S’il y a une qualité que l’on doit reconnaître à Season of
Mist, c’est sa propension à dénicher des artistes de talent, avec une identité propre et à les porter sur le devant de la scène avant qu’ils ne poursuivent leur carrière avec de plus gros labels.
C’est le cas de
Gaerea, combo portugais singulier, porteur d’un black metal percutant et ouvert sur le monde, autant musicalement que visuellement, puisque les membres du groupe ne se pare pas de corpse paint mais de cagoules à l’emblème unique, les anonymisant totalement au service de la musique. Les musiciens ne sont pas importants. L’homme ne l’est pas.
Seul compte la musique et l’entité
Gaerea.
Sur les cendres d’un black metal plus suédois que lisboète, le groupe a su évoluer, jusqu’à
Mirage qui démontrait déjà un art sombre toujours aussi blasphématoire mais plus progressif, plus arrangé, avec une production plus propre et percutante. Loin d’aller une vibe post-black comme Regarde les Hommes Tomber et les nombreux groupes s’y rapprochant,
Gaerea s’est paradoxalement rapproché de
Moonspell dans son approche vocale, dans une empreinte parfois gothique (bien que le groupe ici soit bien plus violent) et spirituel, ouvrant ses portes à un monde plus travaillé et technique.
Coma, quatrième opus, s’ouvre d’ailleurs sur un morceau inhabituel, presque mystique. “The Poet’s Ballet”, du haut de ses huit minutes, est d’abord éthéré, aérien, entre arpèges et chants angéliques. L’environnement y est propre aux rêves, à un ailleurs. Avant un premier riff, ravageur et abrasif, qui va s’abattre en explosant sur une production surpuissante, glaciale et tranchante comme un rasoir. Le rendu se veut, à l’instar de
Mirage, beaucoup plus moderne que sur les premiers disques, mais sied à merveille pour incarner l’impact sonore que cherche à produire
Gaerea avec son black metal.
Ici et là, les portugais ouvrent les frontières. Avec un “
World Ablaze” qui pourrait aller chercher du côté d’un
Alcest en laissant de côté les blast beat pour une batterie plus organique. Avec un “
Suspended” très progressif dans son écriture, montant en puissance dans une aura ritualiste avant de trancher l’auditeur avec ses riffs et ses accélérations. “
Home Shatters” est peut-être un des morceaux ressemblant le plus à du
Moonspell “sombre” (celui de “
Night Eternal” ou “
Memorial” notamment), se voulant lourd et vraiment centré autour du chant très noir mais parfaitement audible de Guilherme Henriques.
Le title track, plus épique, tisse des réminiscences death (l’intro évoque Septic
Flesh) et un aspect sacré dans une violence cathartique explosant finalement de façon encore plus intense que sur les disques précédents. Comme souvent, la violence, quand elle surgit entre des moments calmes, se retrouve renforcée dans son intensité et sa fulgurance.
“
Coma” ne souffre d’aucune longueur dans ses dix titres, chacune des compositions ayant un thème, une mélodie, une accroche vocale ou un moment qui permet de le dissocier de ses congénères. “Unknown” incarne parfaitement ce contraste émotionnel en quatre minutes et témoigne d’une réelle identité musicale. Rien ne semble totalement neuf et pourtant, les éléments s’imbriquent d’une manière différente des autres groupes du genre. “
Kingdom of
Thorns” termine ce récit de façon plus mid tempo, plus guerrière et peut-être plus typique d’un black metal scandinave, tout en conservant une ligne directrice avec le reste (le jeu de batterie est impressionnant de variété). Une réussite sous l’égide d’un metal noir ne se refusant aucune concession à la lumière, permettant d’imaginer un avenir où
Gaerea sera un projet qui compte. Nous serons là pour faire partie du voyage.
Pour les membres qui connaissent le festival Belge Throne fest, ce fut là en 2019 que je les ai vu en live pour la 1ère fois. Avec uniquement un Ep et un 1er full (Unsettling W.) signé chez Transcending Obscurity, Leur professionalisme était déjà bien visible, et comme d'autres qui sont passé par là en bas de l'affiche (Mgla par exemple) on pouvait déjà deviner que le combo irait loin. Je n'ai pas encore celui-ci mais c'est juste une question de temps. Merci pour la chro qui met en lumière un groupe qui trustera les hauts de l'affiche pour un moment!
Merci de la chronique, j'avais aussi bien apprécié cet album. Par contre, le single du prochain est bien moche, on dirait du Metalcore par moment : GAEREA - Phoenix (OFFICIAL VIDEO)
Ouch ça fait mal à entendre ça!!! Suite à la chro je suis allé voir chez qui ils étaient signés maintenant. Century media ok... j'ai pensé "j espère qu'ils ne vont pas leur faire tourner casaques à Gaerea" ... ou alors c'est l évolution naturelle du groupe... ou l appât de devenir the next big thing et de palper gros. À surveiller
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