Encore un ixième groupe de metal symphonique à chant mixte à dominante féminine, sans doute voué, comme tant de ses homologues, à une disparition prématurée de cette scène, me direz-vous, et vous auriez sans doute raison, à quelques nuances près toutefois...
Initialisé par le compositeur et guitariste/bassiste Petar Stoiljkovic, ce groupe international basé à Amersfoort, aux Pays-Bas, se caractérise tant par la structure que par l'opulence de son line-up. Ainsi, aux côtés du maître d'oeuvre évoluent de concert quelque cinq vocalistes, à savoir : Vedrana ''Verolina'' Šurina, Dimitra Vintsou, dite ''Dimi de San'' (Sombria, ex-Caelestia), Valentina Tavan, Malwina Tkacz et Tom de Wit (TDW, feu-Dreamwalkers Inc...). Pour son instrumentation, le combo reposer sur les talents habilement conjugués de : Alex Gusinsky aux guitares, Maria Kosma (
Arkayic Revolt, Emity Trap) à la basse, Nacho Salaverri à la batterie, et Rita Torrens au violon.
De cette collaboration naît un premier EP répondant au nom de «
Echoes », auto-production où cinq pistes se dispatchent sur un ruban auditif de 25 minutes. Avec la contribution du guitariste de
Mayan, Frank Schiphorst, aux orchestrations sur «
Firefly ». Ce faisant, le collectif nous immerge au cœur d'un environnement metal symphonique aux effluves power, dark gothique et folk, dans la veine coalisée de
Tristania,
Lacuna Coil,
Imperial Age et
Eluveitie, calé sur le schéma oratoire de la Belle et la Bête, les claires inflexions des quatre vocalistes féminines trouvant leur pendant dans les growls ombrageux et saillants du seul interprète masculin de la troupe.
Une attention particulière a été portée à la production d'ensemble de la menue rondelle : produit au Toneshed Recording Studio par son propriétaire, le vocaliste et pluri-instrumentiste néerlandais Erwin Hermsen (Spitting
Nails, feu-
Disgorge, feu-
Mangled...) – également connu pour avoir produit et/ou mixé/mastérisé certains albums de
Dead Head, Cathubodua,
Cirith Gorgor,
Savage,
Orphanage,
Therion, entre autres –, avec l'assistance de Fons van Dijk (batteur (A Goat As Our
Shepherd, ex-Sisters Of
Suffocation) et ingénieur assistant (
Siege Of
Power,
Legion Of The Damned...), l'album ne concède que d'infimes sonorités résiduelles. Mais embarquons plutôt à bord de la frêle goélette pour une brève croisière, que l'on espère parsemée d'ilots enchanteurs.
C'est sur une cadence effrénée que s'effectue en partie la traversée, avec pour effet d'aspirer d'un battement de cils le tympan du chaland. Ce qu'atteste, d'une part, « Of Storm and Demons », ténébreux et tortueux up tempo syncopé aux riffs acérés, à la confluence de
Tristania et d'
Eluveitie ; mis en exergue par un corps oratoire en voix de contraste bien habité et recelant un démoniaque solo de guitare à mi-morceau, l'anxiogène méfait ne se quittera qu'à regret. Dans cette dynamique, on ne saurait davantage éluder l'intrigant et ''lacunacoilesque'' «
Deceiver », tant pour ses couplets bien customisés et la soudaineté des montée en régime de son corps orchestral que pour son duo mixte, mettant en regard les cristallines impulsions de Vedrolina et les growls ombrageux du vocaliste patenté. Mais le magicien aurait encore d'autres tours dans sa manche, et des meilleurs...
Quand elle ralentit un tantinet le rythme de ses frappes, la troupe trouve à nouveau les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce à quoi nous sensibilise, en premier lieu, «
Firefly », mid tempo aux riffs émoussés aux airs d'une romantique ballade, dans la lignée atmosphérique d'
Imperial Age. A la lumière de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre et de son refrain immersif à souhait qu'encensent les chatoyantes volutes de l'une des sirènes, et se chargeant en émotion au fil de sa progression, le félin mouvement poussera assurément à une remise en selle en bout de course.
Plus énigmatique et un brin souffreteux, l'opératique et ''tristanien'' «
Wasteland », pour sa part, laisse entrevoir de délicats arpèges pianistiques tout en voguant sur d'ondoyantes nappes synthétiques. Livrant parallèlement une sidérante accélération doublée d'un vibrant solo de guitare en fin de parcours, le frissonnant élan trouvera à son tour matière à se jouer de toute tentative de résistance à son assimilation.
Mais ce serait à l'aune de leur ample pièce en actes que le combo serait au faîte de son art. Ainsi, faisant office de fresque gothico-symphonique progressive, le polyrythmique «
Voyager » nous immerge au cœur d'un épique effort, calé sur un grisant riffing et doté d'enchaînements intra piste des plus sécurisants. A mi-chemin entre
Imperial Age et
Lacuna Coil, le rayonnant manifeste glisse le long d'une radieuse rivière mélodique que suit un cortège oratoire bien inspiré et des plus poignants. Et ce n'est pas le truculent solo de guitare placé sur notre route qui démentira l'agréable sentiment d'être aux prises avec le masterpiece de la menue rondelle. 4
Une œuvre, certes, dans un mouchoir de poche, mais apte à procurer quelque émotion à celui qui y aurait plongé le pavillon. A la fois classieux, tortueux et empreint de mystère, sous-tendu par un parterre de vocalistes chevronnés et bien inspirés, et faisant montre d'arrangements instrumentaux de bonne facture, cet introductif élan place nos acolytes en bonne position pour espérer jouer les outsiders avec lesquels la concurrence devra composer. Cependant, pour se sustenter, le collectif devra veiller à varier davantage ses exercices de style qu'elle ne l'a fait et inscrire une once d'originalité supplémentaire à son cahier des charges. Carences partiellement compensées par un potentiel technique réel et judicieusement exploité et par des lignes mélodiques finement ciselées et souvent engageantes. Bref, un premier essai éminemment intrigant et pénétrant, un brin anxiogène, à découvrir, et peut-être bien à adopter...
Note:14,5/20
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