La luxuriance de la scène black metal actuelle et une certaine bienveillance envers les élites qui la compose seront-elles responsables de la disparition de certains outsiders méritants qui la compose? Cette question je me la suis déjà posée à de nombreuses reprises.
Chaos Invocation est à coup sûr à classer dans cette seconde catégorie.
Le combo nous vient d’Allemagne et fût créé en 2004 par A. (Guitare lead & backing vocals) & M. (vocals) qui sont la colonne vertébrale et les 2 cerveaux créateurs de l’entité qui mettra 5 ans pour pondre son 1er album sous la houlette du plus que recommandable World Terror Committee. Au gré des albums et des changements de line-up, c’est accompagnés depuis 2017 de Tumulash (
Kult,
Tumulus Anmatus) à la basse et d’
Omega (
Kult, Liber Null,
Manetheren, …) à la batterie que le groupe a balancé son avant-dernier effort en date en 2022, à savoir ce
Devil, stone and men.
Strike of the Dominator’s
Fist lance les hostilités avec son rythme up tempo et ses riffs tournoyants, la filiation avec
Watain sautant de suite aux oreilles;
Dysangelium, Ascension ou
Valkyrja s’invitant dans l’arbre généalogique. Titre très énervé, évoluant sournoisement et changeant constamment de direction pour mieux nous surprendre, il s’emballe à 2.15 via une accélération blastée qui fait très mal, un solo des plus réussis se greffant à cette dernière avec une fluidité totale.
Dès A
Stranger’s
Pale Hand le propos se veut plus posé et mélodique, nous dévoilant la grosse évolution et nouvelle identité du groupe. Que cela soit par des leads lumineux comme celui qui vient éclairer le morceau à 1.45 ou par ces notes étincelantes en fin de riff, une palette très large de moyens sera déployée pour apporter énormément de variété et de lumière au sein des morceaux tout en gardant une cohérence totale du propos. Les vocaux rugueux en seront le parfait contre-pieds et les entendre s’entremêler tels une multitude de serpents grouillants dans une fosse est jouissif.
Chaos Invocation n’a jamais été le genre de groupe à nous mettre à genoux par un sprint effréné constitué de blast incessants; ses œuvres atteignant ce but pas un habile mélange de changements de rythmes où une virulente accélération fait suite à un passage posé. Ce second titre, même si il est encore parsemé de blast jubilatoires, nous montre déjà le chemin qui va être emprunté.
Que dire alors de
Diabolical Hammer et de son riff lent et rampant, accompagnés des borborygmes raclés de M. en ses 1ères secondes? Sinon que le lead qui survient à 1.29 nous fait dresser les poils… Titre lent et solennel, l’osmose parfaite entre les différents instruments est plus que jamais à souligner. Le côté scandé du chant fait ici merveille et les notes cristallines du lead survenant à 3.20 où un blast de batterie infernal vient ensuite se greffer nous donnent l’impression de planer loin au-dessus des sommets enneigés des alpes germaniques. V Santura de feu
Dark Fortress vient ici apposer quelques vocaux morbides sur cet excellent titre; en plus de signer l’enregistrement des guitares et du chant,
Les chœurs qui sont également une des marques de fabrique du combo ne sont pas oubliés mais sont plus maîtrisés; traditionnels et mieux intégrés (Odonata fiels à 1.14 après une superbe introduction toute en délicatesse, ou Triple
Fire dès son introduction) ne donnant plus cet impression de côte un peu délire/beuverie incontrôlée comme sur l’album précédent; mais apportant une puissance guerrière qui contrebalance à la perfection le côté plus doomy et mélodique général.
Tous ces éléments font que l’on se retrouve ici face à un très bon album: que cela soit par la richesse générale du propos grâce à des structures sans cesse en mouvement au sein des morceaux. Le fait de surprendre l’auditeur en prenant le côté opposé à celui que l’on prédit en plaçant un break là où une accélération blastée est attendu. En enquillant deux titres lents à la suite. Via la qualité et le niveau d’accroche des refrains (hurlés, scandés où en chorus) ou des riffs et breaks qui ne sont pas étirés à l’envi ce qui les rend plus désirables encore à chaque nouvelle écoute ou encore des solos tous plus réussis les uns que les autres et présents sur chacun des 8 titres...
Le morceau qui pourrait synthétiser tout cela est Where We Have Taken the
Cross. Emmené par une rythmique black/thrash up tempo, le break à 1.19 semble avoir été improvisé live et remue les tripes. Les voix doublées et chorus sont excellents, quant au break à 3.27, il est aussi apaisant que trop court. Tout le savoir-faire du groupe est résumé dans ce titre concis qui va droit à l'essentiel.
Même chose pour la durée de l'album, car là où ses 3 précédents pavés s’étiraient peut-être un peu trop en longueur, le groupe parvient ici à synthétiser ses idées sur 40 minutes qui ne provoque ni temps morts ni relâchement. L’évolution vers de nouveaux espaces tout en gardant les meilleurs acquis du passé (même si des ressemblances peuvent être décelées avec d’autres groupes) rendent donc ce pavé très facile à avaler permettant au groupe de franchir un palier important niveau efficacité.
Bref: cet album que l’on peut qualifier de celui de la maturité aurait mérité de figurer dans pas mal de top of the year 2022 des fans de black metal. Mais comme il n’est JAMAIS trop tard vous pouvez toujours lui donner sa chance dans le cas où vous ne le posséderiez pas encore...
La note: 18/20
Très belle chronique, et un sacré album que nous avons là ! Merci encore pour la découverte.
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