Avec son premier EP "Anywhere but Here", Enemy I ne rigolait déjà pas. Fort d'un son brut et énergique, les Allemands avaient du potentiel à revendre, et ils reviennent donc cette année avec leur premier full length "
Dysphoria" en auto-production.
Pas de panique, malgré ses origines, Enemy I ne tombe pas dans le piège du cliché.
Pas d'influences à la
Rammstein,
Eisbrecher et compagnie, la bande ne joue pas dans cette cour là. On est plutôt ici dans un metal que les musiciens qualifient de "depressive industrial metal", à savoir un indus rentre dedans mais véhiculant des thématiques sombres sur les mauvaises passes de la vie. Les mélodies ne sont pas lumineuses non plus, lorgnant vers des tonalités plus mélancoliques. En cela, on se rapprochera davantage d'un
Zeromancer ou d'un
End Of Green dans l'esprit.
"Don't
Trust" fait une belle entrée en matière avec une énergie et une simplicité déconcertantes. Mais cette simplicité a aussi ses avantages : ses riffings directs et répétitifs renforcent l'aspect mélodique du refrain et des plans vocaux. Les offensives électroniques sont d'ailleurs de qualité avec une bonne immersion en monde immatériel. Ici, tout se passe dans la tête du personnage principal, incarné par le vocaliste Rob DeVille.
Des sentiments de profonde tristesse se font davantage ressentir sur les morceaux les plus calmes. Ici, le terme "dépressif" prend tout son sens comme sur "Cage" avec son acoustique morose, sa distorsion toute particulière sur les refrains et ses vocaux variés (parfois death, parfois typé
Type O Negative). "Some
Exist" fait aussi dans le ressenti en jouant beaucoup sur les atmosphères et les claviers. Un certain malaise se dégage de cette piste avec cette nappe nauséabonde en fond et cette basse claquante. Les vocaux sont décomposés, entre plaintes et murmures, sur un rythme lent et lourd. Du doom indus en bonne et due forme.
Plus on avance dans l'album, plus on se rend compte de la variété des styles empruntés par Enemy I. Il ne se contente pas d'effectuer un indus catchy, il touche décidément à tout. On l'aura vu avec le gothic "Cage" et le doomesque "Some
Exist". On le voit aussi avec un "placebo" aux tendances heavy et sa rythmique badass. Le lubrique "Miss sex" tente une approche expérimentale avec des instruments et des vocaux qui ont vraiment un grain. "
Spell cast" joue sur les percussions et une ambiance pessimiste. Quant à "Final Cut", c'est du côté du black que l'on se dirige.
"
Dysphoria" est un espèce de pot-pourri de l'indus. Pour mener à bien sa thématique, Enemy I diversifie au max sa musique en intégrant tout un tas de styles différents. Il ne se contente pas de faire de l'indus énergique et catchy tel qu'on le connait. La variété stylistique est à l'honneur, à l'instar des mauvaises passes de la vie, qui ne prennent pas toutes la mêmes formes. "
Dysphoria" est donc un album spécial qui aura la particularité d'attirer une audience relativement large.
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