Le black metal, vous connaissez ? Mais si, vous savez, cette bande d’affreux peinturlurés qui dégueulent une musique noire et chaotique inaudible pour le commun des mortels, le plus souvent à la gloire du Grand Cornu.
Et le unblack alors, vous connaissez? Ben c’est aussi une bande d’affreux (parfois) peinturlurés qui dégueulent une musique noire et chaotique inaudible pour le commun des mortels à la gloire du Grand… Barbu.
Outch ! Hérésie diront les uns. Blasphème diront les autres ! Et pourtant, l’unblack, antithèse idéologique du black metal qui utilise les mêmes armes que l’ennemi pour répandre la Parole Divine, est un microcosme bien réel dans le petit monde du metal extrême, initié dès le milieu des années 90 par des groupes tels que
Horde ou
Antestor. Et
Crimson Moonlight, combo suédois formé en 1997 et déjà fort de deux full lengths, est l’une des formations les plus reconnues du genre.
Nos prophètes débarquent donc après plus de dix ans d’absence pour nous présenter leur troisième Bible,
Divine Darkness, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le tout est sans équivoque.
Le premier titre,
The Dogma of Chalcedon, débarque sur un hurlement furieux de Simon
Pilgrim Rosen, un blast épileptique et des riffs tranchants sans aucune originalité. Waouh, c’est fou comme le unblack ça ressemble au black en fait. Et même à du black très brutal. Car les Suédois ne font pas dans la demi-mesure, envoyant un black ultra agressif, rapide et extrêmement carré déjà entendu des centaines de fois, qui rappelle notamment les premiers
Marduk et
Dark Funeral.
The Suffering a une intensité presque grind, la faute à un batteur survolté qui martèle ses fûts comme un possédé, et aux hurlements suraigus de notre prêtre qui nous vrillent les tympans. Le problème, c’est que le tout est trop répétitif, cette débauche de violence nous étourdissant très rapidement. Heureusement, à 2,15 minutes, le groupe a la bonne idée de ralentir le tempo sur un break d’autant plus envoûtant que les accalmies entre deux salves de batterie-mitrailleuse sont plutôt rares. La fin du titre est réussie, grâce à ce riff hypnotique à la
Dark Funeral soutenu encore une fois par le feu nourri de la machine qu’est Gustav Elowson. Le petit passage au piano qui conclut le morceau nous permet de souffler un peu avant que la déferlante ne reprenne, sur le gros riff saccadé et presque death metal du titre éponyme. Puis blasts, hurlements et guitares hurlant à toute blinde, la routine, roulez jeunesse! Bon, ne soyons pas médisants, il y tout de même quelques changements de rythme bien sentis sur cette compo, et même des passages acoustiques plutôt bien foutus qui rendent ces 7,03 minutes tout à fait digestes, même si on est encore loin des sommets en matière de subtilité et de recherche musicale.
Bon, quid de ces huit titres ? Le tout est très bien exécuté, et le batteur est particulièrement monstrueux, enchaînant blasts et parties de double d’une vitesse effroyable. La voix est virulente et criarde comme il faut (bien trop d’ailleurs, restant trop souvent cantonnée dans ce registre ultra agressif et ne véhiculant finalement pas grand-chose), et les riffs sont corrects même s’ils n’inventent rien.
Ceci dit, le tout sonne trop lisse, desservi par un son plat qui manque de puissance et une batterie/machine à écrire trop mise en avant dont le son creux et plastique finit par lasser : rien ne ressort vraiment de ce magma de violence extrême, manquant singulièrement de variations, et, en toute honnêteté, je ne sais pas si les gaillards de
Crimson Moonlight ont choisi la musique la plus adaptée pour honorer le Vénérable Barbu, en tous cas, certainement pas la plus subtile.
C’est un fait, cet étalage de brutalité un peu stérile manque d’ambiance, de noirceur, et de spiritualité, ne dégageant qu’une sorte de haine et de folie destructrice palpables mais sommes toutes assez convenues. Résultat, arrivé à mi-chemin, on est déjà assommé.
Heureusement, contre toutes attentes, les soldats de Dieu savent aussi se montrer plus mélodiques, et ce sont d’ailleurs les passages où le groupe ralentit un peu, laissant la place à une musique moins bas du front, qu’il parvient le mieux à convaincre : Voistinu Voskrese, sorte d’interlude aux arpèges malsains rehaussés par la basse et les hurlements déchirés de
Pilgrim - même si deux minutes auraient largement suffi plutôt que quatre !- ou le début de
Dusk, avec ces notes dissonantes, ce chant païen faux mais sincère et cette lente montée en puissance, nous démontrent ce qu’aurait pu être
Divine Darkness si le combo avait décidé de varier un peu sa musique, de travailler ses ambiances et de lever un peu le pied sur les tempi effrénés.
Restent des compositions ultra classiques et dévastatrices avec quelques bons riffs (les harmoniques envoûtantes du bon In
Silence in Chains, avec ce grain de guitare typiquement suédois qui vient un peu éclaircir ce mur de blasts opaque et éprouvant), et des parties acoustiques rares mais bienvenues, qui ne suffisent malheureusement pas à briser la linéarité souvent inhérente à ce genre de black.
Divine Darkness est donc un album trop conventionnel et répétitif qui ne révolutionnera en rien le petit monde du black brutal, et dont la seule singularité réside finalement dans l’orientation religieuse de ses interprètes. Ceci dit, soyons honnêtes, il satisfera sans problème les amateurs d’un black brutal et destructeur qui ne sont pas trop regardants sur l’originalité.
Alors, Dieu plus sympa que le Diable, et l’unblack plus gentil que le black? Ha ha, relisez-vous l’Ancien
Testament en vous passant en boucle ce
Divine Darkness, et flagellez-vous copieusement en récitant dix Notre Père, et on en reparlera !
J'ai toujours aimé ce groupe et même si ce n'est pas original, cet album et une bonne surprise 2016 pour moi, ils m'ont étonnée.
Pour les autres comme moi, qui ont découvert le groupe avec le premier album, c'est un tout autre style auquel on a droit. J'avoue être un poil déçu. Toutes les mélodies des claviers ont disparu et le chant est comme tu le dis trop linéaire et fini par agacer. C'est dommage après 12 ans d'attente qu'ils n'aient pas réussi à trouver quelques nappes de claviers à caser par ci par là pour rendre cet album un poil plus digeste.
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