Brouillard VI

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17/20
Nom du groupe Brouillard
Nom de l'album Brouillard VI
Type Album
Date de parution 15 Fevrier 2023
Labels Transcendance
Style MusicalBlack Atmosphérique
Membres possèdant cet album3

Tracklist

1.
 Brouillard
 18:00
2.
 Brouillard
 11:27
3.
 Brouillard
 09:10
4.
 Brouillard
 20:30

Bonus
5.
 Brouillard (Coffret Perdition)
 14:42
6.
 Brouillard (Coffret Perdition)
 08:05
7.
 Brouillard (Coffret Perdition)
 14:04

Durée totale : 01:35:58

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Brouillard


Chronique @ Icare

28 Fevrier 2023

Et si se plonger dans le brouillard était finalement le seul moyen d’émerger définitivement des ténèbres ?

Cela fait maintenant depuis 2013 que Brouillard exorcise sa souffrance en musique. Les cinq full length de l’artiste sont tous sortis sous ce même patronyme nébuleux et composés de trois ou quatre pistes anonymes, affublés d’un artwork sombre et minimaliste : le moins que l’on puisse dire, c’est que le one woman band semble se focaliser avant tout sur la musique… et l’émotion brute qui la guide.
Le précédent opus, V donc, était paru en 2021 sur Transcendance, label crée par Marie pour promouvoir sa musique et, sans marquer de rupture avec le reste de la discographie, il était plus court que d’habitude et se distinguait par les tons bleus nuit de sa pochette. Ce VI vient renouer avec la tradition graphique des albums précédents, esquissant une silhouette féminine noyée dans la brume qui semble quitter la civilisation pour s’enfoncer dans une nature immémoriale, et laissant derrière elle un mystérieux masque blanc (le masque des conventions sociales qui nous transforment à notre insu en un clown hypocrite et servile pour pouvoir mieux nous adapter à un monde définitivement en perte de sens ? ).

Tout commence par ces quelques notes de clavier mystérieuses qui nous plongent dans cette nuit sans lune, et nous abandonnent rapidement au coeur des ténèbres, seul face à ce flots de souffrance qui nous submerge. Cette vague impétueuse, impossible à contenir, jaillit soudain comme le pus giclant d’un abcès crevé, propulsé par le roulement charbonneux et déshumanisé de la boîte à rythme qui annihile toute joie de vivre, ainsi que ces guitares roulantes qui répètent encore et encore les mêmes notes figées, à l’instar d’un Darkspace, dont l’influence se fait tout e même moins présente sur cet opus. Puis surgit ce chant décomposé si caractéristique pour ceux qui connaissent les différents projets musicaux de Marie, raclement de gorge glaireux qui nous crache sa misanthropie au visage, et il semblerait que Brouillard ait décidé d’emblée de nous dévoiler l’une de ses faces les plus hideuses.
Néanmoins, au fur et à mesure, le morceau s’apaise, le rythme s’essouffle, et il se dégage de ce martèlement continu une sorte de neurasthénie qui se cristallise plus en désespoir mélancolique qu’en véritable haine ; par couches successives, les guitares viennent tisser des mélodies toujours plus immersives, fissurant de leurs pâles rayons ce mur de son compact et distordu (ces notes de guitares dès 13,05 minutes), d’ailleurs, le long break acoustique central ainsi que les doux arpèges de fin viennent nous confirmer la schizophrénie musicale de Brouillard, tiraillée entre crises de violence aiguës et moments d’apaisement pour composer un album qui n’aura jamais été aussi varié.

