Figurez-vous que j'étais en train de passer en revue tous les groupes passant à l'édition 2025 du Hellfest, lorsque le clip de Chat Pile, inconnu au bataillon en ce qui me concerne, m'a sauté dessus. Dix minutes plus tard, je faisais chauffer la CB sur le bandcamp du combo. C'est ce qu'on appelle un coup de coeur.
C'est que la musique de ce band d'Oklahoma City m'a direct replongé dans une de mes madeleines de Proust, le premier LP de
Helmet, "Strap It On", où Page Hamiton laissait encore le larsen de sa guitare dégueuler partout et hurlait vraiment comme un désespéré avec le doigt sur la gâchette. Si vous avez pensé à "In the Meantime", on ne parle pas du même groupe.
Je précise que je vais faire une chronique premier jet, pour rester dans mon thème, on parle de coup de coeur, et je ne sais pas si ça va le rester.
Pour en revenir à Chat Pile, qui doit son nom des montagnes de déchets toxiques résultant des activités minières d'extraction de plomb et de zinc de la région au début du vingtième siècle, il a été formé en 2019. Composé de Raygun Busch (chant),
Luther Manhole (guitare), Cap'n Ron (batterie), et Stin (basse), ce groupe de sludge/post hardcore/noise a commencé avec deux EPs dès 2019, "
This Dungeon Earth", et "
Remove Your Skin Please", ainsi qu'un Split avec les texans de Portrayal Of Guilt.
Signés en 2020 par le label The Flenser -qui a abrité
Deafheaven -, ils sortent en 2022 leur premier LP "
God's Country" et qu'une BO pour le film "Tenkiller".
Les musiciens ont enregistré "
Cool World" presque dans les conditions du live, sans clic, avec un ingénieur du son. Puis, il a été mixé par Ben Greenberg, ce qui a été l'occasion pour eux de se pencher sur l'aspect production de leur musique.
La marque de fabrique de Chat Pile est ce groove lourd, puissant qui vous percute cycliquement, à la façon d'un
Godflesh, allié à une rage vocale écorchée de colère, qui me rappelle donc la manière dont Page Hamilton gueulait sur "Strap It On".
La production est étouffante, cloîtrée dans la réverbération courte de la batterie, alors que les guitares sous accordées sont bien moins saturées qu'auparavant, presque crunch.
Les mélodies sont viciées, noisy, avec des notes aiguës qui traînent nostalgiquement, qui témoignent de certaines de leurs influences communes, Sonic Youth ou
Nirvana (sur "Shame" particulièrement).
En remontant un peu le fil de leur discographie, j'avais bien constaté que le groupe aimait particulièrement faire tourner ses riffs moteurs ultra basiques et addictifs jusqu'au point où ça commence à gaver un peu, puis hop, passer au titre suivant. A la première écoute complète, cela se confirme, Chat Pile use et abuse systématiquement de la répétition, suivant une recette simple. Au fil de leur carrière, d'une sortie à l'autre, c'est plutôt l'intensité et les textures sonores qui changent. Leur avant dernier LP "
God's Country" était plus métallique et lourd, comme un
Soulfly première ėpoque qui aurait macéré dans la noise.
Chat Pile tourne et fait tourner, comme un oinj désabusé, maudissant un vingt-et-unième siècle où la violence continue à faire rage sous un ciel pollué et menaçant. De là à dire que le quatuor tourne en rond, j'ai envie de creuser un peu et de dépasser l'évidence. Et c'est en repassant l'album, répétons les répétitions, que la déception s'adoucit aussi vite qu'un orage d'été, lorsque tous les détails se révèlent. Il y a ces accords tordus que n'aurait pas dédaigné Geordie de
Killing Joke, ces passages nonchalants parfois, ou ce breakdown avec des vocaux death et black qui sort de nulle part,...
Hormis les trois Bangers de la mort que sont "
I Am Dog Now", "Frownland" et "Masc" que je vais graver éternellement sur mon disque dur, téléphone et autres clés USB, d'autres titres sont malheureusement en dessous ("Funny Man", "Camcorder", "The New World"). Le reste est tout de même pétri de bonnes idées, comme "Shame", ou "Tape". Tant qu'à être moins bons, j'aurais trouvé plus intéressant que le quatuor laisse sa recette en trois lignes de côté et explore ce qui est autour de lui.
Je suis bien content d'avoir fait l'obole de quelques euros, ne serait-ce que pour avoir découvert ce groupe, et j'espère bien pouvoir me prendre une bouffée bien toxique d'Oklahoma City à Clisson. Un coup de coeur, ça ne laisse pas le temps de réfléchir, et ça n'est jamais complètement déçu.
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