«
Destinies of War », ça vous parle ? Il paraîtrait qu’il y a des fans de ce disque. Je n’en ai pourtant jamais croisé un seul. Qui a par exemple déjà vu un t-shirt
Attack dans la fosse ?
…
Ben voilà.
Un énième disque sorti probablement un poil trop tard, en aout 1989, pour espérer se faire ne serait-ce qu’un prénom, et ce d’autant plus que leur précédent opus était paru quatre ans plus tôt, autrement dit une éternité dans une industrie musicale alors en pleine effervescence.
Pour ma part, j’ai découvert ce «
Destinies of War » à sa sortie. J’avais (presque) 20 ans.
Ah, 20 ans, le bel âge…
A 20 ans, on est jeune. On pense détenir LA vérité et que nos goûts musicaux sont donc indiscutables : « évidemment que
Seventh Star est le meilleur
Black Sabbath ! »
A 20 ans, on est jeune et on est fougueux. On s’emporte direct avec le premier venu qui ose remettre en doute notre oreille absolue : « putain, tu es sourd ou con,
Seventh Star quoi ! »
A 20 ans, on est jeune, on est fougueux et on tombe instantanément amoureux. Combien d’albums nous ont ainsi transpercé le cœur à la première écoute. Moi, à la sortie de ce «
Destinies of War », y’a eu love at first sight. J’ai fait tourner ma copie K7 de l’album tel un hamster dans sa roue.
A 20 ans, on est jeune, on est fougueux, on tombe instantanément amoureux et on est un peu con - heureusement on ne s’en rend pas compte - . Je me souviens que j’avais encore un walkman autoreverse et que j’avais copié le skeud sur les deux faces, juste histoire de ne pas perdre du temps à le rembobiner à chaque fois. Comme quoi, il n’y a pas que la jeunesse d’aujourd’hui qui veut tout tout de suite, avis aux vieux grincheux.
A 20 ans, on est jeune, on est fougueux, on tombe instantanément amoureux, on est un peu con et on se lasse vite. Très vite. Oublié le coup de foudre du mois précédent, on part à la conquête d’une nouvelle maitresse. J’ai délaissé mon
Attack pour m’en aller compter fleurette au «
Nothing Face » de Voivod qui est d’ailleurs quasiment sorti le jour de mes 20 ans, un signe pour sur.
Et puis le temps passe. Inexorablement.
A 40 ans, on commence à se retourner de plus en plus souvent sur son passé. Un jour, mon amour de jeunesse m’est revenu en tête. Un téléchargement illégal en mp3 plus tard, le constat était évident, ce disque de
Attack produisait toujours son petit effet sur moi. Dés lors, depuis le début des années 2010, je n’ai eu de cesse de le trouver en cd. Je l’ai attendu longtemps, il coutait une patte de grizzly sur le net. Jusqu’à ce jour béni de février 2016 où est sortie la réédition remasterisée chez Canometal Records. Un de ces petits moments de bonheur de rien du tout qui font pourtant le sel de notre existence de métalleux.
«
Destinies of War » est le troisième album de ce groupe Allemand. Enfin « groupe », c’est vite dit. En effet,
Attack se résume plutôt à un nom, celui Ricky Van Helden, musicien et chasseur de monstres en tout genre le weekend - ah non merde, je confonds avec Van Helsing -.
Ici, comme d’hab’, il a tout composé. En outre, il chante, joue de la basse et produit. J’apprécie beaucoup le fait qu’il ne force jamais sa voix et reste la plupart du temps dans un registre medium. Du coup, quand il s’essaie épisodiquement à des notes plus hautes ou bien lorsqu’il balance un cri furibard, l’effet n’en est que plus réussi (comme par exemple sur «
Blind man » ou « Death rider »). Son léger accent allemand a également un certain charme à mes oreilles.
Bravo à lui aussi pour son taf’ à la production. J’imagine que les moyens devaient être relativement limités mais il a réussi à assurer un chouette équilibre entre les instruments et la voix. Les backing vocals sur les refrains sont particulièrement efficaces, prononcés juste ce qu’il faut.