Avec II, on s’enfonce dans les entrailles d’un black atmosphérique aux confins du malaise, avec ces guitares lentes et traînantes dont les notes lugubres rappellent l’oscillation de la corde du gibet, ce rythme lent et marqué sauvé de l’hypothermie par la pulsation régulière de la double, ainsi que cette symphonie vocale maudite et désespérée où chœurs, hurlements lointains et chant féminin fantomatiques fusionnent et nous enveloppent comme une armée de spectres brumeux. On sent planer les ombres de Nargaroth et Xasthur sur ce black maussade et désolé au riffing lancinant qui prend le temps de scarifier tant notre âme que nos chairs, et le chant de Marie, toujours aussi cadavérique, achève pour notre plus grand plaisir de nous faire sombrer dans l’abîme ; à titre personnel, j’aime d’ailleurs particulièrement quand elle crache ses souffrances avec cette voix très humaine, mi grognée mi sanglotante, à moitié noyée dans la réverb, alors qu’à mon sens les quelques samples vocaux et parties de spoken word cassent un peu le rythme et la noirceur envoûtante de la galette. Ceci dit, là encore, le morceau ne restera pas figé et s’extirpera de cette torpeur morbide, accélérant le rythme jusqu’à ce superbe riff d’une pureté saisissante dès 7,26 minutes, amenant une fin en bourrasque particulièrement rapide, intense et délectable.

La troisième piste enchaîne, impitoyable, fusionnant la dépression du DSBM et la catatonie du funeral doom pour un résultat d’une beauté majestueuse qui nous fait vibrer d’émotions : ici, les mots sont inutiles – c’est à peine si quelques cris lointains viennent habiller la musique, qui se suffit décidément à elle-même. La délicieuse torture des premières mesures se mue progressivement en quelque chose de plus lumineux, des arpèges venant placidement bercer nos oreilles, tandis qu’un souffle onirique presque post rock nous plonge dans un état d’apaisement pas loin de la béatitude, comme si cette débauche de souffrance nous avait aidé à exorciser nos démons et atteindre l’ataraxie. C’est donc l’âme élevée que l’on arrive au dernier morceau, dont les sonorités, la pureté et la majesté sauvage nous renvoient au somptueux Aux Solitaires ! sorti l’an passé sous la bannière de Vertige, avec ces moments de bravoure tous blasts dehors et ce riffing conquérant, tour-à-tour fier et mélancolique, pour des montagnes russes émotionnelles de plus de 20 minutes.

Une fois de plus, ce sixième volet de Brouillard est un opus intelligemment composé, qui sait introduire les subtiles variations indispensables pour maintenir l’intérêt de l’auditeur tout le long de ces 59 minutes. Certains morceaux sont très longs (18 minutes pour le premier et 20,30 minutes pour le quatrième et dernier titre), mais restent toujours prenants grâce à l’apport de mélodies discrètes mais envoûtantes qui viennent se greffer subtilement à la charpente ténébreuse de l’ensemble, à des changements de rythme judicieux ainsi qu’à l’alternance entre accès de démence furieuse et longues plages musicales plus introspectives. Ainsi, Brouillard étoffe encore sa palette de gris, déclinant ses humeurs moroses entre nuées délétères Opaques et suffocantes et voiles de brume légère qui émanent de la terre après une pluie d’automne, s’éloignant un peu du minimalisme cru très darkspacien qui imprègne son œuvre depuis ses débuts.

Pour conclure, ce sixième opus est encore un excellent album, qui vient poursuivre de manière cohérente l’œuvre de Brouillard, évoluant vers des contrées plus atmosphériques et un peu plus lumineuses et tutoyant volontiers les sommets enneigés de Vertige, avec une inspiration qui semble parfois plus « naturaliste ». La musique reste vraie et habitée, parvient à toucher l’auditeur en évitant habilement l’écueil fatal de la répétition et saura certainement convaincre tous les amateurs d’un black atmosphérique, noir, violent, dépressif, et maladivement beau.
Et si se plonger dans le Brouillard était finalement le seul moyen d’émerger définitivement des ténèbres ?

1 Commentaire

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PhuckingPhiphi - 28 Fevrier 2023:

Reçu la semaine dernière, pas encore écouté, mais je fais confiance au travail de Miss Marie/Brouillard qui, malgré les ricanements initiaux de certains, sort selon moi de très bons albums depuis maintenant une décennie. Son chant de harpie exsangue a quelque chose d'infiniment et étrangement réjouissant… enfin, façon de parler.

Ha flute, c'est vrai que j'ai aussi "Aux Solitaires" qui poireaute sur mes étagères depuis l'année dernière ; ça va encore se jouer au "plouf-plouf" c't'histoire !

Merci pour la kro ! :)

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