La fin des 90’s est un moment charnière qui voit le
Metal se moderniser à outrance depuis la sortie de Vulgar Display of
Power,
Burn My
Eyes et Demanufacture. Les groupes décident de gonfler leur son et refroidir l’atmosphère. Parmi la kyrielle de groupes qui va emboîter le pas de ces pionniers,
Kill II This avait tout pour s’imposer, en particulier grâce à
Deviate, et se faire une place au soleil. Retour sur un futur ex candidat à la victoire.
Sorti le 26 octobre 1998, sur le tout nouveau label anglais indépendant Visible Noise,
Deviate, deuxième album des Anglais, opère de grands changements tant dans le style que dans le line-up. En effet, le leader du groupe décide de donner un grand coup de torchon après la sortie d’un premier album fraîchement accueilli contrebalancé par de prestigieuses premières parties des tournées européennes de
Megadeth,
Annihilator et Grip Inc.. Natif de Preston relocalisé à Manchester, issu d’une famille éclectique ancrée dans le funéraire d’un côté et d’une maman prof de Yoga de l’autre, Mark Mynett, guitariste et compositeur, l’âme du groupe, est un charmant bambin de 2m à la gueule de porte bonheur reconnaissable à sa peau laiteuse, ses dreads noir jais, et son regard de tueur ; crois-moi, quand le monsieur t’indique la porte, ce n’est pas le moment de s’épancher. Le premier changement opéré par
Predator, c’est le chanteur qui va en faire les frais. Trois raisons à cela : le mec habitait New-York, le mec n’avait pas les moyens d’un chant clair valable et enfin le mec ne voulait plus tourner. Recrutement de Matt Pollock, alors frontman de Swampdiva, tout simplement un monstre, au registre aussi étendu que maîtrisé, tant dans le chant clair que dans les hurlements : le gros coup de Mark Mynett. Bien parti, il en profite pour rénover la rythmique et embauche une blonde à la basse, vulgaire et déglinguée, anglaise donc, Caroline Campbell, tout en conservant l’excellent Jeff Singer à la batterie, que l’on retrouvera un peu plus tard aux côtés de
Blaze Bayley, entre autres. Voilà pour les présentations.
Passons à l’album. Il est riche, détonnant et comme un feu d’artifices, il y en a pour tous les goûts mais avec dorénavant une signature particulière.
Deviate c’est du
Metal moderne, du gros
Power Metal moderne, ancré dans son époque, avec une production claire et puissante, orchestrée sous la férule d’un certain Andy Sneap ; bien plus à l’aise que Colin Richardson, allergique aux samples et producteur du premier album, lui aussi gentiment remercié. L’album compte de prestigieux invités comme
Barney Greenway, présent sur deux titres, un petit cadeau qui provient du fait que l’album soit enregistré à Birmingham, berceau de
Napalm Death ; des chanteuses, Tracy William et Lisa Stanfield, dans un style pop qui contraste avec la dynamique instrumentale et la puissance de Matt Pollock. Du coup ce mélange expérimental entre
Machine Head et
Fear Factory, explose à la face du monde à travers des riffs assassins, et des samples inattendus. Chaque morceau s’identifie facilement, crée une dynamique, et se chevauche sans altérer l’élan du précédent.
Les différences notables entre
Another Cross II Bare et
Deviate résident dans l’affinement du style, le choix d’un visuel moins clivant pour la pochette, et des personnalités entièrement dédiées au projet. Cet album avait tout pour lui et devait être la rampe de lancement du groupe pour lui offrir une carrière de premier ordre. La réception critique fut enthousiaste mais le public n’a pas suivi. Le groupe accoucha d’un troisième album qui fut un peu son chant du cygne, même s’ils arrêtèrent l’aventure, pendant plus de dix ans, après le quatrième sortie en 2003. Alors certes nous en connaissons des wagons entiers de ces groupes talentueux, à fort potentiel, qui n’ont pas réussi à décrocher les étoiles, mais souvent on en garde spécifiquement un ou deux en mémoire.
Kill II This fait partie de ces élus déchus en ce qui me concerne, il était important pour moi de leur rendre cet hommage.
Bel album qui a particulièrement mal vieilli à mon avis.je m étais enthousiasmé à sa sortie, appréciant ce côté un peu Fear Factory européen. L apparition de G Barney de Napalm Death sur 1 des morceaux faisait le lien avec les maîtres du Grind/death de la scène anglaise.
Malheureusement le côté son ancrée 90/00 sonne mal aujourd'hui comparé à d'autres.
l'ai donc revendu cet album il y a qlq temps....
Belle chro en tout cas
Ce son des 90's est reconnaissable entre tous, c'est à la fois une marque de fabrique qui aide à identifier mais qui date en même temps donc je partage la remarque. Disons que si le groupe s'était cantonné à pondre 10 titres dans la veine de The Flood on aurait un album en béton armé à l'épreuve des affres du temps. Le parti pris de vouloir expérimenter et faire partir des morceaux carrés et puissants dans des trames bizarroïdes et inattendues empêche l'album d'atteindre sa cible à chaque fois, cela le rend aussi insolite qu'unique. J'ai une profonde affection pour cet album, j'arrive donc à passer au-dessus, mais je comprends très bien ton avis.
Je ne connaissais que le nom de ce groupe; j'ai donc par curiosité fait tourner l'album une paire de fois et il a effectivement l'exact goût de cette fameuse période que tu évoques habilement. Pas assez dans mon trip pour le mettre en wantlist, mais content d'avoir découvert grâce à ta chro ! Merci copain. PS : ça fait également du bien d'entendre une bonne prod' d'Andy Sneap avant qu'il ne pousse tous ses potards à 11...
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