Bury the Omen

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16/20
Nom du groupe Dysrider
Nom de l'album Bury the Omen
Type Album
Date de parution 27 Fevrier 2015
Produit par Vladimir Cochet
Enregistré à Conatus Studios
Style MusicalDeath Symphonique
Membres possèdant cet album10

Tracklist

1. Emergence 01:20
2. Against Your Hold 04:09
3. Bury the Omen 04:44
4. Time of Decay 07:55
5. Witness Our Fall 03:58
6. The Reckoning 05:36
7. Story of Power 05:16
8. Blind Avengers 05:03
9. Bliss in Darkness 04:23
10. Embers Reflection 07:46
Total playing time 50:10

Chronique @ ericb4

28 Août 2015

Le nouveau projet du combo suisse a gagné en maturité, et ça se sent...

Fidèle à son inscription dans un registre power symphonique mélodique à chant féminin de bon aloi, et ce, depuis ses débuts, en 2007, lorsqu'il officiait sous le nom de Trophallaxy, le combo suisse nous octroie dès lors son premier album full length sous l'égide de Dysrider. On comprend que nos acolytes n'en sont plus à leurs première gammes, loin s'en faut. En effet, Trophallaxy a déjà à son actif trois productions, dont deux opus de longue durée : « Resilience » (2013) ; « Dawnfall » (2010); « Unfairytale » (démo, 2008). A son nouveau projet, ayant gagné en maturité, y est accolée une substance percussive et vocale plus incisive, sans y perdre en luminescence mélodique. Et ce, le long des cinquante minutes d'un savoureux ruban auditif auto-produit sur lequel se succèdent dix pistes hautes en couleurs rythmiques, harmoniques et aux fins arpèges. Que nous réserve alors plus précisément ce quatrième opus, ce « Bury the Omen », signé désormais Dysrider ?

Le quintet helvète venu de Morges nous cale dans une dynamique rythmique typée power proche d'Ancient Bards, tout en usant de contrastes vocaux du type de la Belle, incarnée par la chanteuse lyrique et violoncelliste Joëlle « Jo » Graz, et la Bête, mise en relief par les growls death délivrés par le claviériste Jonathan Pellet. Riffs cinglants, joutes oratoires bien trempées et magnétiques, accords poignants, profusion de sculpturaux soli de guitare et belle présence d'un piano bien inspiré sont au programme de cette galette pétrie d'énergie. Pour précision, pas moins de deux ans ont été nécessaires pour finaliser un album plutôt bien enregistré et assurant de bons enchaînements inter pistes, sans pour autant sacrifier le mixage, équilibrant convenablement les parties instrumentales et vocales entre elles. On y a gagné en profondeur de champ acoustique, sans effets néfastes de compression, l'ensemble faisant ainsi bien ressortir chacune des lignes de chant. Quelques finitions seraient encore à retravailler mais rien de substantiel qui ne nous dissuade de pénétrer en profondeur dans l'antre de la bête. Aussi, c'est sur un océan houleux, voire déchaîné que le vaisseau amiral nous embarque, avec quelquefois un îlot de tranquillité pour nous remettre de nos émotions.

