Les événements se sont accélérés à la vitesse grand V pour la chanteuse Anna Király et le guitariste/claviériste Olivér
Mudra suite à la dissolution du groupe metal symphonique hongrois
Sorronia en août 2019, leur formation d'origine. Dans la foulée et répondant à un souhait communément partagé de changer leur fusil d'épaule, les deux maîtres d'oeuvre cofonderont Mezmerized, un projet metal moderne harmonisant des effluves électro gothiques, un brin new wave, des riffs heavy et d'entêtantes lignes mélodiques, nous renvoyant, cette fois, aux vibes d'
Amaranthe,
The Birthday Massacre, Volturian ou encore
Reasons Behind. Un concept loin de leurs fondamentaux metal symphonique, cristallisant un pari pour le moins osé mais parfaitement assumé par nos deux acolytes...
Dans ce dessein, le combo hongrois se dotera rapidement des talents du fin bassiste Gabor Ronai et du batteur David Ablonczy. De cette fraîche collaboration émaneront, tout d'abord, trois vibrants singles («
Desire » et «
Satellite » en 2019 ; «
Shutdown » en 2020), insérés chacun au sein de l'introductif et bien-nommé «
Enter », modeste mais seyant EP réalisé en janvier 2020. Dans cette mouvance, s'ensuivront prestement pas moins de trois autres pimpants singles («
Hybrid », «
Rage » et « Cyanide » successivement). Fort de ce luxuriant et fringant background, l'inspiré quartet n'allait pas s'arrêter en si bon chemin... C'est muni de son premier et présent album full length, « Electrolyse », qu'il se lance dorénavant dans la bataille ; une auto-production généreuse de ses 12 pistes (dont les 6 singles) dispatchées sur une bande auditive de 44 optimales minutes, témoignant d'une ingénierie du son plutôt soignée et d'arrangements instrumentaux de bon aloi. Mais levons l'ancre sans plus attendre, et embarquons pour une croisière en eaux troubles, en quête de quelques terres d'abondance...
C'est sur un lac de lave en fusion que s'effectue le plus clair de la traversée, avec, pour effet de happer volontiers le tympan du chaland, un peu malgré lui. Ce qu'illustrent, d'une part, les singles «
Rage » et «
Shutdown », rayonnants et ''amaranthiens'' up tempi aux enchaînements intra piste ultra sécurisés, et tous deux pourvus d'un refrain catchy mis en exergue par les toniques et claires impulsions de la déesse. Dans la veine de
Reasons Behind, le ''waveux'' «
Desire » comme l'enjoué «
Satellite », pour leur part, eu égard à leurs enveloppantes séries d'accords, jouent chacun dans la catégorie des hits en puissance qui longtemps resteront gravés dans les mémoires de ceux qui y auront plongé le pavillon. Et comment ne pas se sentir aspiré par la tourmente impulsée par le saillant et vénéneux « Cyanide » ? Dans ce champ de turbulences propice à un headbang bien senti, évolue un duo mixte en voix de contrastes des plus saisissants, les limpides patines de la belle n'ayant de cesse de faire écho aux screams déchirants de GG6.
Tout aussi éruptives mais moins directement orientées vers les charts, d'autres plages pourront néanmoins trouver matière à nous sust
Enter. Ainsi, de pulsionnelles rampes synthétiques coalisées à des riffs acérés n'auront de cesse de nous assaillir tant à l'aune de « Electrolyse » que du sensuel « Call My Name », grisants up tempi électro metal dans la droite lignée d'
Amaranthe. Dans cette veine, difficile également de se soustraire à la vague de submersion qui va s'abattre sur nous à l'instar du refrain immersif à souhait émanant des entrailles du torrentiel « Ready to Go ». Un poil plus véloce et non sans rappeler Volturian, « Comeback » est une ogive à la mordante rythmique, aux implacables coups de boutoir, certes en proie à de répétitifs arpèges d'accords mais mise en habits de lumière par les sulfureuses inflexions de la sirène. Et la sauce prend, une fois de plus...
Quand il retient un tantinet les chevaux, le collectif hongrois trouve, là encore, les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce qu'atteste, tout d'abord, « Fireheart », sémillant low/mid tempo à la croisée des chemins entre Volturian et
The Birthday Massacre. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, se parant des félines volutes de la belle et recelant un bref mais flamboyant solo de guitare, c'est d'un battement de cils que l'enivrant méfait se lovera au creux de l'oreille pour ne plus en ressortir. Dans cette dynamique, au regard de son infiltrant cheminement d'harmoniques, on ne saurait davantage éluder le félin et ''lacunacoilesque'' mid tempo «
Hybrid », une tubesque livraison aux riffs épais et sous-tendue par le pénétrant filet de voix de la princesse. Enfin, on retiendra «
Carry On » à la fois pour son fin legato à la lead guitare, la soudaineté de ses accélérations et ses arrangements instrumentaux du plus bel effet.
A l'issue de notre traversée, force est d'observer que la formation hongroise affiche désormais un potentiel technique et esthétique difficiles à prendre en défaut, octroie une production d'ensemble rutilante, à commencer par des enregistrements aux petits oignons et un mix parfaitement équilibré, tout en développant une intarissable et magnétique énergie. On pourra cependant regretter une persistante répétibilité des schèmes d'accords dispensés, et un propos certes à des années-lumière de leurs bases stylistiques mais guère des plus novateurs et sans réelle prise de risques. D'autre part, l'ombre de leurs actuels maîtres inspirateurs plane sur ce set de compositions, état de fait l'empêchant précisément de gagner en épaisseur artistique. Néanmoins, à la fois efficace et rayonnant, n'accusant pas l'ombre d'une fausse note, et encensé par les prégnantes modulations de la frontwoman, le brûlot se suit de bout en bout sans encombre. En dépit de carences dont il devra s'affranchir pour voir son projet pérennisé, le combo détiendrait donc une belle carte pour jouer les trouble-fête parmi ses opposants, toujours plus nombreux à affluer. Wait and see...
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