Etonnamment, malgré son implication, c’est pourtant le disque de
Attack sur lequel Van Helden est le moins « présent », puisqu’il ne s’est pas occupé de la batterie ni de certaines parties de guitares comme sur les albums précédents. Faut il y voir un lien de cause à effet ? Toujours est il que cela donne le meilleur album du groupe, passé et à venir, et de très loin à mon goût. «
Destinies of War », c’est resto gratis avec le digeo du patron en prime. C’est pas tous les jours, surtout en ce moment. Haschtag fuck the covid !
Ce disque, je le vis pleinement à chaque écoute. Franchement, je ne suis généralement pas du style à « intellectualiser » la musique. Pour moi c’est plutôt 1-2-3-4 hey, ho, let’s go, vive les Ramones. Sauf qu’ici, je ressens que Ricky a tout pensé jusque dans les moindres détails, depuis les paroles jusqu’à l’ordre de la track list. Il a quand même délégué pour la pochette. Il a laissé faire un certain Martin
Kruger. Il a eu tort.
Au niveau des textes justement, et même si ce n’est pas tout à fait le cas, je perçois une sorte de concept album mort-né portant sur le thème de la guerre (en mode heroïc fantasy). En gros, que se passe t’il avant, pendant et après un affrontement sur le champ de bataille.
L’excitation à en découdre des combattants se manifeste sur les trois premiers titres par un heavy mélodique parfois assez speed. Le
Helloween de la période « Keeper » vient immédiatement en tête, notamment sur les excellents «
Wonderland » et « You’re not free ».
Avec «
Live or die », la tension se fait plus palpable, l’affrontement est proche. Les guerriers font moins les malins. Le superbe «
Blind man » débute en mode power ballad, le calme au petit matin avant la tempête, puis décolle une fois passées les deux minutes. On y est les mecs, va falloir sortir les épées. Cette montée progressive en pression explose véritablement en piste 7 avec le fabuleux « Death rider », 9’19 de jouissance auditive. Impossible ici de ne pas penser à un hommage à « Rime of the ancient mariner » à partir de 1’43. Et qui dit Maiden dit NWOHBM et délicieuses guitares à la tierce (« Back to attack », « You’re not free », «
Blind man », « Battle’s lost »).
Puisque j’évoque les guitares, sachez que les soli sont monstrueux. Avant ou après ce disque, je n’ai pas la moindre idée de ce qu’ont pu faire Gerd Sossnierz et Chreddy Rieperts - les pseudos, pensez y les gars, parfois ça a du bon - mais ceux sont des killers. Je ne m’en remets pas de l’attaque de… « Back to attack ». Et vous pouvez me faire confiance, ce n’est pas un mec de 20 ans, jeune et fougueux, qui vous le dit.
La fin du disque se veut plus « sombre ». Après l’affrontement, le temps est venu de panser les plaies. « The last surviving man », assez
Manowar-ien, est à mon sens le maillon faible du disque bien qu’il offre une nouvelle fois un splendide solo. Faut dire qu’il n’a pas de bol de venir juste après « Death rider », l’effet de contraste est saisissant.
Trois titres bonus sont dispos sur cette version remasterisée de 2016. Des bonus intéressants. Comme quoi ce n’est pas toujours un oxymore. Le très bon « In this night » était déjà présent en dernière piste sur la version lp sud coréenne (?) de 1990. Il clôt ainsi le disque sur un tempo plus enlevé qu’avec la ballade «
Destiny of war », ce qui est une bonne idée à mon sens puisqu’il y’a toujours de nouvelles batailles à mener. Les deux autres morceaux sont inédits. « Way out of hell », au riff introductif bien groovy, respire à nouveau le
Manowar et son tempo devient hyper speed à partir du solo. Je l’aurais bien mis à la place de « The last surviving man ». Enfin, l’instru «
Wardance », composé par Rieperts – c’était donc bien quand même un peu un groupe
Attack – est étonnant ; passée l’intro typée heavy, le reste n’a rien à voir avec le reste de l’opus et serait quasiment plus à sa place sur un skeud de Satriani.
