December Moon

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18/20
Nom du groupe Morbid (SWE)
Nom de l'album December Moon
Type Demo
Date de parution Décembre 1987
Style MusicalDeath Black
Membres possèdant cet album24

Tracklist

Re-Release in 2000 as an EP with a new cover.
1. My Dark Subconcious 04:29
2. Wings of Funeral 03:47
3. From the Dark 06:00
4. Disgusting Semla 03:27
Total playing time 17:37

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Morbid (SWE)


Chronique @ Miskatonic

07 Juin 2017

... dans la lignée du black thrash evil de Bathory et Mefisto...

Décennie de l’extrême par excellence, les années 80 virent trois genres majeurs éclore, se fondre, puis littéralement exploser, jusqu’à leur avènement en 1987. Cette année là, le thrash est largement installé et règne en maître depuis cinq ans, tandis que le death et le black voient quasi dans le même temps leurs codes se cristalliser autour de deux albums fondateurs les représentant : Scream Bloody Gore de Death et Under The Sign Of The Black Mark de Bathory. En marge de ces géants, une quantité affolante de groupes en quête d’extrême les précèdent ou leur emboîtent le pas, notamment dans la sphère black metal : de la bande de fous furieux du Brésil, animée entre autre par Sarcofago, Sepultura, Vulcano ou Holocausto, à la tripotée d’entités black thrash teutonnes (Destruction, Sodom, Poison...), en passant par Rotting Christ en Grèce, Tormentor en Hongrie, Hellhammer/Celtic Frost en Suisse, Necrodeath en Italie, et bien sur, le premier d’entre tous, Venom en Angleterre, c’est un mouvement géographiquement généralisé qui entend noircir sa musique en l’honneur du grand malin.
A partir de 84, dans une Suède encore très heavy, c’est Bathory qui rend le metal evil, permettant par la suite à un petit noyau dur de naître, et de proposer dès 86 et 87, des démos totalement dévastatrices dans une veine extrême et noire où se mêlent death, thrash et black. On peut citer les plus connus : Mefisto, Obscurity, Merciless, et bien sur Morbid.

A l’origine de Morbid, on trouve Scapegoat, fondé dès 85 au sud de Stockholm par Dead et des copains, avec l’envie de suivre le chemin de Venom, Mercyful Fate et Bathory. Après moult changements de line up, Scapegoat devient finalement Morbid en 86 avec la ferme intention d’être aussi intense musicalement que thématiquement. Gehenna et TG assurent les guitares, Dr Shitz se charge de la basse, tandis que Dead, le vocaliste, embauche un petit nouveau aux fûts, âgé de seulement 15 ans : Lars Goran Petrov, futur frontman de Nihilist et Entombed. A noter qu’un autre futur Entombed a également été approché mais a eu le mauvais goût de porter un t-shirt Wehrmacht blanc lors de son audition, jurant forcément avec l’inclination sombre et diabolique de Morbid. Sacré Nicke Andersson...
S’en suivent des répétitions sérieuses et intensives pour perfectionner les chansons naissantes, quelques concerts au printemps 87, puis le recrutement d’un nouveau guitariste en remplacement de TG. C’est encore un jeunot qui s’y colle, un certain Napoleon Pukes, alias Ulf Cederlund, âgé de 16 ans, lui aussi futur Nihilist / Entombed. Décidément !
Les germes d’une scène extrême naissante se diffusent ainsi en Suède lors de concerts mémorables donnés au Birkagarden et à l’Ultrahuset durant l’automne 87 (en intégralité sur la magnifique compile Year of the Goat). En effet, si Mefisto et Obscurity ont la primauté de l’ancienneté et apparaissent comme les fondateurs de cette mouvance rageuse et diabolique derrière le patron Bathory, c’est bien à Merciless, et surtout Morbid que l’on doit les premiers concerts extrêmes à base de cercueil, croix renversées enflammées, corpse paint et autre masques à gaz, devant des ados avides de diablerie, de macabre et de férocité.

