Actuellement, dans le power metal, on parle presque plus de pochette et d'artwork que de musique. Les couvertures des récents
Edguy ou
Gamma Ray ont fait couler beaucoup d'encre (ou frémir beaucoup de claviers - bienvenue dans l'ère du numérique), et on déplore d'autre part un manque d'originalité récurrent. D'un côté nous avons donc des albums pas nécessairement mauvais mais repoussants visuellement, et de l'autre tous les disques sortis en grande pompe (
Ancient Bards,
Stormwarrior) bénéficiant des pinceaux de Felipe Machado Franco qui ne connait toujours qu'une seule manière de dessiner (avec deux couleurs). Oubliant toute méfiance, je me suis donc réfugié avec cet album d'un groupe grec, Secret
Illusion, à l'artwork réellement fascinant.
Bon, l'étiquette est jolie, mais ce n'est pas ce qui en fait un grand vin. Pour rester dans l'œnologie, on pourrait comparer ce disque à un vin blanc, fruité, léger ; un Riesling par exemple. Ça passe tout seul, c'est très facile à boire, mais ça reste pas longtemps en bouche, et on en oublie presque la délicate saveur sitôt la dégustation terminée. Maintenant expliquons en quoi ces affirmations s'appliquent à ce
Change of Time.
L'album propose une introduction de presque deux minutes, intitulée
Northern Lights, très agréable, très reposante. Déjà on sent que les orchestrations sont de synthèse, mais ce côté "assumé" les rend appréciables. De même qu'on devine aisément qu'il s'agit d'une petite production (
Rising Records), mais le groupe joue honnêtement avec ça et semble s'en contenter.
Born Once Again permet de pousser plus loin les suppositions émises lors de l'intro. Secret
Illusion joue un power mélodique simple (mais pas simpliste) mais qui dispose d'une âme propre, avec ces belles mélodies symphoniques. Le refrain passe tout aussi bien, donne une dimension plus aérienne à l'ensemble, et incite à la rêverie. On sent bien l'influence des finlandais de
Sonata Arctica, avec ces tons froids mais féeriques ; cependant les grecs réussissent à sortir une musique pas franchement novatrice mais loin du plagiat.
Si on arrête ici la lecture de la chronique, on pourrait croire que cet album est simplement un effort correct en power mélodique, pas vraiment original mais tout-de-même agréable. Ce n'est pas entièrement juste, car le constat est en réalité beaucoup plus nuancé. D'un côté, Secret
Illusion commet de nombreuses petites erreurs de jeunesse, mais le tout reste étonnamment attrayant en raison de la sincérité avec laquelle l'album est composé. Beaucoup probablement trouveront l'album moyen ; n'ayant rien d'original et souffrant d'une production inégale. En toute objectivité ils auront raison. Mais moi, j'ai aimé cet album.
Secret
Illusion, en s'inspirant des
Sonata Arctica,
Stratovarius voire même
Kenziner, ne joue effectivement rien d'original. Reste que quelque chose de pas original peut tout-à-fait être agréable lorsque c'est bien fait, et c'est exactement ce qu'il se passe avec les grecs.
Prenons Love
Lies comme exemple : le morceau débute sur une longue et belle intro, assez épique, avant de s'arrêter brusquement pour laisser la place au chant. Les couplets et les refrains passent comme du petit lait, même si on pourrait presque deviner à l'avance les lignes de chant. Le duo guitare-claviers, est plutôt efficace et mène la danse, soutenu par une batterie qui effectue le minimum syndicale derrière sa double pédale. Le chanteur a une voix mais surtout une manière de chanter très particulière, et là c'est clairement une question de goût. Les amateurs de power à la
Dreamtale apprécieront, les autres passeront leur chemin.
Ainsi le groupe jouera honnêtement et tout en retenu sur un très sympathique Perfect Fantasy. Le rythme est plus lent cette fois-ci, et c'est pour mieux s'imprégner de cette ambiance propre à l'onirisme. Le clavier et le chant sont pour beaucoup dans l'élaboration de cette atmosphère et soutiennent véritablement l'ensemble. Les quelques orchestrations finales concluent brillamment la chanson sans la faire sombrer dans le grandiose facile.
Beauty Queen s'illustrera sur un tempo plus rapide, avec une bonne batterie bénéficiant cette fois d'un son à peu près correct. Les lignes vocales sont plus lentes lors du refrain et créent un agréable décalage avec le rythme speed général. Il en va de même pour un joli passage instrumental plus calme, permettant de respirer un peu.
L'instrumental titre éponyme laissera entrevoir quelques intonations néo-classiques, tandis que la ballade
Winter Poem émerveillera avec un magnifique passage chanté par un chœur féminin en son milieu. C'est malheureusement la seule curiosité de ce morceau, assez plat et fade dans sa structure. L'opus se clôture sur un long Words
Left Behind, lui aussi assez inintéressant en-dehors des belles ambiances créées par le clavier. On y remarquera aussi un refrain plus aigu, chanté admirablement, même s'il est plutôt convenu.
Et c'est fini. Une introduction, huit vrais morceaux, et c'est tout. Avec seulement 41 minutes de jeu, Secret
Illusion fait le minimum. Sachant que tout n'est pas parfait il vaut peut-être mieux s'arrêter là plutôt que d'ennuyer l'auditeur.
Il est possible que de nombreuses personnes n'apprécient pas ce disque, et c'est compréhensible. L'opus n'innove d'aucune manière et comporte tout un lot de petits défauts, dont une production assez faible. Mais personnellement j'apprécie ce
Change of Time, tant il est réalisé avec sérieux et honnêteté. Secret
Illusion parvient à créer des ambiances intéressantes, tantôt épiques, tantôt intimistes, tout en gardant des mélodies entraînantes.
Pour la prochaine fois, il faudra à tout prix améliorer la production car c'est souvent ce qui rebute un auditeur potentiel. L'erreur est pardonnable cette fois-ci compte tenu de la jeunesse du combo, mais il ne faut surtout pas avoir de nouveau des guitares sans relief ainsi qu'une batterie étouffée. Quoiqu'il en soit, Secret
Illusion créé des compositions qui tiennent la route, et c'est l'essentiel. Ce
Change of Time est l'intéressant manifeste de grecs jouant comme des finlandais.
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