Si rappeler qui est
Dygitals aux vieux de la vieille du
Metal francophone relève certainement de l’affront, il n’est peut-être pas inutile de relater aux plus jeunes les exploits passés de cette vénérable formation avant de s’attarder sur leur dernier opus, «
Dynamite », sorti en mai 2015 sur le label belge de
Mausoleum Records. Car, il faut bien le reconnaître, malgré une ancienneté qui n’a rien à envier aux célèbres
ADX,
Vulcain et autres
Killers,
Dygitals est toujours resté dans l’ombre des « stars » de la scène
Hard Rock française, la faute sans doute à une productivité bien moindre et beaucoup plus irrégulière.
Dygitals voit ainsi le jour en 1984 et pratique à ses débuts un Heavy
Metal fortement influencé par la scène anglaise de l’époque. Le chant en français est alors de mise et plusieurs démos sont enregistrées au fil des années, permettant au groupe de multiplier les concerts et de voir certaines de ses compositions atterrir sur diverses compilations jusqu’à la fin des années 90. Peu à peu, le chant en anglais finit par s’imposer, mais aucun véritable album ne parvient jusqu’aux bacs à disques et, finalement, les musiciens mettent un terme à l’aventure. Pour autant, le nom
Dygitals vivote encore durant les années 2000, sous forme d’un projet musical fort éloigné du
Metal mené par Hervé Traisnel (chanteur historique du groupe) et David Dugaro (guitariste, lui aussi depuis le début). Heureusement, le feu sacré finit par renaître sur des braises encore chaudes et, en 2009, les compères rassemblent l’essentiel de leurs anciens camarades et reforment le groupe sur sa ligne initiale. S’ensuivent quelques concerts et, enfin, la sortie d’un premier véritable album, « Avé… », en
2012.
Dygitals sonne désormais très Heavy Rock américain et illumine de sa présence pas moins de deux éditions de feu le
Paris Metal France Festival (PMFF).
Trois ans après l’avènement de ce premier disque fort agréable quoiqu’un peu décousu (certaines chansons ayant été composées à des années d'intervalle),
Dygitals nous revient avec dix nouveaux titres à l’occasion d’une seconde galette au titre prometteur de «
Dynamite ».
Premier constat : la pochette est moche, un affreux photomontage Photoshop orangeâtre qui, hélas, ne donne guère envie d’investir dans le disque. Or, c’est fort dommage, car «
Dynamite » recèle un contenu beaucoup plus intéressant que le visuel ringard sous lequel il nous est proposé.
Dès le titre éponyme qui entame les hostilités, on sent que ça va rocker sévère, avec une rythmique rapide à la double grosse caisse, un chant hargneux et des guitares aux riffs acérés. On note, dès cette entrée en matière, un soin tout particulier accordé aux solos, dont la ligne mélodique se confirmera sur l’ensemble des compositions. Le reste de l’album s’avère moins speed, les titres mid-tempo constituant l’essentiel du disque : « No
Speed Limit », «
Sin City », « No Way
Out », « We Wanna
Live Free »… Les refrains sont souvent accrocheurs et visiblement taillés pour la scène, sur fond de
Hard Rock à mi-chemin entre des influences AC-DCiennes souvent sensibles et les classiques du Heavy Rock US des années 80 (avec même parfois une petite touche de glam). Certains morceaux plus lourds ou mélancoliques comme « 30 Years Of Rock », « Everybody Knows » ou « Don’t Want To Let You
Down » viennent ralentir la mesure, conférant à l'album un rythme équilibré et permettant de contourner avec élégance toute impression de redite ou de monotonie.
L’ensemble des chansons, quel que soit leur style, est servi par une production claire mettant distinctement en valeur chaque instrument, avec peut-être une légère mise en avant de la voix, sans pour autant que cela ne devienne rédhibitoire. Il est à ce sujet important de noter que l’accent français d’Hervé, bien que facilement discernable tout au long des titres (l’album est 100 % anglophone), n’est à aucun moment préjudiciable ni à la crédibilité, ni à l’énergie des morceaux. Les chœurs, souvent présents, viennent encore renforcer l’aspect Rock américain, apportant même une petite touche acidulée à une galette qui décidément ne manque pas de qualités.
Pour autant, «
Dynamite » va-t-il révolutionner le monde du
Hard Rock ? Evidemment non : l’auditeur cherchera longtemps l’originalité au sein des dix compositions de ce nouvel effort, ce dernier privilégiant l’efficacité directe aux expérimentations hasardeuses et aux démonstrations techniques. De même, on pourra peut-être regretter l’absence d’un « hit » immédiat, comme par exemple « Stars Of
Life » ou « Play With Me » qui, sur l’album précédent, accrochaient l’oreille dès le premier refrain. «
Dynamite » demande en effet quelques écoutes avant de révéler son plein potentiel et le charme de chacune des pièces qui le composent. Mais que ces quelques réserves ne viennent pas vous dissuader de donner à ce disque toute l’attention qu’il mérite : nous sommes en effet ici en présence d’une franche réussite, à côté de laquelle il serait dommage de passer et qui ne demande plus qu’à être défendue en live pour prendre toute sa mesure.
15/20 pour ces 42 minutes de Rock/
Metal à la facture certes traditionnelle, mais en tout point convaincante.
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