Je dois jouer les docteurs de mauvais augure dignes de "L'amour médecin" de Molière (qui ça?) et révéler, l'air secret, le diagnostic tant redouté : une partie du monde du metal est un peu malade. Elle souffre d'un complexe, dont elle a beaucoup de mal à se défaire, d'autant plus que peu de mains mettent le doigt dessus...Ce complexe, c'est celui de la respectabilité. Raillé trop souvent, relégué à l'immaturité, à l'absurdité du boucan, le metal pâtit aujourd'hui encore d'un lourd déficit de sérieux et de légitimité...Face à cette triste considération aux yeux de certains, le metal doit alors être accessible, ouvert, et/ou traité avec la même déférence que d'autres genres musicaux. Une posture névrosée qui amuserait autant Giacchomo Rossini et son air "Duetto buffo die due gratti" à base de miaou-miaous (pour le côté grande musique qui sait déconner) que n'importe quel Beatles ou Brian
Wilson, ainsi que les individus qui ont poussé la musique populaire hors de ses limites sans se perdre en route, dans l'élan naturel de ceux qui ne réfléchissent pas à comment faire une musique qui plait à tous, mais qui la font, tout simplement.
Cette recherche de respectabilité mène notre genre fétiche à deux attitudes. La première, celle des artistes qui ont leur propre vision sortie du cœur et de la tête, et qui vont prendre parfois des chemins qui peuvent dérouter. Ça a donné entre autres le death technique, le mathcore, ou le metal symphonique, de
Cynic à
Meshuggah en passant par
Believer. Des artistes qui ont élargi leur domaine parce qu'ils voyaient les choses autrement, et nous ont amenés à les voir comme eux. La seconde attitude, c'est
Dulcamara et son quatrième album "
El Antagonista", dernier rejeton d'une discographie aux galettes interchangeables sorti chez l'hispanique Art
Gates Records.
Excluant quelques riffs bien sentis dont le groove est indéniable ("Pariah", "Romance Mecanico"), ou teintés techno-mathcore ("Cuestion de honor") et un passage instrumental évocateur et intimiste ("La Eternidad Genética"), on ressort du disque avec aucun autre sentiment que celui d'avoir bouffé un "gloubiboulga" par les oreilles. Je vous propose un listing de tout ce qu'on trouve sur chacune des onze pistes, ou à la suite, ou en même temps :
- Synthétiseurs tendance symphonique
- Metalcore le plus commercial à la frontière de la pop, ou s'inspirant le plus souvent du classique
- Sons électroniques dignes d'un album cheap des débuts du metal industriel
- Screamo et growl avec double-pédale
Vous obtenez donc une oie qu'on aurait gavée avec du
Vampires Everywhere, du
Kingdom Come, du
Unzucht, mais qui essaie d'être un peu death quand même à la
Insomnium et ce sans aucune touche personnelle...Bien que rien ne puisse être reproché à la structure des compositions, vous trouvez que ça fait beaucoup pendant 51 minutes ? Moi aussi...
"
El Antagonista" s'apparentant donc à une bouillie racoleuse et démonstrative. J'en viens à poser la question à tous les musiciens et les compositeurs qui pratiquent ce metal cher à nos cœurs : ne pensez-vous pas qu'à piocher dans l'âme de tout le monde, c'est la vôtre qui n'en devient que plus floue ?
Mélanger tout ce qui séduit le plus grand nombre n'est pas ce qui contribuera à faire accepter le metal en tant que genre respectable. Le respect, c'est sans doute la création sans les concessions faites à tout, c'est aussi l'innovation et l'efficacité avec des tripes.
Et c'est ainsi qu'"
Obscura" de
Gorguts me donne bien plus de foi en cette musique malmenée que
Dulcamara...
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