Crippled Lucifer

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18/20
Nom du groupe Burning Witch
Nom de l'album Crippled Lucifer
Type Compilation
Date de parution 28 Mars 1998
Style MusicalDoom Metal
Membres possèdant cet album13

Tracklist

1. Warning Signs 08:22
2. Stillborn 11:57
3. History of Hell (Crippled Lucifer) 06:03
4. Sacred Predictions 07:05
5. Country Doctor 10:20
6. Tower Place 05:25
7. Sea Hag 14:18
Total playing time 1:02:50

Chronique @ BrutusBourrinus

06 Avril 2017

Tout ici sent l'extrêmisme musical

Mélange hallucinant entre les précédentes expériences de ses membres (Thorr's Hammer), le Doom traditionnel américain et la névrose paranoïaque du Sludge, Crippled Lucicer se pose comme un des plus impressionnants albums de Doom sortis dans les années 1990. Tout ici sent l'extrêmisme musical, depuis la lenteur pachydermique de la musique, jusqu'à l'alternance de vocaux déchirés et clairs complètement timbrés d'Edgy 59.

Burning Witch évolue ici à cheval sur deux ambiances, sans qu'on sache très bien de quel côté il va tomber. D'une part, une sorte de rêverie psychotropique, une hébétude semblable à celle procurée par la drogue, souvent marquée par des arpèges dissonants et un chant clair traînant. D'autre part, un déchirement quasiment Sludge, haineux, comme une rage sans but, avec des riffs à la lourdeur écrasante et un chant impressionnant, comme on l'imaginerait d'un malade mental interné en pleine crise de démence. Et cette alternance, ce basculement permanent d'une ambiance à l'autre est ce qui rend cet album tout à fait unique. Ces passages s'effectuent de manière imprévisible : sans transition aucune, ou au détour d'une variation rythmique, ou sans changement, ou même quand la musique s'arrête un instant et repart toujours aussi lente, au sein d'un même titre.

Cette ambivalence, c'est aussi ce qui sauve l'album de la monotonie. Car ce n'est rien de dire que le tempo varie peu. Les guitares se traînent lamentablement, presque aussi lentes que dans Thorr's Hammer, aussi massives que dans Khanate encore que légèrement moins dissonantes. De ce point de vue, on est vraiment à mi-chemin entre ces deux stades d'un même projet. Car il faut bien le dire, Burning Witch, c'est bien le chaînon manquant, l'étape obligée des expérimentations du sieur O'Malley. Plus progressif que son prédécesseur, dans le sens où les structures des titres ne sont pas aussi prévisibles, mais moins que ses successeurs, le projet Burning Witch réside toujours dans ce soucis de minimalisme qui doit exacerber les émotions de l'auditeur. Toutefois, la recette est ici moins formatée que dans toutes ces formations, pour preuve la durée des titres, oscillant allègrement entre 5 et 14 minutes, et la diversité des riffs, certaines chansons étant pourries de dissonances, d'autres en étant dépourvues. Diversité des ambiances également, puisque si certains titres évoquent déjà Khanate, d'autres comportent de vrais passages Stoner ralentis (History of Hell).

Exemple parfait de ce que veut le groupe, le premier titre, Warning Signs, est ironiquement mal nommé : quand il commence, c'est déjà trop tard, puisqu'on est déjà en plein dans le propos de Burning Witch. Une saturation maximale, un son de batterie très mat, une structure à tiroirs, un chant glaçant, cette ouverture met tout de suite mal à l'aise. Au fur et à mesure de l'album de nouveaux éléments se dévoilent (samples de bang et passage drone au milieu de Stillborn) tout en approfondissant la sensation d'un délitement inéluctable. Il faut bien dire que la production de Steve Albini participe grandement de ce sentiment, puisque le détachement de chaque instrument et le travail sur la voix, comme si on écoutait le chanteur, enfermé dans une pièce, depuis une certaine distance, contribuent à créer une impression claustrophobique.

On aura donc rarement entendu un tel déferlement de sensations négatives, présentées en quelque sorte comme un tableau psychiatrique des différentes pathologiques mentales, passées une par une, ou mélangées au gré du déroulement de l'album. A tout prendre, un des meilleurs projets du sieur O'Malley, accompagné de membres (précédents ou futurs) de Goatsnake, SunnO))), Thorr's Hammer ou Teeth of the Lions Rule the Divine. Indispensable donc pour les membres de ces deux derniers groupes, de Khanate, de Earth et de tout ce qui évoque les infirmités, les phobies, les névroses, les phases de délire et d'autodestruction, les bad trips aux stupéfiants, la misère mentale, la démence, l'enfermement, la solitude ou la dégénérescence.

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