On le sait depuis un petit moment déjà, mais ça fait belle lurette que le Brésil n’a plus rien à prouver en matière de metal sauvage, régressif et velu qui envoie le bois.
Depuis les âges immémoriaux des premiers
Vulcano,
Sepultura, Sarcofago,
Holocausto et autres
Sextrash, le pays de la samba a toujours été le fer de lance d’une scène sud-américaine particulièrement bestiale et blasphématoire mélangeant allègrement tous les styles extrêmes balbutiants à l’époque pour en faire un conglomérat particulièrement raw et barbare.
Avec un nom pareil,
Grave Desecrator annonce clairement la couleur et s’inscrit sans surprise dans cette glorieuse tradition initiée par ses glorieux aînés. D’ailleurs, le combo de
Rio n’est pas tout à fait inconnu, et les amateurs de cette scène auront su apprécier leur fracassant
Sign of Doom de 2008 ainsi qu’
Insult, sorti deux ans plus tard et s’orientant plus largement vers un death metal régressif et blasphématoire.
Pas de surprise, ce
Dust to Lust continue dans la même lignée, toujours largement orienté metal de la mort, avec un son encore plus clair, une voix un peu moins caverneuse et des compos un peu plus aérées.
Après une intro occulte à base de clavier, égrainant une mélodie inquiétante et horrifique, c’est les six minutes de
Temple of Abomination qui débarquent, s’ouvrant sur une cloche funèbre, un larsen déchirant, et un mid tempo sombre et poisseux qui fait lentement monter l’angoisse et se hérisser les poils sur la nuque. Puis bim, on le voyait venir gros comme une maison et ça ne manque pas (c’est ça qui est bon !), le morceau nous explose à la gueule en un metal extrême agressif et blasphématoire avec ces riffs black thrash savoureux, cette batterie qui pilonne un rythme épileptique, une voix death bien grumeleuse, le tout baignant dans une ambiance occulte à empaler une nonne.
La batterie est particulièrement mise en avant, Slaughterer nous lobotomisant sous sa frappe lourde et régulière, et le tout est extrêmement sombre, exhalant cette aura blasphématoire à chaque seconde, notamment via les vocaux infernaux de Butcherazor et ces riffs simples mais démoniaques aussi vicieux qu’efficaces.
Grave Desecrator se distingue surtout par ses mid tempo rampants et velus (Witching
Whore), ses accélérations assassines qui arrivent toujours au bon moment, ses soli épileptiques très slayeriens qui éclaboussent presque tous les morceaux, et ce mélange inclassable de death/thrash/black comme il se pratiquait à la grande époque des années 80.
Il n’y a pas à dire, le groupe sait faire monter la tension et instaurer une ambiance glauque et mortifère avec un savoir-faire éprouvé: le très evil Host
Desecration, au riff principale qui bute et aux soli malsains et insidieux, ou
Anathema Bloodlust avec son intro lancinante et inquiétante qui se mue en un gros death de bûcheron, ou le très réussi
Perpetual Oath qui clôt l’album en sont de flagrants exemples.
Néanmoins,
Dust to Lust n’est pas parfait : le son est peut-être un peu trop propre et lisse pour le style, conférant certes à la musique un certain relief, mais lui faisant perdre en aura démoniaque et en crasse. On pourra aussi reprocher que l’ensemble de ces 51 minutes est peut-être un peu répétitif, avec cette batterie trop mise en avant et ces soli parfois un peu envahissants, de même, les vrais sauvages habitués aux hordes sud-américaines trouveront peut-être que le tout manque un peu de folie, les douze titres de ce nouveau méfait étant un peu trop prévisibles, et les compos finalement très carrées et maîtrisées pour un genre qui se veut avant tout bestial, primitif et possédé quitte à laisser l’aspect technique de côté.
Ceci dit, ne nous y trompons pas,
Dust to Lust est une galette à ne pas manquer pour tous les aficionados du metal extrême des années 80, qui y trouveront sans aucun doute leur compte : il y du
Celtic Frost, du
Possessed, du Sodom et même du
Deicide là-dessous, et tous ceux qui aiment ces références peuvent se précipiter sur cet opus les yeux fermés.
Les autres peuvent aussi y jeter une oreille, ne serait-ce que pour voir qu’en 2016, au Brésil, on est encore capable de faire du
Metal avec l’âme, le cœur et les tripes comme à la grande époque…
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