Certains groupes n'ont pas eu besoin d'une discographie bien fournie pour marquer de leur empreinte le genre où ils officiaient. C'est le cas de
Siege, groupe hautement mythique du hardcore us, qui avec ses 9 et uniques morceaux, fait figure depuis vingt ans d'entité emblématique.
Pourtant, malgré ma prime fascination pour ce groupe pour lequel j'ai bien sûr de l'affection, on peut dire que depuis, le sang a coulé sous les ponts, et qu'aujourd'hui, leur sauvagerie et leur état d'esprit sans compromis font plutôt figures de témoignages pour qui s'intéresse aux racines de la brutalité.
Le cd Drop dead, disponible notamment chez Relapse avec une erreur de tracklist, et chez
Lost and found records, n'est pas qu'une session d'une journée d'enregistrement comme annoncée, mais une sorte de discographie complète d'une démo sortie en 84, de 6 morceaux, sortie ensuite en ep, puis en lp, qui ont fait la joie et la quête de nombreux collectionneurs, et de trois morceaux enregistrés pour la compilation Cleanse the bacteria, excellente par ailleurs, fomentée par Pushead, illustrateur qui a connu son heure de gloire en réalisant de nombreuses pochettes punk et hardcore dans les années 80, et par ailleurs leader du groupe Septic death ( pas très bon pour info ).
Le premier méfait de 6 titres, enregistré en un jour par le légendaire ingénieur du son Lou Gordiano, qui a vraiment fait le son du hardcore de
Boston, se différencie de ses camarades Ganggreen, The
Fu's, Jerry's kids ou encore
Adrenalin o.d., par une abscence totale de fun, qui fait partie avec l'énergie musicale, de l'esprit hardcore.
A ce titre,
Siege se rapproche plutôt de la gravité de
Discharge, mais avec un turbo dans les cordes, d'où l'étiquette Thrashcore. Les thèmes sont sombres, basés sur la guerre et l'injustice du monde, la musique violente et compacte, sans fioritures.
La durée de chaque titre qui avoisine les 1 à 2 minutes maxi, dans la grande tradition hardcore, sont très bons, à l'image de Drop dead,
Life of hate ou Armaggedon.
Par contre je n'ai jamais accroché au dernier morceau Grim reaper, sorte de long délire sans réelle ambiance, avec le chanteur Kevin Mahoney au saxo, qu'il jouait avant
Siege dans un groupe de ska... bref, ça n'a rien à faire ici.
Personnellement, la réputation de
Siege vient des 3 morceaux rapportés, et en tant que personnes, de leur état d'esprit radical, qui leur a fait refusé un contrat avec X-claim records, le leader des groupes du Massachussets. On peut se dire d'ailleurs, que signés par ce label, ils auraient surement étoffé leur production, mais bon...
Le tryptique Walls,
Cold war et
Sad but true bénéficie d'un son plus léché que la démo; une fois de plus, le groupe envoie de façon directe et abrupte un déluge sonore compact et imparable, le tout à une vitesse inhabituelle et parfaitement maîtrisée. Musicalement, on est au top, avec en plus de la démo, des petits soli à la
Discharge qui varient un peu les compos sans réduire la cadence.
Seul le chanteur est parfois à côté, comme surpris de la rapidité ambiante,mais son timbre déchiré colle avec délice au reste de l'édifice.
Vous l'aurez compris, c'est là que réside la nitroglycérine que
Siege a jeté à la face de ce monde qu'il méprisait. Hélas, un groupe aussi nihiliste ne pouvait avec une telle sincérité que s'auto-détruire, c'est ce qui a fait la force de sa musique, et le mythe qu'il en reste aujourd'hui.
Sur les pas de Discharge, Siege & DRI ont résolument porté le hardcore punk vers une dimension plus brutale en ces années 83/84, notamment dans l’utilisation inédite du blast-beat (bien que le terme n’existait pas encore à l’époque, ayant été inventé quelques années plus tard par Mick Harris). L’influence de ces trois groupes à été immense sur la scène hardcore grind des années 80, lancée sur orbite grâce à quelques formations comme Napalm Death, Extreme Noise Terror, Chaos UK, Heresy en Angleterre, ou SOB en terre nippone.
Souvenons nous par exemple du Walls de Siege, et des Raging in Hell & SOB de S.O.B, repris par Napalm Death lors de ses Peel Sessions destructrices de 1987, l’enregistrement le plus brutal (à mon sens) de tous les temps.
A l’époque, la maîtrise musicale n’était pas la préoccupation première de ces groupes. C’était avant tout la vitesse et l’urgence qui comptaient, agrémentées d’une rage et d’une colère saines. Drop Dead, au même titre que Hear Nothing & Dirty Rotten LP, symbolisent à eux seuls cette période, désormais rentrés au rang d’albums cultes, d’influence majeure. Intrinsèquement, il est toutefois difficile d’attribuer une excellence dans la notation de Drop Dead qui, sans compter son insipide Grim Repear, ne dure que neuf petites minutes.
Encore merci à toi Sijj, d’avoir rendu hommage aux incontournables états-uniens de Siege, et d’avoir apporter quelques précisions historiques importantes autour de Drop Dead, pierre angulaire du mouvement grindcore, à mon sens. De mon côté, j’en ai d’ailleurs profité pour corriger et étoffer le tracklist de l’album sur le site. Il me reste toutefois un voile à lever, à ce jour : quelle est la véritable pochette de la cassette Drop Dead de 1984 ? Pour ma pomme, mon CD (Deranged Records) possède une pochette avec des têtes de mort accumulées, comme dans une catacombe. Est-ce l’originale ?
Fabien.
@Fabien j'ai pour ma part la même pochette que celle présentée ici.
Au passage, vous avez cité SOB. Tout une pléthore de groupes thrashcore nippons officient actuellement. A l'okaz, jetez une oreille sur la compil Japan Thrash Attacks, oscillant entre Hardcore, Grind, Thrashcore et Cie. Jouisssif et direct.
Pour finir avec le côté historique, et sous réserve que ma mémoire ne me fasse défaut, il me semble que la pochette avec les têtes de mort entassées est la réédition en lp de Drop dead, l'original Drop dead étant un e.p avec une pochette cartonnée pliée en deux, au thème inexistant ( groupe en live je crois ) et de couleur bleu-vert.
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