De nombreux passages s'avèrent plutôt corrosifs, impitoyablement violents, tout en gardant un cap mélodique infiltrant. En guise d'introduction, des perles de pluie au piano sur fond de nappes synthétiques nous accueillent sur la brève entame instrumentale « Emergence ». Et ce, avant que la cavalerie guitaristique ne se mette en branle et que la double-caisse ne se fasse frondeuse, rageuse, alors engagée dans une course folle, assurant un enchaînement cohérent avec son successeur, « Against Your Hold ». Titre power symphonique où s'inscrit une section rythmique évoluant au gré de riffs abrasifs, d'une frappe sèche sur les fûts et d'un échange vocal musclé entre une belle au filet de voix aérien, presque fragile, avec de faux airs de Zuberoa Aznarez (Diabulus In Musica) et un chant death brutal impulsé par son inflexible comparse. Les growls se montrent rugissants à souhait, conférant au morceau une virulence aspirant le pavillon sans ménagement. En outre, on appréciera le fin tracé de la ligne mélodique infiltrée sur les refrains ainsi que deux éblouissants soli de guitare. Dans la même veine s'observe « Bury the Omen », titre éponyme de l'album. Quelques murmures se profilent avant qu'une engloutissante empreinte growleuse vienne nous assaillir d'entrée de jeu. Celle-ci évolue au fil d'une rythmique tout aussi puissante et véloce, agrippant des riffs crochus, octroyant également quelques variations, notamment avant que le refrain ne s'amorce. Ce dernier s'avère d'ailleurs joliment dessiné, la belle adoucissant par contraste le trait, face aux growls insolents et rocailleux de la bête féroce. A la manière d'Ancient Bards, un fuligineux et fluide solo de guitare envahit l'espace sonore pour s'imposer en maître, avant que ne finisse crescendo l'intrigant échange oratoire. Par ailleurs, «  Witness Our Fall », titre saignant, violent, fait évoluer prestement le duo, l'une ne quittant pas une ligne de chant d'inspiration lyrique, l'autre poursuivant une route plus graveleuse, sur un morceau au cheminement harmonique saisissant, corroboré à un tapping on ne peut plus percutant. Les refrains ne manquent pas de nous ravir le tympan alors que les growls continuent à nous étreindre, sans nous lâcher d'un pouce tant ils s'imposent naturellement à nous. Enfin, difficile de se soustraire à l'emprise de « The Reckoning ». Ici, de flamboyants arpèges au piano nous assoient à bord de ce titre bourré d'énergie, habilement mis en lumière par les inflexions tout en finesse de la sirène, sur des couplets comme sur des refrains tout bonnement immersifs. La chevauchée rythmique s'effectue en terrain mélodiquement invitant, que se plaît à magnifier la lead guitare, notamment à son point culminant, lors d'un solo rondement mené. Une apparition furtive de la bête n'empêchera nullement à cette plage de délivrer sa sereine ambiance. Pas de doute, on est aux prises avec un morceau qui aurait les armes requises pour en faire un hit.

Le combo a aussi tablé sur une assise instrumentale plus complexe, variant ses effets, ses frasques, à l'aune de deux peintures aux patines libertines et enjouées. Ainsi nous parviennent les captatrices et alertes séries de notes de « Time of Decay ». De savants arpèges au piano circulent sur un morceau symphonique type à l'assise power bien marquée. Ce faisant, ils nous assignent à résidence au sein de cette ravissante fresque. La belle, par ses angéliques impulsions, nous entraîne sur des couplets bien ciselés, la bête ne la quittant que rarement du regard. Nos compères sont assistés d'un tapping martelant et d'une lead guitare au taquet, avant que ne se déploie généreusement un solo de guitare au picking éprouvé. On a là une piste techniquement nuancée qui use de sinuosités mélodiques, notamment sur un pont revigorant, avant de laisser couler des notes plus soyeuses. Mais, comme pour conjurer le sort, le convoi orchestral se remet en marche pour nous asséner de spectaculaires et fouettants accords, avec des effets de relief non dénués d'intérêt. On quitte la piste dans un beau dégradé de l'espace instrumental et vocal. Non moins roborative, la toile « Embers Reflection » conclut majestueusement l'opus. Somptueux morceau metal symphonique s'il en est, où la présence du piano corrobore une dynamique rythmique se mettant progressivement en place pour se superposer à des growls cinglants. Des contrastes atmosphériques s'observent entre des espaces mélodiques sereins et une frondeuse section percussive, rendant le moment à la fois intense et réjouissant pour le pavillon. De plus, de séduisantes variations rythmiques se dessinent et un solo de guitare vient parachever de nous convaincre de poursuivre notre route, et ce, sur un pont difficile à prendre en défaut. Les growls fouettent l'espace sonore avant qu'un tapping électrisant nous assène de coups, la déesse, de son timbre cristallin, sachant alors arrondir les angles pour que la magie finisse par opérer, saisissant soudain son archet et maniant son violoncelle avec maestria à cet effet.

