Dans la famille des loups garous, je demande... le frangin ! Effectivement, Graf Werwolf, fondateur du groupe qui nous intéresse ici, n’est autre que
Satanic Tyran
Werewolf, hyperactif de la scène black finlandaise autant connu pour incarner
Satanic Warmaster, groupe culte s’il en est, que pour ses penchants politiques douteux – vous savez, ces fameux accès de tendininite du bras droit - qui alimentent inévitablement la polémique.
The True Werwolf peut donc justement être considéré comme le petit frère de
Satanic Warmater, ou l’un des multiples side projects de son prolifique géniteur, c’est selon : formé en 2002, le groupe a sorti une foultitude de démos, EP et autres splits, mais le
Devil Crisis que voilà n’est que son premier full length.
La filiation est d’ailleurs plus qu’évidente : dès les premières mesures de My Journeys Under the
Battlemoon, on retrouve l’influence de
Satanic Warmaster ; ce blizzard épique souffle et nous emporte sur les champs de bataille enneigés, avec cette plainte lugubre de clavier et ces guitares grésillantes qui amènent un riff conquérant, un blast emballé, et ce chant coassé et fier. L’excellent break qui résonne dès 59 secondes, au tempo moins enlevé mais au trémolo picking glacial et pur, fleure bon le
Immortal des familles, pas de doute on marche bien dans les traces des ancêtres du Grand Nord. La fin du morceau renforce encore cette dimension héroïque, ponctuée par cette corne de brume et ces fracas confus de bataille fantastique.
Le morceau suivant, le long Thy
Deviant, est, avec ses 10,25 minutes, plus lent mais tout aussi majestueux, crachant une mélancolie déchirante avec ce riffing traînant appuyé par la double et ces claviers lunaires aux touches discrètes qui enveloppent l’ensemble dans une sorte de magie intemporelle et impalpable. Ce côté sacré est encore renforcé par ces intro semblant émaner de rituels oubliés qui fleurent bon la sorcellerie et la dévotion au Malin (
Spellbound avec son introduction moyen-âgeuse et ritualiste, le long discours impie en allemand qui entame Chi No Namid, invocation des forces des Ténèbres, titre qui reprend d’ailleurs avec réussite l’un des thèmes musicaux du célèbre jeu vidéo Castlevania).
Encore une fois, le chant de Werwolf est un véritable point fort : très distinct, parfaitement articulé et raclé, ce feulement diabolique accompagne parfaitement la musique. On retrouve ici tout ce qui fait la force du black finlandais, avec cette majesté glaciale présente dans les riffs, tranchants et envoûtants, qui se répètent jusqu’à nous posséder, ces blasts continus et entêtants ainsi que ces mélodies accrocheuses et hypnotiques typiques du genre (les délicieuses cavalcades harmoniques de
Spellbound, titre épique et guerrier qui aurait bien sa place sur un album d’
Aorlhac). Alternant intelligemment morceaux exaltés et plus lancinants,
The True Werwolf arrive à nous toucher sans artifice, et les claviers achèvent de rendre le tout encore plus immersif, prenant sur certains titres une place prépondérante (sur Chi No Namid et 0373, ils sont omniprésents, doublant systématiquement les guitares et rappelant carrément le
Dimmu Borgir des débuts).
Les deux seuls titres qui à mon sens nuisent à la cohésion de ces 44 minutes sont 0373, aux mélodies un peu naïves et légères, plus marquées du sceau de l’héroïc fantasy que d’une noirceur mortifère et spectrale, et le Magick
Fire de clôture, court titre punky et virulent à l’énergie communicative, sorte de croisement entre Motorhead et ACDC version black, très bon titre black n’ roll mais qui ne semble ici pas trop à sa place.
Pour le reste,
Devil Crisis est un excellent album de black finlandais, reposant sur un superbe riffing et véhiculant tour à tour une ardeur sauvage et une mélancolie profonde.
Plus mélodique que la plupart de ses confrères du genre, volontairement moins evil et privilégiant une ambiance plus « romantique » qui épouse parfaitement les thématiques abordées (licanthropie, vampirisme et autres nécromancies), appuyé par la présence de claviers habituellement absents du black finlandais, ce premier album de
The True Werwolf a tous les ingrédients pour plaire aux amateurs.
Voici donc un très bon premier album, à écouter tout de même avec toutes les précautions d’usage, car la morsure du loup-garou, même auditive, est contagieuse et pourrait bien vous transformer à tout jamais…
Son Altesse Lupinissisme Satanic Tyrant Werewolf (LOL, comme disent les djeun's… enfin, les djeun's d'il y a dix ans) reste, malgré ses facéties souvent ridicules et son discours politique caricatural, le maître de ce que j'appellerais le "Catchy True Black Metal", si tant est que ces mots puissent aller ensemble.
Les albums de SW sonnent pour la plupart dégueu comme le veut la tradition, mais le côté sautillant des riffs et l'atmosphère dégagée par les claviers font souvent mouche : en deux écoutes, on peut souvent chantonner les mélodies, alors que c'est rarement le cas pour la plupart des groupes de "Trve Black", où la ligne musicale est la plupart du temps enterrée sous le grésillement des guitares et la production anémique. Du coup, je m'attends au meilleur pour ce premier vrai album du "Vrai Loup-Garou" (re-LOL, comme disent les désormais vieux), sur lequel je vais m'empresser de jeter une oreille velue.
Merci pour la kro ! :)
Encore une très bonne chronique d'Icare sur un bon album. Et oui, le dernier titre n'a rien à faire sur un album comme ça !
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