Les diverses enquêtes le prouvent : les Chinois sont les champions toutes catégories de la contrefaçon mondiale. Tout y passe : les marques de luxe, les pièces automobiles, les jouets, les composants informatiques, les médicaments, les produits de beauté, les DVD… Même notre foie gras national n’est pas à l’abri de la frénésie reproductive de l’
Empire du Milieu ! Et tout cela, évidemment, pour aboutir à des produits très peu chers, mais de qualité souvent médiocre, voire carrément dangereuse, et le tout bien entendu dans la plus totale illégalité.
Or, s’il est bien un domaine où l’on ne s’attendait pas à trouver, a priori, des copies en provenance du Céleste
Empire, c’est bien le
True Norvegian Black
Metal… Un tel écart à la fois géographique et culturel entre les deux pays semblait en effet rendre bien improbable cette initiative, surtout que les retombées économiques, contrairement aux parfums Chanel, ne sont guère de nature à laisser espérer la Lune… C’est pourtant sur ce marché inattendu que l’on rencontre Ibex
Moon, groupe de
True Black
Metal chinois originaire de Pékin et constitué de
Lord Desecrator et The Kriegod, musiciens officiant par ailleurs dans les groupes
Evilthorn et
Skeletal Augury.
Or, ce tout nouveau projet (le groupe a officiellement vu le jour en cette année 2016), s’il copie à la lettre les figures imposées du style, propose bel et bien des compositions certes classiques et sans surprise, mais avec un niveau de maîtrise et de composition tout à fait honorable. En fait, davantage qu’une simple décalcomanie d’un genre, Ibex
Moon concocte une sorte de best-of de ses influences Black
Metal évidentes et parvient à sortir de son creuset un premier EP particulièrement convaincant. Car si la musique de ce «
Cathedral at
Obscure Fortress » fait immanquablement penser à un mélange de
Mayhem,
Darkthrone et
Gorgoroth vieille époque, les passages en blast-beat furieux évoquent plutôt la frénésie d’un
Marduk fin 90’s, voire d’un
Immortal ou d’un
Dark Funeral bloqués en mode hyper-speed (notamment l’instrumental «
Brutal War », extrêmement guerrier). Pour autant, les passages mid-tempo ne sont pas en reste, notamment sur les derniers morceaux de la galette («
Eternal Blaze of Northern
Darkness », « Grim
Moon ») où l’atmosphère se fait plus pesante et funéraire.
Le chant, dédaignant les cris suraigus, demeure néanmoins hurlé et rauque, rappelant non seulement les incantations de Nocturno Culto sur les premiers
Darkthrone, mais également les grognements d’
Attila Csihar époque « De
Mysteriis Dom Sathanas », dont l’influence se fait indiscutablement sentir sur cet EP décidément gorgé de bonnes choses. A ce titre, on relèvera d’un œil amusé les titres particulièrement référentiels des chansons («
Awakening Of Darkest Art », « Grim
Moon » ou carrément «
Eternal Blaze of Northern
Darkness » !), encore que le second degré dans le choix de ces clins d’œil reste à confirmer.
Impossible également de ne pas sourire à la lecture des paroles, au caractère si caricatural et à la syntaxe anglaise tellement approximative qu’on se croirait revenu à l’époque antique du premier Sarcofago !
En revanche, la production sert plutôt bien le propos du disque, assez crue dans l’ensemble et crasseuse juste ce qu’il faut, certes plus claire que les grésillements d’un « Transilvanian Hunger » mais échappant aux affres du son ultra-léché que nous propose bien souvent la scène d’aujourd’hui.
Malgré son caractère parfois aux limites de la parodie et la totale absence d’innovation dans sa musique, Ibex
Moon parvient à éviter le plagiat pur et simple et à produire une suite de titres variés et accrocheurs, dont les riffs et cavalcades rythmiques, efficaces à défaut d’être révolutionnaires, devraient générer quelques hochements de tête approbateurs même chez le Blackeux le plus blasé. Honnête aussi bien dans ses intentions que dans son exécution, ce «
Cathedral at
Obscure Fortress » permet donc d’espérer un avenir prometteur à la « Lune Bouquetin » et à son Black
Metal scandinave « Made in
China » plus vrai que nature. Venant de l’impénétrable République Populaire, il est des produits moins recommandables.
16/20
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