A d'autres moments, une touche progressive se perçoit, et ce, de différentes manières. Ainsi, « Story of Power », mid tempo rapidement devenu speed et inversement, aux riffs acérés, nous place dans un escadron vrombissant, évoluant au rythme des tribulations des growls, plus vénéneux et déchirants que jamais mais infiltrants de pas leur clarté. Quant au solo de guitare, on ne restera pas longtemps de marbre face à cette débauche d'énergie mais à l'allant parfaitement maîtrisé. Un violoncelle ainsi que quelques célestes vocalises viennent s'inviter au banquet, conférant une pointe de finesse dans cette vivifiante ambiance. On ne manquera pas non plus « Blind Avengers », fausse ballade power progressive qui nous ouvre les bras au son d'un subtil violoncelle et d'une guitare souriante pour mieux nous enlacer, les vibes ondulantes et au lyrisme délicat de la belle faisant le reste. Les émotions sont ici éprouvées tant l'exercice est rôdé et prompt à nous cueillir sur chaque portée. Mais, le rythme s'embrase au moment où la bête growleuse s'insinue, avant une reprise des rênes par la maîtresse de cérémonie sur le refrain. Confondant instant qu'on se plaît à parcourir, tant l'intensité du message délivré est forte. Enfin, dans cette mouvance, le groupe n'a pas omis d'inclure dans son œuvre un instrumental à part entière, ayant les mêmes atouts techniques que les titres oralisés. Ainsi, le frondeur « Bliss in Darkness » place l'auditeur en phase avec les éléments instrumentaux, tantôt diluviens, par l'imposant et incandescent corps orchestral, tantôt feutrés, par l'inscription du violoncelle dans la trame du morceau. Progressif dans le déploiement de son ascension rythmique, le titre ne s'achève pas moins par ce même apaisant violoncelle, délicat instrument ayant le dernier mot.

On ressort de l'écoute de cette rondelle saisi par tant d'emphase orchestrale et par le brio affiché par nos compères sur le plan vocal. La teneur du message musical témoigne, en effet, d'une réelle évolution des gammes et des arpèges du combo. On est ainsi dynamisé sans être brutalisé, techniquement séduit sans démonstration ostentatoire, mélodiquement aspiré sans fausse pudeur, ni mièvrerie. On conseillera donc cet album aux amateurs de power symphonique à chant féminin, mais pas seulement. Un auditorat élargi au metal mélodique ou gothique peut s'envisager, l'accessibilité du cheminement harmonique de certaines pistes aidant. Dès lors, souhaitons à nos acolytes une belle et longue route...

4 Commentaires

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Sonadenn - 30 Août 2015: Nouvelle chronique, nouvelle découverte pour moi! Merci. Très bon groupe mais trop de growls pour moi!
ericb4 - 30 Août 2015: Merci à toi. Oui, en effet, parfois les growls peuvent entraver le plaisir de l'écoute de certains passages. Dire qu'à leurs débuts, il n'y en avait vraiment pas beaucoup! Mais, tout cela reste bien agréable, rondement mené et plutôt efficace sur le plan harmonique. Un groupe à suivre, donc...
frozenheart - 30 Août 2015: C'est justement mon ressenti ! ça joue vraiment très bien, mais j'ai encore des difficultés avec les Growls qui pourtant s'accorde parfaitement à des formations telles qu' Epica. En tout cas merci Eric pour cette chronique toujours aussi précise et bien écrite !
ericb4 - 30 Août 2015: Merci à toi. Il y a un réel potentiel chez ce groupe, effectivement, qui n'en est plus à ses premières gammes. Leurs mélodies sont soignées tout comme les parties techniques. Faut-il qu'ils laissent de côté les growls, alors ? Pourquoi ne pas revenir aux sources finalement, quand Dysrider était Trophallaxy, avec un supplément de maturité dans leurs compositions...
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