Dans n’importe quelle interview de n’importe quel groupe, la même question revient souvent : les gars, pourquoi ce nom ? Bon, parce que des fois, faut pas trop chercher (genre quand on s’appelle
Anal Cunt ou
Metallica, c’est forcément parce qu’on a pris une mauvaise décision après une soirée un peu trop arrosée…) mais y’a d’autres fois ça relève presque du concept métaphysique (voire philatélique, oui oui). Donc quand j’vois qu’un groupe s’appelle “
The Contortionist”, j’me dis que soit c’est une allégorie devant représenter la musique jouée par le groupe, flexible et changeante, fluctuante en fonction du temps, des émotions… soit que les mecs étaient aussi nuls que l’auteur en en cours de gym et qu’ils compensent comme ils peuvent. (Je penche plutôt pour la seconde hypothèse.)
Sinon, pour la faire courte,
The Contortionist nous vient des US, fait du
Metal Prog depuis 2007 (ce qui est relativement jeune) et nous propose son nouvel opus :
Clairvoyant.
Pas forcément familier avec le groupe, j’ai laissé traîner mes oreilles sur leurs œuvres précédentes et grand bien m’en a pris. Avec un
Metal moderne (sous-entendu, à la sauce
Periphery & friends – je ne prononcerai pas le D-word) et agressif sur les premiers albums, des passages atmo Jazzy et Prog sur ses sorties les plus récentes,
The Contortionist arrive à tirer son épingle du jeu en alliant technicité et gros son, tout en évitant de tomber dans le piège de la prod’ aseptisée et sans émotions. Avec une tendance à se laisser vers le côté Prog de la Force, qu’attendre de ce cru 2017 ?
Sans suspens, les amateurs de brutalité seront déçus, les fans de Prog seront heureux. Avec un premier titre introductif à la limite du Post-Rock, le groupe annonce la couleur d’entrée de jeu : proche d’une “The Source” sur
Language, le morceau est atmosphérique à souhait, arrangements aux petits oignons et un clavier omniprésent. Sur les titres suivants, on continue dans le même esprit : exit le chant growlé/hurlé (sauf peut-être en fond, bien caché, si on tend correctement l’oreille sur
Godspeed), on fait la part belle aux mélodies à grands coups d’arpèges en son clair, parfois dissonants et des riffs techniques percutants (qui a dit Relapse ? Ou cité le titre éponyme ?) sans pour autant sonner agressifs.
Le mixage et la production sont au top, permettant de discerner chaque instrument de manière fine : la batterie n’est pas trop mise en avant, la basse audible et appréciable, les guitares divines et le clavier suffisamment en retrait pour éviter l’effet “pouet pouet électronique” tout en conférant une atmosphère particulière à l’ensemble (et s’invitant pour quelques solos au passage, notamment sur
Clairvoyant, ou en soutien des guitares).
Ce dernier titre d’ailleurs, renvoient aux racines du groupe, avec un riff principal moderne et complexe, presque torturé, mais toujours avec un break atmo en son clair, assez surprenant.
The Contortionist alterne au sein de mêmes morceaux les sonorités “
Metal” avec des passages un peu plus atmosphériques et résolument plus progressifs, joue avec les styles et l’aspect ambivalent de la musique du groupe. J’évoquais le Post-Rock quelques lignes plus haut et non sans raison : entre les tremolos discrets en arrière-plan pendant les couplets de
Godspeed, ceux accompagnant les mélodies de la très calme The Center (et son passage électro ambiant, ou ceux de Relapse), et l’atmosphère générale du disque, les influences Post transpirent à travers chaque titre de ce
Clairvoyant (dans ce sens, la musique du groupe rappelle ce que pouvait produire un Oceansize,
Dredg ou un
Karnivool, par exemple).
Tout en étant complexe et relativement technique, la musique de
The Contortionist se laisse aborder de manière simple, voire vous tend la main pour vous emmener loin. Les arrangements sont nombreux : sonorités électroniques, piano et autres harmonies à la guitare, et promettent de nombreuses heures d’écoutes sans se lasser. La voix de Mr Lessard est calme et douce, presque monotone (sans que ce soit un mal) et on se laissera facilement emporter par sa douce mélancolie, accompagnée de ce jeu de guitares aérien (on pensera à
Absolve, ou au refrain de Relapse par exemple). On se permettra également des solos réussis (je pense à celui de
Godspeed), sans pour autant avoir un étalage de technicité et de shred (aussi connu sous la dénomination de syndrome d’astiquage de manche, ou SAM pour ceux qui trouvent ça compliqué à lire).
Subjectivement parlant,
Clairvoyant s’essouffle un peu en fin de course avec ses deux derniers titres (malgré un final Post bordel réussi sur
Return to Earth et un Monochrome (Pensive) cool, au riff final tapageur, mais moins marquant que le reste de la galette), et c’est bien la seule chose que je puisse essayer de lui reprocher. (Non non, n’essayez pas de me convaincre, j’ai cherché, je vous jure !)
Il y a tant de choses à dire à propos de ce
Clairvoyant qu’il est difficile de tout résumer au sein du seul torchon que voici. Varié et progressif, il plaira à coup sûr aux amateurs de Rock Prog moderne, autant qu’aux Metalheads en quête de diversité et d’un peu de calme dans ce monde de
Brutal Death. Les fans de la première heure et du côté plus Hardcore du groupe en prendront par contre pour leur grade. En se dépossédant de sa brutalité,
The Contortionist clôt un chapitre de l’histoire pour en ouvrir un autre et créé un royaume où technicité rime avec mélodies aériennes et enchanteresses (dans la même veine qu’un
In The Silence ou un Naïve en plus calme et un poil plus technique).
Clairvoyant constitue une expérience riche, agréable pour ses auditeurs et se positionne comme une des sorties étiquetée Prog à ne pas rater en cette rentrée 2017. Et ce, sans avoir à rougir à côté des derniers
Leprous,
Steven Wilson et consorts, parole de pingouin.
excellente chronique parole de papabordg!
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