Difficile pour les nouveaux entrants de s'illustrer dans un espace metal symphonique à chant féminin regorgeant aujourd'hui en formations de tous poils, dont de jeunes loups aux dents longues, à l'instar de
Beyond The Black,
Elvellon,
Walk In Darkness,
Tales Of Evening ou
Metalwings. C'est pourtant un tel défi qu'a souhaité relever ce vert octuor italien fondé à Plaisance par le claviériste et compositeur Lorenzo "Eddy" Masiero ; groupe né sur les cendres de Clockwork, appellation antérieure du groupe créé en 2019 et titre d'un ouvrage éponyme écrit par Lorenzo lui-même et publié en 2013 chez Gruppo
Albatros.
C'est précisément sous son nom originel que le collectif réalisa son introductif single, «
Closer », inspiré par l'ouvrage sus-cité, sorti un an avant qu'Edran ne se substitue à Clockwork, en automne 2020. Le combo transalpin signera alors un contrat avec le puissant label italien Underground Symphony, qui publiera son second single «
Redemption », l'un des 11 titres de son premier et présent album full length «
Clockwork: Overture ». Les quelque 58 minutes de la galette seront-elles de nature à propulser d'ores et déjà nos acolytes parmi les sérieux espoirs de ce registre et avec lesquels l'âpre concurrence devra composer ?
Dans cette aventure, aux côtés du maître d'oeuvre ont également embarqué : Daniele Mandelli (
Dark Horizon) aux guitares, Luigi Riccio à la basse et Gianluca Capelli (ex-
Dark Horizon, ex-Stormblade) à la batterie. Mais l'originalité du projet tient surtout à son quatuor mixte en voix claires, harmonisant les empreintes de : Clémentine Nantista, Francesca Trevisan (Dhune), Paolo Taurino (Final
Phobia) et Fabio Brunetti. Enregistré à Elfo Studio, à Tavernago (Plaisance), par Daniele Mandelli, mastérisé au Hansen Studio par son propriétaire, le pluri-instrumentiste, producteur et prolifique ingénieur du son danois Jacob Hansen (
Epica,
Evergrey,
Avantasia,
Diabulus In Musica,
Imperia...), l'opus jouit d'une belle profondeur de champ acoustique tout en n'accusant pas l'ombre d'une sonorité résiduelle.
Nous plongeant dans un propos rock'n'metal mélodico-symponique gothique et opératique, dans le sillage de
Nightwish,
Delain,
Visions Of Atlantis, Rhapsdoy Of
Fire,
Therion et consorts, le combo nous projette le plus souvent sur des cendres incandescentes, avec quelques pépites essaimées au gré de ses pérégrinations, à commencer par ses plus corpulentes offrandes. Ainsi, passée la brève mais gracieuse et cinématique entame instrumentale «
Phantom Overture », l'ample, épique et rayonnante pièce en actes symphonico-progressive « Into the
Core » ne tarde pas à lui emboîter le pas. Se dévoile alors une chevaleresque et ''rhapsodienne'' fresque déroulant fièrement ses quelque 9:10 minutes d'un spectacle riche en rebondissements, alimenté par une fringante ligne mélodique et mis à l'honneur par le frissonnant quatuor. Estampé power symphonique opératique un brin cinématique, eu égard aux nombreux soubresauts de son convoi instrumental et à son caractère jovial, le romanesque et ''therionien'' « Clockwork », pour sa part, bousculera quelques certitudes comme pour mieux nous retenir, in fine.
Quand le propos se fait moins opulent mais guère moins pulsionnel, le collectif n'a guère tari d'inspiration, ce dernier nous intimant même de remettre le couvert sitôt l'ultime mesure de chacune des plages envolée. Aussi, ne saurait-on se soustraire aux vibes enchanteresses émanant de «
Redemption », un vibrant et ''therionien'' mid/up tempo recelant un refrain catchy et agrémenté d'un subtil coup d'archet signé Roberta Corvi, habile violoniste invitée pour l'occasion. Tout aussi prégnant et dans la même lignée, l'enjoué « Chase the
Fire », lui, réserve de grisantes montées en puissance du corps orchestral doublées de breaks opportuns et d'une poignante quadrature vocale. Dans une énergie non moins communicative, le tubesque single «
Closer » tout comme l'impulsif « The Warden » et le frénétique «
Endless Journey » laissent entrevoir leurs riffs corrosifs, leur avenant sillon mélodique et leurs arrangements ''nightwishiens''. Et la magie opère, une fois encore. Enfin, comment esquiver sans remords l'efficace pléiade d'accords nourrissant «
Revenge », un up tempo power symphonique à la fois percutant et coloré, à mi-chemin entre
Rhapsody et
Delain ?
Que l'aficionado d'intimistes moments se rassure, la troupe ne l'aura pas laissé pour compte, lui adressant par là même ses mots bleus les plus sensibles. Ce qu'illustre, d'une part, «
All I Have », une ballade romantique jusqu'au bout des ongles, ''rhapsodienne'' en l'âme tout en glissant sur ''nightwishienne'' sente mélodique. Sous-tendu par un touchant duo mixte et de délicats arpèges au piano, et se chargeant graduellement en émotions au fil de sa progression, l'instant privilégié ne se quittera qu'avec l'indicible espoir d'y revenir, histoire de plonger à nouveau dans cet océan de félicité. Dans ce bain orchestral aux doux remous, on retiendra également la ''lyrielienne'' ballade folk « The Distance » tant pour son fondant refrain que pour le caressant archet glissant sur un violon résolument larmoyant.
Au terme de notre périple, force est d'observer que l'octuor italien nous immerge au sein d'une œuvre à la fois frondeuse, enivrante, romantique et émouvante, bénéficiant d'une production d'ensemble de fort bonne facture et transpirant la féconde inspiration mélodique de ses initiateurs. Ayant veillé à varier son message musical sur les plans atmosphérique, rythmique et surtout vocal, diversifiant par là même suffisamment ses exercices de style pour éviter tout effet de stéréotypie qui en altérerait la portée, la troupe convainc tant par son énergie créatrice que par les potentiels logistique et technique affichés.
D'aucuns auraient peut-être souhaité l'une ou l'autre prise de risque et/ou une plus franche mise à distance de leurs illustres maîtres inspirateurs ; carences toutefois compensées par des arrangements de bon aloi, l'absence de toute zone de remplissage et la concession de bien rares sonorités parasites. Quoi qu'il en soit, à l'aune de cette luxuriante et gracieuse offrande, le combo transalpin a dès à présent une belle carte à jouer pour s'imposer parmi les sérieux espoirs du metal symphonique à chant mixte. Bref, une formation à suivre de près...
Note : 15,5/20
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