Après un premier essai passé aussi inaperçu qu’une aiguille dans une botte de foin, Eloa Vadaath (oh quel joli nom… ) poursuit sur sa lancée avec ce deuxième album, pour ne pas dire qu’il repart de zéro. En effet, il lui fût bien difficile de se faire connaître sans l’aide d’un label pour faire la promotion d’une musique aussi traditionnelle que le groupe est célèbre et réputé. Voilà comment l’on pourrait sommairement décrire la musique de cette jeune formation, désireuse de renouveler l’expérience avec «
Dead End Proclama ». Le groupe a décroché un précieux contrat chez Noisehead Records, qui a fait le pari de se joindre à cette aventure hasardeuse.
«
Dead End Proclama » débute dans la douceur et la musique monte doucement en régime avec «
Moloch ». Les sonorités cristallines, les bruitages voluptueux et les faibles oscillations de l’archer sur le violon posent un décor énigmatique et intriguant, qui happe l’auditeur avant qu’un premier riff tranchant ne viennent brutalement inverser la tendance. L’introduction prend alors fin pour laisser place à la zizanie sonore la plus totale. « The Waking
Prophecy » marque une réelle volonté d’expérimentation, avec un violon enragé, toujours dans l’extrême aigu et de brusques changements d’atmosphères. Le chant est guttural par moment, plus doux à d’autres. Le calme revient aux deux tiers du morceau le temps d’une quinzaine de secondes, mais cela ne suffit pas pour arrêter la frénésie qui reprend ses droits à travers un chant possédé, des harmoniques distordues et des riffs monstrueux. Cette logique reste valable dans les morceaux suivants, même si d’autres titres tels que « A
Dead End Proclama » marquent une baisse de tension.
Eloa Vadaath semble ainsi vouloir se démarquer en proposant une musique portée par un vent de folie. Le groupe veut aller de l’avant, c’est indéniable, mais il peine à canaliser son énergie et à mettre en ordre ses idées. Le caractère décalé de la musique est une idée intéressante mais il pose d’évidents problèmes de structure et d’équilibre. L’album n’a pas de fil conducteur solide et il devient vite difficile de voir où le groupe veut en venir, si ce n’est se perdre dans les méandres de d’une expérimentation qui s’effrite au fil des morceaux puisqu’ils sont tous pensés de la même manière. Les envolées rageuses sont si présentes qu’elles perdent de leur valeur et ne sont plus que formalité, et s’écoutent d’une oreille distraite. Il en est de même pour le violon, toujours dans l’extrême aigu, qui finit par prendre un caractère criard assez pénible à l’écoute de « From the Flood ».
«
Dead End Proclama » ne s’inscrit donc pas dans la catégorie des albums grands publics et faciles d’accès mais plutôt dans celle des produits musicaux difficilement identifiables. Nous l’avons vu, l’un de ses défauts majeurs réside dans son manque de cohérence, que l’on retrouve également au sein des morceaux eux-mêmes, qui méritent d’être plus travaillés pour mieux mettre en valeur le parti pris. On trouve néanmoins des titres très solides et intéressants, particulièrement en cette fin d’album. « Ad Rubrum per Nigrum » est un beau moment de
Death Progressif. Le début lent et plaintif amène une montée en puissance pour ne laisser place qu’à des accords de guitare sèche pour clore le morceau. On trouve de bonnes idées dans « Un portrait pour Madame Marbre », même si elles sont quelques peu noyées dans le manque de subtilités des compositions qui caractérise ce «
Dead End Proclama », qui ressemble à tout sauf à une démonstration de finesse. « We did it », dernier titre de l’opus, n’apporte rien de neuf si ce n’est une légère évolution de la dimension expérimentale, chose appréciable mais pas suffisante pour provoquer un véritable regain d’intérêt.
Il est donc bien difficile de se forger une opinion sur cette performance et plus largement sur le devenir d’Eloa Vadaath. L’envie et le cœur y sont, mais «
Dead End Proclama » ne suffira pas pour les faire connaitre, c’est certain. La porte ne leur est pas fermée, mais le chemin à parcourir s’annonce encore long et difficile.
11/20
prochaine chronique! :-D
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