Aussi affairé qu'une abeille en début d'été, Gabriele Fori est un homme à l'agenda bien rempli. Propriétaire du label romain spécialisé Heavy Psych Sounds Records, qui a déjà produit 7 albums pour les premiers mois de 2020, il trouve également toujours le moyen de consacrer du temps à son principal projet musical,
Black Rainbows. Auteur-compositeur quasi unique, il officie aussi comme guitariste-chanteur.
Trio né en 2007 dans la capitale tialienne, ces noirs photométéores ont su s'imposer, au fil des sorties d'albums et des nombreux concerts, comme un des groupes de stoner européens sur lesquels on peut compter pour obtenir une dose renouvelée, qualitativement parlant, de gros riffs et de fuzz. Alors qu'en est-il pour ce huitième album, intitulé "
Cosmic Ritual Supertrip", prévu pour la fin mai 2020 sur le label sus-mentionné ?
Paré d'une illustration de l'artiste suédois Robin Gnista (adepte du collage psychédélique), cet album de 12 titres commence sur les chapeaux de roue avec le court et efficace "At Midnight You
Cry", plein d'une immédiateté qu'on retrouve aussi un peu plus loin dans la fameuse "
Master Rocket Power Blast". Riffs entraînants, tempo soutenu, gros son et chaleur du désert : on est en plein dans l'école
Fu Manchu. Le groupe sait aussi parer cette influence majeure d'un soupçon d'orientalisme bienvenu sur la chaleureuse "Glitterezed", un morceau propice à boire un bon cocktail à l'ombre d'un parasol.
On retrouve aussi des touches bluesy made in
ZZ Top sur "
Isolation" et, plus surprenante, de R.E.M (période "Out of Time") sur "
Radio 666". Ce morceau, partageant une familiarité avec les guitares de Peter Buck sur "Me In Honey", débute sur des atours country avant de dévier sur un gros stoner aux guitares dégoulinantes. Un belle montée en puissance qui promet de chauds moments live, conclue par un aussi bon que court solo de guitare (un des atouts majeurs du sieur Fiori).
Ces Romains ont plus d'une corde à leurs guitares et font preuve d'un éclectisme opportun. Passant d'un registre doom ( "Universal Phase" et ses inserts issus de films de SF des années 50, "Sacred
Graal") à celui folk acoustique assumé de "Searching For Satelittes part. 1 & 2", qui vous fait voyager sur la queue de la comète grâce à des nappes de synthé cosmiques, le spectre sonore s'élargit tout en restant cohérent. Preuve en est la très psychédélique "Hypnotized By The Solenoid" qui propose un beau voyage dans un cosmos chaleureux jusqu'au soleil. Titre à l'ambiance travaillée et placé idéalement en milieu d'album, je parie qu'il devrait ravir les amateurs de longues jams musicales.
Si la basse du nouveau venu Edoardo Mancini reste solide quoique discrète, les plans de batterie de Filippo Ragazzoni sont variés et toujours pertinents. Ce mec fait groover l'ensemble et donne envie de remuer. Quand au capitaine de l'arc-en-ciel monochrome, outre ses grandes qualités guitaristiques, il maîtrise également bien son organe vocal un poil nasillard mais toujours juste. La production signée Fabio Sforza ne souffre d'aucune faille notable.
Affirmant sa place dans l'élite du genre européen, les
Black Rainbows offrent ici un album bien construit, bigarré et homogène et toujours agréable à l'écoute. Typiquement le genre de disque qu'on aime bien faire tourner au moment d'un bon apéro entre copains.
J'adore cet album. Il est simple et pas vraiment original mais super efficace, mélodique et bien construit. Merci pour la chro l'ami !
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