Deep Frieze

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19/20
Nom du groupe Sleep Research Facility
Nom de l'album Deep Frieze
Type Album
Date de parution 2007
Style MusicalDark Ambient
Membres possèdant cet album2

Tracklist

1. 79º S 83º W
2. 72º S 149º E
3. 82º S 62º E
4. 86º S 115º W
5. 80º S 96º E

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Sleep Research Facility


Chronique @ Dotflac

12 Fevrier 2014

Préparez-vous pour un aller simple en terre antarctique.



Kevin Doherty n'a pas choisi son alias au hasard. En effet, Sleep Research Facility (ou SRF pour les intimes) traduit parfaitement la volonté de l'intéressé de créer des ambiances sonores sans soubresauts (mais pas sans reliefs), permettant à son auditeur de plonger paisiblement dans les bras de Morphée.

Mêlant intimement Dark ambient et minimalisme, SRF sort Nostromo en 2001, premier album et premier coup d'éclat chez le label Cold Spring, articulé autour des toutes premières minutes du film Alien de Ridley Scott. Cet album a d'ailleurs eu droit à une réédition en 2007 sous le même label, avec un artwork retravaillé et une piste supplémentaire: Narcissus. Puis sortent conjointement Dead Weather Machine et Dead Weather Machine_Re:Heat chez Manifold Records, en 2004. Fidèle à son style minimaliste, Sleep Research Facility crée deux galettes à partir d'enregistrements d'une unité de chauffage en fin de vie. Et ça sonne bien mieux que ça en a l'air.

En 2007 paraît Deep Frieze, dans sa première famille d'accueil le label Cold Spring. Deep Frieze est un voyage sonore sans retour aux confins du pôle sud. les différentes pistes sont d'ailleurs toutes nommées par des coordonnées géographiques se perdant à différentes extrémités de l'Antarctique, que vous pourrez retrouver facilement si vous être curieux via Google Maps ou autre soft du genre. Après avoir exploré les couloirs glaciaux du Nostromo au bout du cosmos et nous avoir ramené chez lui près d'appareils électroménagers pouvant claquer d'un instant à l'autre, Sleep Research Facility nous immerge à nouveau dans une tout autre atmosphère, là où des idées abstraites tels que l'espoir ou le bien-être succombent aussi facilement au froid que nos organes vitaux et nos extrémités. Un travail indispensable dans le dark ambient qui, d'un point de vue personnel, représente la pierre angulaire de la discographie de Kevin Doherty car il est maîtrisé et prend aux tripes par sa qualité et les images qu'il suggère.

Dès les premières secondes de 79° S 83° W, Sleep Research Facility nous plonge sans prendre de moufles dans l'ambiance glaciale du lieu et commence à peindre dans notre imaginaire des paysages immaculés, balayés par un blizzard impitoyable. Des enregistrements extérieurs de vents pénétrants mêlés à une ligne de basse métronomique nous suggèrent l'implacable force des lieux. Nous voilà projetés au milieu d'une banquise s'étendant à perte de vue, peu importe où nous regardons. Des notes de synthé dispersées à travers le vent apparaissent progressivement dans ce paysage sonore, telles des rayons d'optimisme nous réchauffant un peu et nous poussant à nous battre. Mais ce blizzard omniprésent nous brouille l'horizon et transforme le soleil en un halo diffus perçant à peine la neige, reflétant notre propre futur incertain...

Des heures de marche plus tard, le souffle incessant du blizzard semble couvrir le ronronnement d'une machine au loin dans le premier tiers de la seconde piste. Aurions-nous la chance de croiser une trace de civilisation dans ce trou ? Nous avons beau observer dans toutes les directions à la recherche d'un véhicule, il faut bien admettre que c'est le fruit de notre imagination, comme un mécanisme cérébral simulant une présence pour nous redonner de la force et nous pousser à nos limites physiques.

Mais la réalité, c'est la fatigue, la douleur et le froid qui habitent chaque cellule de notre corps, ainsi que le désespoir qui grandit à chaque minute dans notre esprit. Tandis que nous sommes projetés au crépuscule de notre journée de marche sans but durant la seconde partie de 72° S 49° E, le souffle du blizzard laisse doucement place à une calme mélodie puis une nappe de synthés aérienne, presque mystique. Un pas de plus vers la folie.

Le peu de lumière qui filtrait commence à s'éteindre, annonçant peut-être notre ultime nuit. Notre esprit a de plus en plus de mal à distinguer réalité et illusions, et la motivation qui nous tient debout s'efface comme la mélodie, nous clouant à terre au début de la troisième piste. C'est alors qu'elle apparaît : une vision de notre pays natal, de nos proches, et d'un soleil qui caresse une peau découverte durant un été méditerranéen. Cette chaleur vectrice de vie nous a toujours réconforté quand nous en avions besoin...

Et sans prévenir, après une partie musicale épurée, un retour à la réalité dure et froide comme l'acier à la fin de 82° S 62° E. Tout n'était qu'hallucinations. Des vestiges de sensations semblent de plus en plus inaccessibles, alors que nous sommes inconscients derrière un bouclier de roche face au blizzard.
Blizzard qui semble avoir disparu momentanément du paysage sonore, nous permettant d'apercevoir de timides étoiles accrochées dans un ciel parfaitement pur. Une vision éphémère de beauté en totale contradiction avec ce paysage de désolation et de solitude. L'impression d'être châtié pour un crime que nous n'avons pas commis.

L'avant-dernière piste semble être le rayon d'optimisme de cet album. Les synthétiseurs éthérés, en l'absence de vent, suggèrent une aurore australe multicolore dans ce paysage tout en nuances de gris temporairement calme. Un être surnaturel qui a l'air de nous saluer de ses rubans, comme s'il allait nous accueillir bientôt dans sa dimension...

Mais à peine commençons-nous à apprécier la vue que de l'azote liquide semble instiller corps et esprit, en abordant l'issue de l'album via un sifflement perçant et permanent. Obscurcissant le ciel de brouillard et soulevant la neige du sol à l'horizon, notre Némésis qu'est le blizzard se réveille à nouveau, prêt à nous donner le coup de grâce. À bout de forces durant la dernière piste, nous savons que nous ne survivrons pas à cet autre assaut du froid. L'esprit ne se bat plus, le corps ne suit plus, l'armée blanche va nous submerger d'ici quelques minutes.

Lors de la première moitié de 80° S 96° E, on s'assied sur le sol et on reste là, à observer les aurores australes qui filtrent encore au travers du léger brouillard. Une dernière vision de sérénité avant que tout ne se trouble et que le vent ne hurle sans répit. Durant les ultimes minutes de l'album, le blizzard vient à notre rencontre, comme la bouche d'un ogre monstrueux prêt à se repaître. Les rafales de vents, symbolisées par des crescendos et decrescendos de claviers glaciaux, s'enchaînent mais tous nos sens sont endormis, plus rien n'est douloureux car nous avons accepté l'issue fatale de ce duel.

Une rafale plus forte que les autres nous couche à terre tandis que nous vivons nos dernières instants. Nous n'avons plus peur et embrassons notre destin qui nous libérera enfin de ce purgatoire.

Sons distants. Bourrasques étouffées. Noir total.

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