Verdict. A 20 ans, pendant au moins quinze jours, j’aurai juré sur la tête de ma mère et de mon père qu’on tenait ici la meilleure œuvre de l’Histoire de la musique. Heureusement la vie est bien faite, on vieillit, on prend de la bouteille (et du bide), on met de l’eau dans son vin - au sens figuré malheureux -, et on pèse ses mots (et son bide). Alors oui, ce «
Destinies of War » n’est pas une œuvre majeure du heavy métal. Ca n’en reste pas moins un excellent disque, sublimé par les parties de guitare.
Oh et puis merde on va pas se mentir, même un peu con, qu’est-ce que c’était bien d’avoir 20 ans. La grande chanteuse Lorie l’avait bien compris, « à 20 ans, rien n’est impossible ». Alors, en cette année 2020, je vous envie, vous les métalleux en culottes courtes. Profitez en à fond, ça ne dure pas. Allez tiens, je m’enflamme sur la note, en souvenir du bon temps et en hommage à notre belle jeunesse.
Pour les vieux, ôtez deux points et allez radoter dans votre coin que c’était mieux avant.
J'ai aussi comme Olive une certaine affection pour cet opus de Heavy épique à souhait !
Merci infiniment pour cette chronique pour un disque dont je ne connaissais que le nom et la pochette (je croyais que c'était très proche de Torch). Quand on a 20 ans, à la fin de la lecture d'une bonne chrnoique on ne finit pas avec une larme à l'oeil. De Gaulle disait que la vieillesse est un nauvrage, quand tu en as 50 tu sais que tu es en train de couler...
Merci Sam pour ce petit flashback sur ta fougueuse jeunesse, l'époque où tu n'étais pas encore obèse et plié en deux tel Agecanonix !? Mais qu'est-ce qu'il faut pas lire !!! Le GROS Sam tout vieux tout pourri !!! Mouhaha !
En tous cas ce disque je l'ai, car tu me l'avais vendu au bistrot lors du premier Goules Meeting, c'était LE disque que tu voulais retrouver, un chef d'oeuvre à avoir absolument ! ATTACK, facile à retenir ! Quelques temps plus tard, je tombe dessus lors d'une commande, le vendeur à qui j'achetais autre chose avait l'édition Jap de 93 dans les 25 balles - que j'ai d'ailleurs reçu sans obi (ça t'intéressera sûrement) - Allez hop je prends !
Eh bien je dirais que c'est le jour où j'ai découvert qu'on ne pouvait pas faire confiance au bon goût des Goules ahaha et ça c'est confirmé juste après avec Phil qui vendait le Between two Worlds de I comme son disque PRÉFÉRÉ de tous les temps mouhaha. Quand j'ai reçu vos chefs d'oeuvre messieurs, je dois avouer que je me suis dit que vous vous foutiez bien de ma gueule ! Bien sûr je comprends le contexte des 20 piges, mais quand même. Ce Attack est à mes oreilles un disque sympatoche mais vraiment sans plus, perso je n'oserai pas le comparer à Helloween, ça reste selon moi un bon troisième couteau.
Bon je me dis que c'eût pu être bien pire, tu aurais pu me conseiller ton fameux OTHYRWORLD mais dans ce cas là je pense qu'on ne se revoyait plus jamais !!!
Bon Phiphi tu nous lâches ton dossier ? On se moquera pas, promis !! (Tu sais que les Goules n'ont qu'une parole, ont bon goût et ne connaissent pas la mauvaise foi ?) ;-))))) Je peux t'aider en balançant Sam qui est fan de Laura Branigan, que le monde le sache !
Fallait bien qu'un vieux grincheux se manifeste. Aucune surprise, il s'agit de monsieur ZazPanzer, un vrai pro - "le premier Living Death c'est de la merde!" -
Je te propose de retourner te palucher sur Laura "wo oh oh woh oh oh" Branigan et de laisser les jeunes métalleux (et les moins jeunes mais toujours curieux) découvrir ce Attack franchement attachant.
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