'est aussi le cas de
Requiem for a
Dead Planet, qui, malgré de très bonnes lignes de chant, peut ennuyer l'auditeur, avec notamment une rythmique un peu faible. Le groupe semble s'être trop concentré sur l'aspect heavy, pour oublier le petit grain de folie et d'expérimentation typique de la musique progressive. C'est le même constat quant à la structure des morceaux : on ne s'éloigne pas assez des schémas classiques avec couplets et refrains soigneusement alternés, même si on remarque avec
Wolf et Wondering de petites tentatives de changement.
Ainsi, les bulgares d'Abstraction proposent un metal progressif puissant et heavy, qui contribue à leur forger une personnalité. Les parties de piano, la voix du chanteur, et l'utilisation de chœurs grandioses permettent au groupe de se démarquer et de se créer sa patte propre. Cependant, ces efforts ne sont pas suffisants ; il reste encore à améliorer le jeu des guitare ou de la batterie par exemple pour que l'originalité d'Abstraction soit indéniable. On a bien vu, avec la qualité de la production, des compositions, et le soin accordé au visuel, que ce groupe a de l'ambition, et que le potentiel est bien présent. Abstraction pourra aussi par la même occasion réussir à faire connaître la scène metal bulgare, qui peut (on vient d'en avoir la preuve) avoir ses petites pépites.
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