C'est Sandro, le bassiste vocaliste de Mefisto, qui oriente Dead vers les Thunderload Studios des frangins Wahlquist (Heavy Load) pour l'enregistrement de leur première démo intitulée December Moon. D'une durée d'à peine 18 minutes pour quatre morceaux, raw mais lisible, cette démo capturée à la toute fin 87 en seulement 2 jours s'inscrit tout à fait dans la lignée du black thrash evil de Bathory et Mefisto aussi bien que le death thrash rageur de Obscurity et Merciless, pour rester local. Ajoutons-y une bonne cuillerée du Abominations of Desolation de Morbid Angel, un zeste de early Slayer, une pincée du Tormentor hongrois dont la première démo datant également de 87 est très certainement passée entre les mains de Dead, ainsi qu'un saupoudrage généreux de black thrash teuton mené par Sodom et Poison, et l'on obtient l'entité Morbid, qui en plus se paye le luxe de balancer un chant identitaire totalement hallucinant. Beaucoup ont d'ailleurs réduit Morbid à la qualification de "premier groupe de Dead, chanteur de Mayhem", comme si la musique, au-delà du chant, n'était qu’anecdotique. Pourtant, instrumentalement, Morbid peut se targuer d'être à l'époque l'un des seuls en Suède à mixer aussi habilement riffing thrash, ambiance black et lourdeur death, dans des compositions solides, evil et diablement efficaces.
Impossible de ne pas penser au In The Sign of Evil de Sodom lorsque déboule "Wings of Funeral" et "From the Dark", deux tueries black thrash rageuses et malsaines. Si "Wings of Funeral" se montre direct dans sa structure, grosso merdo une intro samplée tirée d’Evil Dead suivie d’un court arpège, et deux parties véloces et malfaisantes qui déglinguent tout autour d’un pont entraînant, il en est autrement pour "From the Dark", sans conteste le morceau le plus complexe de la démo, bourré de breaks et riche en riffs, doté d’un passage central bien sinistre et d’un final processionnel ambiancé.
Quand à "My Dark Subconscious" qui ouvre la démo, on peut y voir là un prototype de ce que va être le swedeath dès l’année suivante avec les premières démos de Nihilist et Dismember : riffs accrocheurs et froids, accélération prenante et jouissive, solo un brin mélancolique, lourdeur inédite et ambiance de caveau. Seul le chant glaçant de Dead prend une direction alternative aux growls naissants, entre chuchotements rauques et murmures écorchés, parfois accompagnés de backings inquiétants comme sur l’urgent "Wings of Funeral ou le sinistre "From the Dark".

Le dernier morceau de la démo est intéressant à plus d’un titre, d’une part parce qu’il montre qu’au-delà d’une imagerie sombre et macabre, Dead est capable d’un humour noir corrosif, d’autre part pour l’anecdote derrière ses célèbres "la-la-la". "Disgusting Semla" renvoie en effet à la fascination de Dr Shitz pour le semla, cette fameuse brioche suédoise, sujet des plus légers au sein d’une démo à priori ténébreuse mais reflétant bien l’esprit déconneur du groupe. Si la première partie du morceau propose un black thrash primitif et raw bien couillu, la seconde, annoncée par des leads hystériques, est un slow tempo sur lequel Dead pousse des "la-la-la" aussi ridicules que troublants, d’autant qu’ils sont ensuite repris en chœur par le groupe, donnant la sale impression de se retrouver dans une classe remplie de gamins givrés nécessitant l’exorcisme le plus strict. A l’origine de ce passage osé, un épisode survenu lors d’une répète où Dead s’était plaint d’un morceau joué trop rapidement. Gehenna l’aurait alors charrié et joué ensuite le morceau de manière ridiculement lente. De là vient donc ce passage insolite et désarçonnant, qui montre le degré d’humour dont pouvait faire preuve le groupe. Si l’on ajoute les souris crucifiées sur des croix renversées que présentaient Dead pour accompagner ses démos lors du démarchage pour trouver un label, on peut imaginer le goût pour les farces macabres qu’avait le célèbre vocaliste durant sa période suédoise. (Boss, le père de Quorthon, et patron de Black Mark Production, n’aurait pas du tout apprécié)

