Deliquesce

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Nom du groupe Maestus (USA)
Nom de l'album Deliquesce
Type Album
Date de parution 08 Fevrier 2019
Style MusicalBlack Doom
Membres possèdant cet album1

Tracklist

1.
 Deliquesce
 15:28
2.
 Black Oake
 11:50
3.
 The Impotence of Hope
 10:57
4.
 Knell of Solemnity
 12:11

Durée totale : 50:26

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Maestus (USA)


Chronique @ Icare

08 Fevrier 2019

Deliquesce incarne à la perfection tout ce que l’on est en droit d'attendre d’un excellent album de doom/black

Ne me demandez pas pourquoi mais il y a quelques jours, j’ai réécouté Apathy Remains Victorious de Laurasia Awaits Us. Naviguant sur le dossier de mon ordinateur à la recherche d’un son original, je tombai par hasard sur ce nom qui, je dois bien l’avouer, ne me rappelait plus grand chose, et je me décidai à redonner sa chance à ce combo peut-être trop injustement oublié dans les sombres méandres de mes trop nombreux giga metalliques. Après deux morceaux, j’ai abandonné l’écoute et fait le triste constat suivant : Laurasia Awaits Us, c’est vraiment naze, et je reste poli.
Bon, et quel est le rapport entre Laurasia Awaits Us et Maestus me direz-vous ? Eh bien, pour répondre à cette pertinente question, je vous renvoie à la chronique de mon collègue Grendel sur le premier album des Finlandais : si, comme il l’a écrit, ce dernier « provoque l'effet contraire de ce que doit provoquer le doom, c'est à dire l'ennui », qu’il « ne retient pas vraiment l'attention de l'auditeur », et que « niveau émotions c'est la léthargie totale », je clame haut et fort ici que c’est tout le contraire avec Deliquesce de Maestus.

A l’exact opposé donc, le deuxième album du quintette étatsunien incarne à la perfection tout ce que l’on est en droit d'attendre d’un excellent album de doom/black : mélancolie, résignation, souffrance, majesté, sobriété, noblesse et beauté.
Dès les premières notes de clavier lunaire du morceau éponyme, on est happé dans l’univers gris bleuté et froid de la pochette, puis le piano résonne, mélopée mélancolique qui apporte sur ses ailes fragiles ce gros riff lent et gonflé de tristesse. Le growl de SP est profond et gorgé d’émotions, parfois doublé des hurlements black criards de KP, enveloppant les quatre compositions de ce voile de résignation si cher au style, les arpèges nus ressemblent au souffle désolé d’un désert aride et rocailleux qui nous exhorte à venir mourir seul sur ses pierres froides, et cette longue plainte initiale de 15,28 minutes est magnifiée par le chant ponctuel des claviers, parfaitement dosés, dont les mélodies cristallines savent redonner un peu de vie à ces guitares mortes lorsque le cafard menace de nous emporter définitivement. Que dire de plus de cet album ? Les Américains fusionnent parfaitement le meilleur du doom funéraire sans tomber dans les excès de lenteur et d’immobilisme inhérents au genre, un doom plus traditionnel (la fin de Black Oake) avec l’expression déchirée d’un black atmosphérique tout en évitant la facilité de l’arpège larmoyant et du hurlement lointain et saturé à outrance. C’est simple, prenez le meilleur d’Evoken, Morgion, Pallbearer, Ahab, Nox Aurora et Shape of Despair, mélangez, et vous obtiendrez ce très bon Deliquesce qui ne pourra pas laisser indifférents les amateurs du genre.

Comme si cela ne suffisait pas, l’album se fend de quelques moments de bravoure où, fait rare pour le style, le rythme s’emballe en de lourds blasts faisant trembler la terre, démontrant s’il en était encore besoin que, malgré le style pratiqué, ce deuxième n'est pas linéaire (l’accélération à 10,43 minutes du morceau éponyme, la fin de The Impotence of Hope, charge pesante, héroïque et épique de doom black) et qui succèdent à des passages atmosphériques et vaporeux à la beauté céleste (ce passage sombre à partir de 7,45 minutes deBlack Oake, la superbe intro de The Impotence of Hope et le break central de ce même titre, esquissé par quelques douces notes de piano). Knell of Solemnity boucle la boucle, s’ouvrant sur quelques notes d’ambiant hébété bientôt rejoint par la partition d’une guitare sèche et, finalement, le vrombissement électrique des grattes nous invite à son ballet de lenteur et de pesanteur jusqu’à ce final où les guitares se dissolvent en douceur et s’éteignent, absorbées par le bruit du néant.

Certes, vous pourrez toujours rétorquer que Deliquesce n’a rien d’original, et que Maestus n’a rien inventé. C’est indéniablement vrai. Vous pourrez aussi protester et dire qu’il y a eu un paquet d’albums fondateurs qui ont réellement apporté quelque chose à la scène alors que, concrètement, ce full length ne crée pas et ne fait que reprendre la vieille recette initiée par ses illustres aînés (Evoken, Shape of Despair et Ahab notamment). C’est vrai aussi. N’empêche, je n’ai pas réussi à réécouter en entier l’album de Laurasia Awaits Us alors que je me repasse Deliquesce en boucle depuis plus d’une semaine et qu’à chaque fois, il me transporte pendant cinquante minutes. Et ça, c'est un signe. Un signe qui me fait dire, en guise de conclusion, qu’en définitive, en doom, il n’y a qu’une chose qui importe : la capacité « de créer quelque chose d'émotionnel chez l'auditeur » et « l’envie de faire un deuxième voyage », ce qui est indéniablement le cas ici. Bons voyages...

3 Commentaires

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Vinterdrom - 10 Fevrier 2019:

Groupe qui m'était complètement inconnu, mais comme le doom black, qui est plus est funéraire, ça me parle, je suis allé faire un tour du côté de leur bandcamp. En effet, rien de fondamentalement original, mais c'est bien immersif, ça transporte, et je me suis agréablement surpris à laisser filer l'album jusqu'au bout. Merci pour cette jolie découverte ! Marrant de voir qu'ils utilisent leurs initiales comme le faisait Shape Of Despair à leurs débuts. Pour le reste, tout est impeccablement détaillé dans ta chronique (juste une petite remarque : quelques notes d'ambiant "hébété", tu voulais certainement dire "éthéré", non ?).

Icare - 12 Fevrier 2019:

Merci pur le retour! Effectivement, sans être très original, c'est du tout bon! Cet album m'a conquis dès la première écoute, et je trouve qu'il se bonifie au fur et mesure, ce qui est généralement la marque des grands crus!
Concernant l'ambiant, je voulais bien écrire hébété, qui nous plonge dans une sorte de transe béate, dans un état de contemplation passive presque végétatif. Ceci dit, je te l'accorde, éthéré serait très bien passé aussi, voire peut-être même mieux! :-D

Vinterdrom - 12 Fevrier 2019:

OK, je vois ce que tu veux dire (du coup, ambiant contemplatif irait bien aussi). C'est juste qu'à la lecture, j'avais tiqué sur le terme hébété, qui est plutôt péjoratif. Mais ce n'est qu'un détail. Ca ne m'a pas empêché d'apprécier la chronique... et même de commander le disque, tiens ! Car comme tu l'évoques, l'envie d'y revenir est bien là.

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