Impossible d'évoquer les arts en provenance de l'orient sans immédiatement aborder ce sens si particulier avec lequel nos amis asiates donnent une personnalité propre aux œuvres qu'ils créent. Une habitude qu'ils ont développée même lorsque les phénomènes culturels desquels ils s'inspirent ont des fondements totalement étrangers, voire même contradictoires, avec les leurs. Cette réinterprétation n'épargne pas la musique en général, ni même le
Metal en particulier. Lorsqu'un groupe de
Power Metal Japonais décide donc de s'adonner au
Power Metal Européen, il ne le fera pas sans y incorporer ces éléments caractéristiques propres à sa culture.
Mais quels sont-ils?
Il va sans dire que la vision que nous en avons vu d'ici est forcément étriquée et réductrice. Néanmoins, essayons de dresser une courte liste en énonçant les plus importants. Il y a, en premier lieu, cette appétence frénétique pour une technicité démonstratrice à la Dragonforce et pour, plus généralement, le Neo Classique des artistes de là-bas, qui n'est ni une légende, ni même un secret.
Au-delà de ça il nous faudra également parler de ce sens assez singulier avec lequel les musiciens de ces contrées composent des mélodies atypiques qui caractérisent comme un stigmate immédiatement reconnaissable les productions de ce pays.
Et puis, bien évidemment, en dernier lieu, il nous faudra parler de cette prédisposition récurrente chez certaines formations nippones consistant à choisir d'exprimer leur créativité dans leur langue natale. Sans aucunement émettre le moindre jugement concernant ce choix, il faudra bien admettre qu'il n'est pas commun pour qui, comme la plupart d'entre-nous natifs du vieux continent, n'a que peu l'habitude d'entendre d'autres sonorités chantées que celle de cette anglais omniprésent.
Formé à Osaka en 2004 Minstrelix, dont le nom est une contraction dérivée de "minstrel" (ménestrel) et de "relics" (relique), sort, en cette année 2014, son déjà quatrième album baptise
Chronostrings.
Bien évidemment comme le préambule de cette analyse le laisse présager, il y a ici un travail distinct sur la musicalité qui donne à l'art de ce groupe un singularisme que d'aucun pourrait ne pas apprécier mais qui, à minima, aura l'infime avantage de ne pas enfermer le propos de ces Asiatiques dans un conformisme occidental trop marqué. Cette musicalité très particulière et ce choix de la langue ne sauraient cependant dissimuler les faits. En effet, débarrassé de cette poudre aux oreilles, Minstrelix s'adonne à un
Power Metal Européen à tendance Neo Classique loin d'être à même de fomenter la moindre révolution. Vivacité, promptitude, claviers, relecture de thèmes empruntés à la musique classique, clavecins baroques, refrains mélodique et tant d'autres poncifs seront donc ici de rigueur.
Malgré un tableau, a priori, décourageant, reconnaissons néanmoins que Minstrelix nous offre un travail soigné qui, à défaut d'être totalement nouveau, sera empreint de suffisamment de maitrise et d'originalité pour nous faire passer un moment très agréable. Citons Saving all my Love for You et Sakura Tears drop, deux titres aux accointances italo-nordiques évidentes, ???? pourvu d'une entame inspirée par la musique occidentale savante et d'un break aux "accordéons" nous menant tous droit dans une ginguette parisienne, Monochrome Season aux atours à la fois très folkloriques (
Angra) et très modernes ("Growls", "Blasts Beats", passages "Indus"...),
Life is Just a Miracle chanté dans la langue de Shakespeare aux accents "celtiques" très sympathiques, Future Retrospective mêlant passages très agressifs et cybernétiques aux voix gutturales à d'autres plus mélodiques ou encore, par exemple,
End of all Days au préambule aux guitares lourdes et sombres. A dire vrai, il y a tellement de détails susceptibles d'éveiller l'intérêt qu'il serait étonnant que ce disque laisse indifférents les amateurs du genre.
En outre, de toutes ces considérations, parlons un peu du travail de Takao qui, en une approche pas vraiment orthodoxe eu égard à sa culture, nous offre souvent des riffs assez intéressants relativement proches de ceux qui ont cours dans cette partie du globe où sévit votre humble serviteur. Louons aussi les talents d'un Ochoco derrière ses fûts qui, lui aussi, fait un travail nuancé et intelligent. Ce sont eux qui occidentalisent les travaux de ce quintette alors que Leo Figaro (
Dragon Guardian, Dreamstoria,
Eyes of
Fenrir), au chant, aurait, quant à lui, le plus souvent, plutôt tendance à l'orientaliser. Le meilleur des deux mondes? Qui sait? En tous les cas Minstrelix démontre ici tout son talent pour le métissage nous offrant un résultat pas nécessairement inoubliable mais très réussi.
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire