Huit ans. C'est le temps, depuis sa création, que le groupe
Abysse a mis pour nous pondre un premier véritable opus. Voir l'évolution d'un groupe de sa création jusqu'à la sortie d'un premier vrai jet est très intéressante, surtout dans le cadre de ce quatuor particulier, ayant pris le parti d'évoluer sans chanteur.
Des trois démos, c'est véritablement «
Le Vide Est Forme » (2008) qui a marqué les esprits. Deux titres pour plus de vingt minutes d’habileté avaient suffi à faire retourner bien des têtes. Et c'est à partir de ce succès que le groupe est rentré pour quatre ans de silence. Mais pas quatre ans à ne rien faire, quatre ans à peaufiner ce que sera le premier album. Avril
2012,
Abysse est fier de nous présenter « En(d)grave ».
Pour une durée de quarante-cinq minutes, le groupe continu dans sa voie et n'a donc pas engagé le moindre vocaliste. La musique instrumentale peut déjà en rebuter quelques-uns, les plus réfractaires ayant du mal à trouver leurs marques sans l'apport du chant. Mais libérer des contraintes du chant,
Abysse n'en est que plus libre. Libre d'imposer leur façon de jouer, leur manière de nous faire voyager. L'album n'est pas bâti autour d'une personne, chaque instrument a sa place dans l'univers de ce groupe.
Les guitares en sont évidemment le cœur, une pour la rythmique, l'autre pour apposer sa dextérité et sa technique aux compositions, aux grès de multiples solos et riffs incisifs. La batterie ensuite, extrêmement technique, variée, puissantes (bien qu'un certain manque de profondeurs et de résonance sautent aux oreilles parfois…), tournant aisément entre frappes lourdes et lentes, plus rapides et aérienne, double pédale et blast, tout y passe. La basse quant à elle ne s'entend tout d’abord pas. Et puis petit à petit, on la trouve, en symbiose parfaite avec les guitares, elle apporte rondeur, profondeur et ambiance aux sept morceaux qui ornent ce disque. « En(d)grave » n'est pas l'un de ces disques proposant des morceaux à rallonge à fortes contenances de riffs mathématiques. Si seuls deux morceaux se trouvent sous la barre des six minutes, rien n'apportera le moindre ennui. Les guitares sont, certes, très techniques, mais jamais le groupe ne tombera dans l'attitude exubérante de la « branlette de manche » comme semble se donner comme politique certains groupes de Progressif (ou non, d'ailleurs) à vous en donner la nausée. Comme déjà dit, donc, tout ici est parfaitement dosé et millimétré, tout en gardant une spontanéité incroyable.
Abysse, c'est du
Metal Progressif. Les compostions sont parfois bien longues, opérant d'incessants changements de rythmes, réorganisant à leur sauce le pamphlet « couplet-refrain-couplet-refrain-break-refrain » (notamment sur « Light for Wheke », ou plusieurs retours à l'intro auront tôt fait de prouver que le groupe sait gérer les espaces sans tomber dans les longueurs). Longueurs malheureusement atteinte parfois, comme sur «
Forest Monument », ce qui donne parfois l'impression que le groupe veut quand même en faire un peu trop avec des riffs bien trop variés pour que cela en soit naturel. Mais
Abysse nous repose aussi avec deux compositions quand même plus courtes et directes que sont «
Mastodon » (proche parfois d'un Rock Stoner/Sudiste plus rapide) et « Sharp and
Chrome » (entre Thrash et Heavy).
Abysse, c'est du
Metal Expérimental. Une liberté totale d'écriture qui permet au groupe de ne pas s’embrigader dans un seul style. La liste est extrêmement longue. Pêle-mêle, des touches presque Black
Metal feront leur apparition lors de l'intro «
Ten Thousand
Changes », des airs de
Metallica ne manqueront pas de sauter aux oreilles sur certains accords de «
Mastodon », l'introduction tout en longueur de « Golden
Life » ne peut que faire penser à certains passages sombres et ambiants, la lourdeur du
Doom se ressent sur certaines parties de basse ou de guitare sur « Sharp and
Chrome », de pures inspirations Heavy sur les accords massifs et entraînants de « Eagle of Haast », la rapidité du Death sur les accélérations foudroyantes de « Light for Wheke »... Et j'en passe encore, mais tout lister serait bien trop compliqué.
Abysse, c'est du
Metal Atmosphérique. Des inspirations reposantes comme
Anathema ou bien plus oppressantes comme
Year Of No Light sont bien présentes. Citons «
Forest Monument » pour une certaine forme de légèreté dans les élans Rock Progressif, « Golden
Life » pour l'imposant mur dramatique, noir et étouffant de l'ensemble, magnifié par son break trop calme pour être si reposant, « Light for Wheke » et ses accords inondés d'émotions et de tristesse, perpétuellement relancé, sont de toutes beautés. De nombreuses touches ambiantes parsèment ce disque, mais c'est bien sur ces trois morceaux que l'ambiance y est la plus propice à toucher du doigt l'émotion dégagée par le quatuor.
« En(d)grave » est une belle réussite. Rarement l'ennui pointera le bout de son nez, on se surprend même parfois après de nombreuses écoutes à encore découvrir de nouvelles choses, de nouvelles sonorités, de nouvelles ambiances. Et alors l'envie de réécouter cet album reviendra une fois la dernière piste écoulée. C'est cela qui prouve la réussite d'une musique, tout simplement.
Abysse a mis le temps, mais vu cet épatant contenu, on ne peut que comprendre. Passer à côté d'un tel disque sans prendre le temps d'y poser une oreille serait une erreur,
Abysse ne peut que laisser présager le meilleur pour son avenir. Savoir si le groupe sera le nouveau représentant du
Metal instrumental français ? C'est possible, mais encore bien trop tôt pour le dire. Mais reste que le
Metal tricolore a encore de très beau jour devant lui...
Je l'écoute en ce moment même et je le trouve très agréable pour l'instant .
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