Au tout début de l’année 88, peu de temps après la sortie de December Moon, démo cruciale et pionnière dans le paysage sonore suédois, Morbid voit la défection de deux de ses membres les plus importants : Gehenna, l’un des deux guitaristes compositeurs, et Dead, qui sur les recommandations du norvégien Metalion, le fondateur de Slayer Magazine avec lequel il entretenait une communication soutenue, s’en va rejoindre les rangs de Mayhem, avec le destin que l’on connait. Cette fois-ci, le coup de la souris a malheureusement fait son effet. Les rescapés de Morbid dégotent donc deux remplaçants et parviennent quand même à sortir une seconde démo intitulée Last Supper. Estampillée Sunlight, il s'agit d'un thrash de facture classique n'atteignant malheureusement pas la dimension novatrice de December Moon qui reste orphelin de son avant-gardisme, l'atmosphère evil et le mélange des styles qui le caractérisent restant uniques dans la discographie du groupe. Morbid splitte dans la foulée, après seulement trois ans d’existence, en laissant une marque indélébile sur la scène musicale extrême.

2 Commentaires

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Burns - 08 Juillet 2017: Sympa l’anecdote pour Wehrmacht héhé. Très bonne chronique, j'ai appris plein de choses très intéressantes. C'est cocasse car le côté "premier groupe de Dead" dont Morbid souffre n'eut aucun impact sur moi car je ne connaissais quasiment rien du gars à l'époque. Il y a quelques années, j'avais voulu acquérir la démo Into the Abyss de Poison et je m'étais procuré un bootleg qui compilait December Moon en plus. Évidemment, j'étais davantage centré sur les compositions du groupe allemand (une des meilleures tueries que j'ai eu l'occasion d'écouter) mais je me souviens qu'à l'époque j'avais été impressionné par ces parties vocales de Dead. En tout cas, ça me donne envie de m'y replonger plus attentivement. Thanks !
LeMoustre - 26 Mars 2019:

Super papier, Manu. Celà donne encore plus envie de se plonger dans le bouquin issu de la box Year of the Goat. Putain, en 1987, fallait le faire. Merci pour le papier, et surtout le conseil d'achat ! Je m'en lasse pas, de cette démo December Moon.

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Commentaire @ JeanFrancois

30 Octobre 2007
Morbid est principalement le projet de (R.I.P.) Dead. Le groupe ne sortit que deux démos, et un cd live. Le premier demo(1987) est beaucoup moins death/thrash que le deuxième(1988). C'est aussi le plus intéressant en ce qui concerne la voix.

December Moon n'a que quatre tracks. Très semblables mais suffisamment différentes pour avoir du plaisir à les écouter une par une. La musique n'est pas exceptionnelle, mais pour un groupe pionnier tel que Morbid, on ne pouvait s'attendre à mieux. La batterie est technique, la basse bien audible et les riffs de guitares accrocheurs.

En ce qui concerne la voix, un seul mot peut bien la décrire; indescriptible. Ne vous attendez pas à la voix déchirée et hurlée de Live in Leipzig. Dead nous offre des vocaux exceptionnels. Parfois, en fait la majorité du temps, on dirait qu'il marmonne ou qu'il chuchote. Ensuite il met plus d'énergie et redevient encore plus mystérieux. Mais dead nous réserve encore d'autres surprises... Sur la dernière piste, Desgusting Selma/Death Execution, vous n'avez qu'à l'écouter jusqu'à 2:15 a peu près... Et là vous allez entendre dead chanter des lalala avec une voix aiguë, criée et franchement très bizarre.

Même si la voix représente le principal atout de ce démo hors du commun, il n'est pas à déconseiller. Mis à part sa musique, il a tout de même un statut assez culte ....

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HelMist - 29 Septembre 2011: merci pour la chronique, lalalalalala
keketomax - 05 Juillet 2012: Oui, super demo, ma preferée est "Disgusting Semla" je pense...
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