Synapses pourrait apparaître comme un mariage de rêve. A la vérité, il n'en est pas vraiment très très loin, mais bouchons vite les trompettes de la renommée pour un groupe si jeune... A la croisée d'un death technique à la
Soreption et d'un mathcore tendance
Meshuggah qui n'en finit pas de faire des émules (c'est dire l'influence traumatique des Suédois près de 30 ans après leur formation), le combo a une musique exigeante, autant dans sa complexité que dans sa violence prononcée, telle qu'elle s'entend ou se découvre pour ceux qui connaîtront le quatuor par «
Devoutness ».
Misant sur un mixage au rendu plus électronique que leur effort précédent « Expiation » (les samples et quelques sons indus de-ci de-là ne nous trompent pas),
Synapses perd sur l'aspect organique ce qu'il gagne en exécution et en force. Après que la polyrythmie de l'« Intro » mette dans le bain, « Spiral of
Devoutness » délivre une salve de metal extrême complexe et rythmiquement heurté, où l'influence "meshuggesque" notamment dans le premier solo de guitare est prégnante autant qu'elle le sera par la suite. « Legates of Tyrans » pousse un cran au-dessus en terme de brutalité mettant la mélodie de côté, donnant l'impression d'un chaos urgent.
Avec des pistes comme « Force-fed with
Gore » ou «
Sickening Runes », l'auditeur perçoit un death metal classique (le riff de « Expiction » qui fait bien plaisir à entendre pour les deatheux pur jus) constamment « contaminé » par la dégénérescence, l'aliénation pachydermique du mathcore. Au-delà de la lourdeur groovy du riffing empruntée avec réussite à
Meshuggah (je répète mais c'est juste impossible de passer outre, promis c'est la dernière fois), la contamination peut aussi prendre le visage du death d'avant-garde ou du mathcore plus dissonant et véhément de
The Dillinger Escape Plan. Cependant, malgré ses références et potentialités rassurantes,
Synapses n'a pas la même aisance dans la composition.
Au sein d'un même morceau, les différentes phases se répètent vite (phase 1- phase 2- phase, puis re-belotte), manquent d'inventivité et donnent une impression peu progressive à l'ensemble. Le recours aux breaks est sur ce point révélateur, trop fréquent pour passer de patterns à d'autres, comme sur « A Place
Will Be
Forgotten » : la technique et la rigueur semblent fermer des portes aux musiciens, alors qu'elles devraient en ouvrir. Également, l'exception de «
Hybrid Soul » qui s'ouvre avec une phrase mélodique en chorus de guitares en mode Guitar Hero et une nappe de synthétiseur rappelant des groupes comme
Type O Negative n'est pas spécialement convaincante.
Par contre, les dernières secondes de «
The End », lorgnant vers un son électronique continu et une optique drone, constituent une dernière surprise et un goût final aussi déstabilisant qu’intéressant. Les quatre gars de Brescia nous laissent avec la certitude qu'ils savent taper fort, montrant leurs capacités techniques et leur brutalité comme on est en droit de l'apprécier. Mais le chemin est encore long à parcourir pour représenter une entité personnelle et marquante, à l'image de leurs influences incontournables.
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