Nouvel entrant dans l'espace heavy mélodique à chant féminin, ce quintet espagnol fondé en 2020 à
Grenade par la chanteuse Bianca Martínez entend, en toute légitimité, essaimer ses riffs au-delà des frontières par trop limitatives de sa terre andalouse natale. Cependant, conscient des risques courus à trop vouloir brûler les étapes pour faire entendre sa voix, le combo ibérique se laissera précisément le temps nécessaire à la pleine maturité de ses compositions et au peaufinage de sa production d'ensemble avant de se lancer dans l'arène. Aussi nous fera-t-il patienter quelque trois années avant de nous octroyer son introductif et présent EP «
Cenizas » ; une auto-production où cinq titres, intégralement entonnés dans la langue de Cervantes, s'égrainent sur une bande auditive de 21 minutes. A l'aune de ce premier mouvement, nos valeureux gladiateurs seraient-ils à même d'opposer une farouche résistance face à leurs si nombreux challengers ?
Mais avant de poursuivre, faisons plus ample connaissance avec nos hôtes : aux côtés de Bianca évoluent les deux guitaristes du groupe de metal symphonique gothique espagnol
Anima Aeterna – Esteban Leyva et José Manuel González Muelas –, suivis de Ricardo Vázquez à la basse et de Manu Izquierdo derrière les fûts. De cette étroite collaboration émane un propos d'obédience heavy mélodique aux chatoyants accents hispanisants, dont les sources d'influence oscilleraient entre Hamadria,
Fortaleza,
Bif Naked et
Ela. Cela étant, ce pulsionnel, pimpant et romantique effort jouit d'un mastering signé José Fernando Tercero (
Al Otro Lado, Asedio, Excavator, Sacristia...) ; état de fait nous assurant d'un espace sonore lavé de toute note résiduelle. Mais suivons plutôt nos cinq flibustiers dans leurs pérégrinations...
C'est sur une terre de lave en fusion que nos acolytes se plaisent à nous projeter, non sans parvenir à happer le pavillon, le plus souvent. Ce qu'atteste, tout d'abord, « Esquizofrenia », up tempo aux riffs épais, au carrefour entre Hamadria et
Fortaleza. Pourvu d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les angéliques inflexions de la sirène, d'insoupçonnées et grisantes montées en régime de son corps orchestral et d'un fringant solo de guitare, le ''tubesque'' méfait ne se quittera qu'à regret. Dans cette énergie, on ne saurait davantage esquiver le chevaleresque et frétillant « Estrella » eu égard aux sémillants arpèges d'accords dont ses couplets de nourrissent et au large spectre vocal exploré par la frontwoman, alternant judicieusement entre impulsions cristallines et growls glaçants.
Dans une même dynamique, et bien que moins directement inscriptibles dans les charts, d'autres pistes pourront à leur tour aspirer le tympan du chaland dans la tourmente. Ce à quoi nous sensibilise, d'une part, l'époumonant et ''hamadrien'' « Ansiedad » ; n'ayant de cesse de nous asséner de saillants coups de boutoir tout en sauvegardant une ligne mélodique, certes, déjà courue mais des plus enivrantes, nous gratifiant parallèlement de deux brefs mais fuligineux soli de guitare, ce solaire up tempo aux riffs acérés poussera assurément à un headbang bien senti. Dans cette mouvance, l'impétueux «
Mi Realidad » interpelle, lui, tant par la soudaineté de ses accélérations que par ses truculents harmoniques, sur lesquels se calent les ''siréniennes'' modulations de la déesse.
Quand ils nous mènent en de plus apaisantes contrées, nos compères se muent alors en de véritables bourreaux des cœurs en bataille. Ce qu'illustre «
Cenizas », ballade romantique jusqu'au bout des ongles et aux airs d'un slow qui emballe, que n'auraient sans doute reniée ni
Fortaleza ni
Ela. Glissant le long d'une radieuse rivière mélodique et doté d'un fondant refrain mis en habits de soie par la maîtresse de cérémonie – dont tant les chatoyantes modulations que le léger vibrato pourront rappeler ceux d' Ingrid Castro (ex-Hamadria) –, l'instant privilégié comblera, à n'en pas douter, les attentes de l'aficionado de moments intimistes.
En définitive, la formation espagnole nous livre une œuvre, certes, dans un mouchoir de poche mais des plus impactantes, tant au regard de la ferveur de son groove que des fines ciselures de ses mélodies. Se dessine un propos à la fois rugissant, engageant et délicat, jouissant d'une ingénierie du son plutôt soignée et d'une technicité instrumentale maîtrisée. D'aucuns, pour se sustenter, auraient sans doute souhaité davantage de variété sur les plans atmosphérique et oratoire, ainsi que des exercices de style un poil moins stéréotypés qu'ils n'apparaissent. Générant néanmoins une énergie aisément communicative et témoignant d'une signature vocale d'ores et déjà aisément identifiable et des plus magnétiques, ce premier opus disposerait d'armes suffisantes pour espérer jouer les outsiders avec lesquels l'âpre concurrence devra composer. Bref, un initial élan délicieusement frénétique et chatoyant, dans l'attente à peine voilée d'un album full length...
Note : 14,5/20
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